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Procès de Laurent Dejean : sa famille évoque ses troubles psychiatriques

© Manon Billing/AFP
© Manon Billing/AFP

Mardi 26 mars 2019, l'une des soeurs de Laurent Dejean, jugé par la cour d'assises de Haute-Garonne pour le meurtre de Patricia Bouchon, a été entendue, sur la personnalité de l'accusé et les troubles psychiatriques dont il souffrait.

Par Marie Martin

Laurent Dejean est une personne fragile, le président de la cour d'assises de Haute-Garonne l'a rappelé, ce mardi 26 mars 2019.

Celui qui comparaît aujourd'hui pour le meurtre de Patricia Bouchon, la joggeuse de Bouloc tuée le 14 février 2011, a été diagnostiqué comme souffrant de schizophrénie, une psychose caractérisée par une grave division de la personnalité et la perte du contact avec la réalité. Mais depuis quand en souffre-t-il ?

Certains de ses amis ont évoqué à la barre ses "délires", commencés bien avant l'époque des faits. Sa famille est plus nuancée ou, plus vraisemblablement, elle n'a pas tout su de ces épisodes.

Sa soeur aînée Corinne, qui vit dans le Rhône, a témoigné ce mardi 26 mars 2019, en visio-conférence. Elle commence par dire "toute notre compassion à la famille de Patricia Bouchon. Sa mort est une tragédie qui a endeuillé le petit village de Bouloc que je connais depuis toujours".

Sa mère, âgée et souffrante, sa soeur Martine qui vit à Bouloc et souffre également de problèmes de santé, ne peuvent venir à la barre, explique-t-elle. Leurs différentes déclarations seront lues par le président un peu plus tard. "Mon frère est au courant", précise-t-elle. "Il n'y a aucune rupture familiale, bien au contraire". Le ton est donné, Corinne Dejean ne sera pas un témoin (volontairement) à charge...

"Je suis tombée de très haut il y a quatre ans. Mon frère n'a pas du tout le profil d'un meurtrier. C'est un gueulard, c'est vrai, mais il est très gentil, très serviable, travailleur. Petit, il a toujours été affectueux. Très sensible. Notamment sur la santé des autres. Ma fille est tombée malade, petite, et il en a été très affecté". Corinne Dejean s'effondre en pleurs.

"Pour moi", sans répondre à une question du président, "cette affaire a été au plus facile. Dans un village, il y a toujours un vilain petit canard. Je ne crois pas le moins du monde à sa culpabilité et pour moi, il y a toujours un coupable qui court".

Quand Corinne Dejean quitte le domicile familial à l'âge de 18 ans, Laurent n'a que 5 ans. Son enfance, elle ne la connaît que de loin. Mais la mort du père, quand l'accusé a 17 ans, est un coup dur pour lui, qui n'a pas fini de se construire. L'école ? Il n'adhère pas, c'est difficile. 
Les années passent et tout à coup, Laurent Dejean a vingt, puis trente ans. Et n'est pas autonome. Ses accès de colère inquiètent de plus en plus la mère avec laquelle il vit encore. "Il n'avait peut-être pas les facultés de faire tout seul", reconnaît Corinne Dejean. 

Cette autonomie ratée, ses soeurs vont avoir à coeur de la rendre possible. Leur mère souffre des colères de Laurent Dejean, qui s'en prend parfois verbalement à elle. Grâce à l'intervention d'une assistante sociale, du maire de Bouloc, un petit appartement lui est proposé. Il n'a aucun bien à lui, il tente de repousser le départ. Sa mère insiste, il s'installe dans le logement vide de tout mobilier et dormira plusieurs mois, dit-il, par terre en attendant de pouvoir s'offrir des meubles. 
Rétrospectivement, il dit apprécier cette liberté. En réalité, à l'époque, il est décontenancé. Une assistante sociale doit lui expliquer comment gérer les papiers, les démarches, la vraie vie...

Pour ses soeurs, les errances psychiatriques de Laurent Dejean remontent à 2011. Et lui corrobore. Pourtant, le président de la cour d'assises de Haute-Garonne insiste : la maladie évolue à "bas bruit". Mais non, pour l'accusé, la maladie se déclenche en février 2011. On est neuf jours après la disparition de Patricia Bouchon, son corps n'a pas encore été retrouvé. Laurent Dejean est à bout : ses collègues l'insupportent, il a l'impression de faire le boulot à leur place. Il entend des voix. Son ami Gabriel l'emmène chez une psychiatre, elle l'arrête un mois.

Quelques mois plus tard, sa soeur Corinne, qui témoigne ce mardi 26 mars 2019, vient en vacances à Bouloc. Elle trouve Laurent changé. Il a peur pour sa famille. Leur mère raconte à sa fille qu'après la disparition de Patricia Bouchon, Laurent Dejean est venue lui dire qu'il avait peur qu'elle sorte et fasse une mauvaise rencontre. Quand Corinne lui rend visite dans son petit appartement, elle constate une certaine attirance pour le morbide. Des croix noires en papier sont partout dans le logement, sur les murs, sur les meubles. Les volets sont fermés. 

Le 5 octobre 2011, l'autre soeur, Martine décide que Laurent Dejean doit être pris en charge. Les voix qu'il entend inquiètent toute la famille, y compris lui. Il a des hallucinations visuelles, voit des "mouches de la mort tout autour de lui". Il est placé sous curatelle renforcée. Le premier séjour en unité psychiatrique intervient.

Depuis, Laurent Dejean estime que sa maladie est "réglée". Après avoir été dans le déni, l'accusé reconnaît cette grande "fragilité"...
 

Le témoignage de l'ex-petite amie de Laurent Dejean

On a beaucoup parlé de N., cette petite amie de l'accusé du meurtre de Patricia Bouchon, Laurent Dejean. Il n'avait pas supporté la rupture, même des années après, il en parlait, disaient certains témoins.
Elle a comparu à la barre, ce mardi 26 mars 2019, cette jeune femme qui a refait sa vie, bien avant les faits. 
Il était jaloux, possessif, elle l'admet mais s'ils se quittent, c'est presque d'un commun accord. Elle est trop jeune, dit-il. Il tape des crises, dit-elle, parce qu'elle est trop proche de son père, ajoute-t-il. Lequel les a tous deux envoyés à l'hôpital en les percutant en voiture, alors qu'il blâmait leur relation.
Ils vivent deux ans et demi ensemble. Puis ce n'est plus possible. Elle fait ses valises. Il dévaste l'appartement qu'il a construit et où ils vivent, à côté de la maison familiale de Laurent Dejean. 
Plus tard, bien plus tard, l'accusé cherchera des noises au nouvel ami de N. "Elle n'était pas assez adulte. Et sous la coupe de son père. Elle aurait été plus mature, ça aurait été possible. C'était fini et j'ai pleuré pendant deux-trois ans". 

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