REPORTAGE. A l’école des luthiers de Fronton, les futurs artisans d'art réunis par leur passion pour la guitare

Écho d’Artistes Académie, c’est le nom d'une école de lutherie. Depuis 3 ans, cette école située à Fronton au nord de Toulouse forme les futurs réparateurs et créateurs de guitare. La plupart sont en reconversion professionnelle. Rencontre.

Comme chaque matin, Thibaut donne le "la". Le formateur accompagne les élèves tout au long de la journée au sein de L'Écho d'Artistes Académie. En ce moment, ils travaillent sur la conception d’une guitare classique. "Bien baisser la T2 jusqu'à... allez, 10 à 13 millimètres" explique Thibaut, formateur principal de lutherie, spécialisé guitare classique.

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Thibaut, le formateur, rappelle quelques consignes ©Pierre-Jean Vergnes

Dans l'atelier, Maïk est déjà à l’ouvrage. Il confectionne des éclisses en bois de palissandre. Ce jeune homme de 23 ans est un amoureux de la lutherie. Il a débuté en se formant à l’école de Villeneuve-les-Maguelone dans l’Hérault. Formation classique sur des violons. Trop classique pour Maïk qui s’est tourné vers cette école spécialisée dans la guitare.

Des élèves en reconversion

Stephane Bernard travaille actuellement sa rosace. Pour cela, il s’inspire d’un modèle japonais créé par Michihiro Matsuda, l'une des stars de la lutherie mondiale.

Stéphane Bernard est un ancien salarié de l’aéronautique. Il était contrôleur qualité chez Airbus. Mais depuis le Covid est passé par là et il a profité d’un plan social pour quitter l’entreprise. Rien ne le prédestinait à se lancer dans la lutherie. Stéphane ne joue même pas de guitare. Mais, passionné par les métiers d’art, il a poussé les portes de l’école de Fronton en début d’année. Et il ne le regrette pas.

"Je suis pleinement satisfait de ce que je fais actuellement. Je n'ai aucun regret d'avoir quitté un travail qui était sympa et qui me plaisait. Mais là, je suis pleinement dans quelque chose qui me reflète. C'est quelque chose de concret, que l'on réalise, qu'on a dans les mains. On l'entend sonner. C'est vraiment quelque chose de vivant", nous explique-t-il, outil à la main.

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interview de Stephane Bernard, élève à l'école de lutherie de Fronton ©Pierre-Jean Vergnes

Élodie aussi est en reconversion. Cette Grenobloise était professeur des écoles. Après 15 ans d’enseignement, elle a décidé de se lancer dans la lutherie.

Son objectif est de monter un collectif d’artisans d’art en Bretagne. La jeune femme nous confie son projet. "Avec des amis, on va s'installer en habitat partagé avec un atelier où on va mutualiser les outils, les machines, pour que cela coûte moins. Et puis, surtout, parce que c'est super galvanisant d'être avec d'autres personnes. On peut montrer ce qu'on fait, échanger quand on n'est pas sûr de soi..."

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Le projet professionnel d'Elodie ©Pierre-Jean Vergnes

Une école originale

L’école a été créée il y a 3 ans. À l’origine, trois copains. Trois associés d’un atelier de réparation et de création de guitares "Écho d’Artistes" installé à Fronton. La volonté du trio est de transmettre un savoir- faire.

Il existe des écoles de lutherie en France qui proposent des CAP ou des Bacs pro. Écho d’Artistes Académie, elle, se veut une école intermédiaire avec une philosophie d’apprentissage différente. La formation dure 10 mois et n’est pas diplômante. Pour autant, tous les élèves trouvent un travail à l’issue de cet apprentissage. 30% d’entres eux ouvrent un atelier. Le prix de cette formation : 10.000 euros.

