Réchauffement climatique. L'empreinte carbone de l'observation de l'univers évaluée par les scientifiques

Alors que le réchauffement climatique s'installe de plus en plus, le GIEC continue d'alerter sur ses dangers. Pour pouvoir agir, Pierrick Martin et ses collègues ont effectué une évaluation complète de l'empreinte carbone de l'IRAP, pour pouvoir mettre en place des piste d’actions.

Ce n’est plus un secret pour personne, si les taux d’émission de CO2 restent au niveau actuel, une augmentation de 2,0°C serait atteinte entre 2041 et 2060. Pour éviter cela, il est nécessaire de réduire les taux d’émission de gaz à effet de serre de 40 à 60% d’ici 2030, par rapport à 2010.

"Il n'y a aucune raison que la recherche scientifique soit exemptée de cet effort"

C’est dans ce contexte que les chercheurs de l’IRAP (Institut de recherche en astrophysique et planétologie) ont été interpellés. "Dans la communauté, le sujet a touché un nombre croissant de personnes depuis la dernière décennie, et particulièrement depuis 2018. C’est en tant que citoyens que nous avons été touchés par le diagnostic scientifique du GIEC", indique Pierrick Martin, chargé de recherche au CNRS et auteur de l’évaluation de l’empreinte carbone de l’IRAP.

"Les scientifiques sont clairs sur le fait qu’il faut agir et envisager des transformations profondes dans tous les secteurs. Pour nous, il n'y a aucune raison que la recherche scientifique soit exemptée de cet effort", poursuit l'astrophysicien de l'institut.

Une méthodologie bien rodée                  

L'IRAP est le plus grand institut de recherche en astronomie en France. Il est un centre international majeur pour le développement de l'instrumentation astronomique au sol et dans l'espace. L'institut est réparti sur trois sites différents : deux bâtiments dans la ville de Toulouse et un à Tarbes.

Pour pouvoir réaliser leur bilan et acquérir les compétences nécessaires pour le faire, deux douzaines de personnes ont suivi, lors du premier confinement, une formation reconnue sur le bilan carbone. Une méthodologie de comptabilité carbone et un ensemble d'outils développés et utilisés en France depuis plus de 20 ans.

L’objectif est d'identifier les leviers les plus puissants pour atteindre des réductions significatives des émissions de GES.

En pratique, "l'évaluation des émissions de GES est réalisée en multipliant les "données d'activité" qui quantifient l'utilisation d'une source donnée par des "facteurs d'émission" qui quantifient ses émissions de gaz à effet de serre par unité de mesure". Ces fameux facteurs d'émission sont issus de la base de données Base Carbone de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe).

Des résultats différents de ceux imaginés

Selon la méthodologie utilisée, "l’IRAP a une empreinte carbone d’environ 7.400 tonnes d’équivalent CO2 pour 260 personnes, en 2019 ", indique Pierrick Martin. "70% de ces émissions sont issues du développement et l’utilisation des moyens d’observation de l’univers", indique le chercheur.

Ensuite arrive les déplacements professionnels, avec notamment les déplacements internationaux en avion. Quant à l’infrastructure locale (chauffage, électricité, déplacements, nourriture, déchets, etc) elle représente 10% du total des émissions de l’IRAP. "Ce n’était pas une évidence a priori. Nous aurions pu penser que les déplacements en avion et l’infrastructure locale avaient une consommation énergétique plus importante ", poursuit-il.

Des solutions à court terme

"Une stratégie de réduction des gaz à effet de serre se met en place. La réduction et l’optimisation de nos déplacements professionnels font partie des solutions relativement faciles à mettre en oeuvre à court terme."

Mais il est important d’agir notamment en repensant les grands moyens d’observation du ciel, explique Pierrick Martin, "la décarbonation des infrastructures opérationnelles existantes, renforcer la recherche et le développement de technologies bas carbone sur lesquelles s'appuieront les futurs projets, et de réduire la cadence et l'ampleur du déploiement de nouvelles infrastructures de recherche."

"Les pistes sont formellement simples, mais comme on touche à la culture profonde de la recherche, ce sera compliqué à mettre en œuvre en pratique ", confie l’astrophysicien à l’IRAP. Pour cause, la présence de beaucoup d’acteurs, notamment internationaux, qui gravitent autour de la recherche.

"On ne peut pas se passer de ces instruments, ils sont le moteur du progrès de la recherche scientifique. Mais il faut rapidement que l’on s’engage dans une transition pour pouvoir la choisir", conclut Pierrick Martin.