Réactions à Toulouse au plan de relance dans l'aéronautique annoncé par Bruno Le Maire

Dans les quinze prochains jours le ministre de l'Economie annoncera un plan de relance dans les secteurs de l'automobile et de l'aéronautique, à des conditions écologiques. C'est ce qu'il a affirmé au micro de France info ce lundi 18 mai matin. Un plan salué par les syndicats mais jugé insuffisant.

© Maxppp / Georg Wendt
Il y a des secteurs qui ne peuvent pas attendre la rentrée pour se faire aider par le gouvernement. C'est ce qu'a expliqué le ministre de l'économie Bruno Le Maire ce lundi 18 mai dans le journal de 8h30 de France Info. Parmi ces domaines, certains connaissent déjà un plan de relance de l'Etat (le tourisme, l'hôtellerie, la restauration ou encore la culture). Pour deux autres, à savoir l'automobile et l'aéronautique, le ministre affirme qu'un plan sera annoncé dans les 15 prochains jours. Sans attendre les détails, les syndicats d'Airbus et un économiste toulousain réagissent.


Relance écologique

Le ministre de l'économie annonce un soutien du secteur de l'automobile et celui de l'aéronautique dès le 1er juillet. Mais sous certaines conditions. Il précise : 

Il faut qu'on fasse de cette crise un levier pour accélérer la transition écologique.

Pour se faire, concernant l'automobile il s'agira de soutenir l'achat de véhicule "propres", comme l'a dit Bruno Le Maire. A propos du secteur de l'aéronautique, le ministre de l'Economie l'affirme : "chacun sait qu'il est très durement touché". Et de reprendre ; 

Nous avons engagé des travaux avec la filière aéronautique et là-aussi, avant le 1er juillet nous annoncerons un plan sectoriel de soutien au secteur aéronautique et aux centaines de milliers d’emplois qui vont derrière dans la région de Toulouse et ailleurs.

Le ministre parle d'une "direction économique compétitive et décarbonnée".

Concrètement ?

Jean-Louis Chauzy est le président du Conseil Économique, Social et Environnemental Régional (CESER) d'Occitanie. Il rédige une lettre à destination de l'Etat, et affirme se préparer au plan qu'annoncera le ministre dans les prochains jours "avec les acteurs socio-économiques" du secteur. Il différencie d'abord l'aide régionale de l'aide nationale :

La Région peut mettre quelques millions alors que l'Etat quelques milliards !

Mais ces milliards dépendent de l'effort écologique fourni par l'entreprise pour sauver la filière explique Jean-Louis Chauzy. Et de reprendre : "l'aide est donc conditionnée à la transformation industrielle" à savoir "un avion du futur, à l'énergie décarbonnée".  Pour cela il faudra diversifier les activités d'Airbus car sinon, "que fait-on des salariés qui ne sont pas maintenus dans les entreprises ? Quelles évolutions pour les milliers d'ingénieurs formés et qui se retrouveraient sur le carreau?" se demande l'économiste. Cela passe logiquement par un soutien dans le secteur de la recherche et du développement.


Un plan « important » …

Le gouvernement entend aider Airbus à developper des avions plus écologiques. Pourtant, le géant de l'aéronautique a d’ores et déjà annoncé la fin de son projet de démonstrateur de moteur-hybride électrice avec Rolls-Royce. Lancé en 2017, ce projet avait pour objectif de faire voler d’ici à 2020 un démonstrateur (sorte de pré-prototype) destiné à prouver la faisabilité d’une réduction de l’empreinte carbone du transport aérien. Rien de contradictoire pour Jean-François Knepper, du syndicat Force Ouvrière Airbus. « Ce sont des projets de très long terme. Là, l’idée est de mettre de l’argent dans des projets de très court terme. On doit réorienter la recherche et le développement vers des avions plus écologiques mais rapidement » explique-t-il.

FO et la CGT s’accordent à penser que l’annonce de Bruno Le Maire est logique et vertueuse. « Les gestes de l’Etat sont très importants » reconnait Jean-François Knepper de Force Ouvrière. Rien de nouveau dans le fait que l’aide soit conditionnée à la production d’avions plus verts : « Y compris avant cette crise c’était un sujet sur la table ». Et d’ajouter :

Il vaut mieux injecter de l’argent qui va continuer à faire tourner l’industrie plutôt que de l’argent publique pour payer des gens au chômage.

… mais « insuffisant »

En complément de ce plan de soutien prochainement annoncé, les syndicalistes voient déjà d’autres mesures. A commencer par une aide envers les compagnies aériennes françaises et européennes, qui pourront ainsi acheter des avions à Airbus.

La CGT imagine déjà les contre parties écologiques : « les compagnies auraient des aides si elles démantèlent leurs avions les plus anciens pour les renouveler avec des appareils plus propres, qui consomment moins et font moins de bruits ». Et de remarquer qu’une entreprise Tarbaise s’occupe de démanteler des avions depuis plus de 10 ans. « C’est un savoir faire qui existe dans la région Occitanie » note Xavier Petrachi. FO et la CGT parlent surtout de maintien d’emploi. « Airbus annonce une baisse de cadence de 30 à 40%, c’est la recherche et le développement et les sous-traitants en ingénierie qui sont surtout impactés », remarque Xavier Petrachi, syndiqué CGT.

Force Ouvrière remarque : « il faut donner des perspectives à tous ces jeunes qui sont formés à l’aéronautique ». Notamment pour être sûr de "ne pas sacrifier plusieurs générations", le syndicat recommande de remplacer les plus âgés qui partent par des plus jeunes, mais espère que les anciens et les nouveaux employés se croiseront pour permettre une transmission de savoirs « qui ne s’apprennent pas dans les écoles ». Une des solutions pour sortir Airbus de la crise d’après FO est donc la formation, « la compétence ne se chiffre pas », note Jean-François Knepper.


Connaître le nombre de suppressions d'emplois avant de réfléchir aux solutions

Les emplois supprimés eux, se chiffrent. Et Airbus n'a pas encore annoncé le nombre de personnes qui seront licenciées. Un réel problème d'après les syndicats.

Ce qu’il faudra avant tout, avant de parler de solutions, c’est poser le problème. Ce qu’on veut savoir c’est quel est l’étendue du problème : le nombre d’emplois que nos patrons veulent supprimer. Pour évaluer ce qu’il est possible de faire. Les solutions sont différentes si 10 000 ou si 5 000 emplois sont supprimés. Aujourd’hui, aucun plan social concret n’a été annoncé, s'inquiète Jean-François Knepper, syndiqué FO.

Dans l'ex région Midi-Pyrénées plus de 90 000 personnes travaillent dans le secteur de l'aéronautique. Impossible pour le moment de savoir combien seront affectés par la crise économique que traverse Airbus.
 
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