La formation se décline en 2 options, Classique et Folk. À l’issue de l’examen final, l’élève acquiert l’ensemble des compétences pratiques et théoriques nécessaires à son entrée sur le marché du travail avec des techniques de commercialisation, de communication et la préparation à l’installation.

Benjamin De Oliveira, l'un des fondateurs d'Écho Artistes Académie, nous explique comment est née l'idée de monter une telle école : "former notre propre concurrence pour passer du bon temps avec nos collègues sur des salons", dit-il avec le sourire.

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Benjamin De Oliveira, un des fondateurs de l'Académie de lutherie de Fronton ©Pierre-Jean Vergnes

Le ton est un peu blagueur, mais Benjamin évoque cette envie de "rendre un petit côté scintillant, un petit peu clinquant aussi à ce métier."

Donner envie par la communication, par les salons, par la façon de présenter ses instruments, de faire des choses nouvelles et de les valoriser. Y a un marché qui s'ouvre là dessus.

Benjamin De Oliveira, co-fondateur de l'académie

Un champs d'étude scientifique

Pour améliorer ses outils pédagogiques, l’académie travaille avec un universitaire de Montpellier. Sébastien Challies est professeur en sciences de l’éducation, a beaucoup travaillé à la formation des enseignants.

Désormais, il intervient régulièrement auprès des formateurs de l'académie de Fronton. Il les aide à développer leur méthodologie et en parallèle, il collecte des données pour ses recherches scientifiques en matière de formation et d’éducation.

"Les collègues ont fait le choix de faire travailler les stagiaires sur leur propre guitare. Et très vite, je leur ai dit : mais les faire travailler sur leur propre guitare les empêche de tâtonner, d'échouer... On va tester l'hypothèse de leur proposer des outils intermédiaires pour qu'ils puissent s'entraîner, répéter, échouer et par là-même stabiliser un savoir-faire avant même de pouvoir le déposer sur leur propre guitare. Et donc d'avoir un instrument plus abouti au final."

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Sébastien Challiès, universitaire, nous explique son rôle au sein de l'académie ©Pierre-Jean Vergnes

"On arrive là quand même à une école qui prend forme, tant sur des aspects matériels que sur des aspects liés à la pédagogie. On a une vraie pédagogie qui est maintenant stabilisée dans cette école." Et l'universitaire reconnait une vraie singularité à Écho d'Artistes Académie.

Francis, lui, est l'un des premiers élèves à avoir été formé ici. Menuisier de formation il a, depuis, intégré l’atelier de l’école.

C’est lui, notamment, qui conçoit les outils nécessaires à l’apprentissage des élèves. Il nous explique comment il a mis par exemple "un moyen de faire des essais de sculpture sans abîmer la table ou l'instrument en fabrication." 

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Francis est le menuisier de l'atelier des luthiers. ©Pierre-Jean Vergnes

Une reconversion réussie

Changer de métier, devenir des artisans d’art, c’était l’objectif de Gérald, Jean-Luc et Yoann. Tous les trois se sont rencontrés à l’académie. Ils viennent de la banque et de l’aéronautique. Aujourd’hui, ils sont à la tête d’un atelier de réparation et de création de guitares. "Le repère du guitariste" a été inauguré début septembre à Grenade-sur-Garonne. L’activité débute, et ils sont très heureux.

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Gerald et Jean-Luc, 2 anciens élèves de l'Académie ©Pierre-Jean Vergnes

Les anciens apprentis s'estiment bien formés et armés pour se lancer. "On a eu un bon maître. Encore aujourd'hui, si on a besoin d'un conseil, il est toujours là".

L’école de lutherie "Écho d’Artistes Académie" espère obtenir bientôt une certification pour une formation diplômante.

En attendant, que ce soit à l’école ou dans l’atelier de création de guitares, le trio de Fronton compte bien transmettre sa passion au plus grand nombre. 

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Alexandre Azzola, un des associés, avec une guitare "Echo d'Artiste" ©Pierre-Jean Vergnes

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