REPORTAGE - Au cœur du gigantesque chantier de la future ligne C du métro, prouesse technologique et enjeux économiques

Lancé en décembre 2022, le chantier du futur métro Toulousain doit s'achever en 2028 avec la mise en service de la ligne C. Un chantier titanesque qui demande de véritables prouesses technologiques. Reportage au cœur des travaux avec les acteurs de ce chantier.

C'est le plus grand chantier de l'histoire de la métropole toulousaine. En 2028, la troisième ligne de métro va rallier Colomiers à Labège. Un chantier de 3,4 milliards d'euros. Reportage avec les acteurs de ce chantier

Ouverture prévue en 2028

Elle n'est pas encore en service, mais on peut déjà la visiter : la rame qui va desservir les 21 nouvelles stations de la Ligne C du métro toulousain. 27 kilomètres de Colomiers à Labège. Un chantier titanesque de 3,4 milliards d'euros, actuellement dans sa première phase, celle du génie civil. Au total une quarantaine de chantiers avancent simultanément.

Celui de la station "Sept Deniers - Stade toulousain" est l'un des plus importants : "Actuellement, on fait tout ce qui est à base de béton", détaille Jean-Jacques Laporte, directeur de projet Ligne C.  "Ensuite, on passera à la deuxième phase des finitions et enfin les essais avant l'ouverture en 2028". Et il n'y a pas de temps à perdre : "On essaye d'être le plus efficace possible et de tenir le planning sur les deux prochaines années", raconte Mathieu Roboam, directeur des travaux du site "Sept deniers - Stade toulousain". "C'est un bel enjeu !"

Un chantier au cœur de Toulouse

Les travaux vont durer six ans. C'est le deuxième plus grand chantier de métro en France, après le Grand Paris Express. Sur cette troisième ligne, Tisséo prévoit une fréquentation de 200.000 voyageurs par jour : "Elle pourra atteindre les 600 000", explique Jean-Michel Lattes, Président de Tisséo. "On a 30 à 50 ans de prospective avec cet outil-là." Le chantier s'invite au cœur de Toulouse. Ce qui n'est pas sans poser quelques difficultés. Bruit, poussière, et proximité des façades et des commerces, les contraintes sont nombreuses, notamment pour la station François Verdier, qui permettra une interconnexion avec la ligne B.

Ici, les ingénieurs de Tisséo ont fait face à un défi majeur : déplacer le monument à la gloire des combattants de Haute-Garonne. Un édifice historique de près de 1000 tonnes, consolidé grâce à un exosquelette, sorte de sarcophage en acier :"C'est historique", confie Nina Ochoa, vice-présidente Tisséo, Ingénieure chargée des visites de chantier. "C'est la première fois qu'on déplace en France un monument classé." Quand les travaux de la station François Verdier seront achevés, le monument sera remis à sa place. 

Autre difficulté, les vestiges archéologiques, présents dans le sous-sol. Mais tout est prévu :"On a intégré une partie de fouilles sur le chantier pendant les travaux", reconnaît Julien Isnard, adjoint au Directeur de projet Ligne C.  

Un tunnel sous le canal du midi

Lancé en 2022, le chantier de la ligne C du métro toulousain est sur de bons rails. Un projet structurant pour la ville de Toulouse et sa métropole. Il doit offrir un nouveau maillage de transports en commun, à la 4ème ville de France. Car parallèlement aux travaux de la nouvelle ligne, un autre chantier est en cours : celui du prolongement de la ligne B. 2,7 kilomètres, et deux nouvelles stations pour relier Ramonville à Labège et permettre des interconnexions avec la ligne C.

À Ramonville, un tunnel va être construit sous le Canal du Midi. Une plateforme provisoire a été installée. Elle a permis d'injecter du ciment dans la couche sablonneuse qui sépare le canal du futur tunnel. Pendant quatre mois, cette partie du Canal du midi a été fermée à la navigation. Les Voies navigables de France, qui gèrent cet édifice historique, ont été associées au projet : "On a fait particulièrement attention", explique Elodie Dufeu, directrice territoriale adjointe VNF Sud Ouest. "Les arbres ont été protégés et un état des lieux sanitaire après le chantier permettra de vérifier qu'il n'y a eu aucun impact."

Pour faire passer le métro sous le canal du midi, Tisseo a fait appel à un tunnelier. Il a déjà servi pour les travaux de la ligne B du métro au début des années 2000. Ce tunnelier fait 30 mètres de long et plus de 5 mètres de diamètre : "sa particularité c'est qu'il creuse, excave de la terre et pose un revêtement en même temps", précise Augustin Morando, le directeur de projet. Sorti du tunnel, le métro va emprunter un viaduc de plus de deux kilomètres de long. L'ouvrage d'art est en pleine construction. Il permettra de franchir les autoroutes et l'Hers pour rejoindre Labège.

À lire : Clémence Isaure, le tunnelier légendaire, reprend du service pour prolonger la ligne B du métro de Toulouse

Désenclaver la métropole

Sa construction se fait de jour comme de nuit. Un mastodonte de béton et d'acier. Le viaduc qui prolonge la ligne B entre Ramonville et Labège mesurera 2,2 kilomètres. Pour soutenir les tabliers, d'imposantes piles en béton armé doivent être construites tout le long du parcours : "Dans la partie aérienne, la ligne B reposera sur 59 piles", explique Cyril Ladier, Chef de projet Connexion Ligne B. "C'est une pile tous les 40m qui supportera le passage du métro." Ce grand viaduc nécessitera près de 17 000 m3 de béton, mais il permettra aussi de faire des économies : "La construction d'un viaduc coûte moins cher qu'un souterrain", rajoute le chef de projet. "Cette solution est bien adaptée à ce territoire moins urbanisé qu'en centre-ville". 

Au bout de ce viaduc, la future station Labège-Madron. L'une des interconnexions entre la ligne B et la future ligne C. Au total, la troisième ligne de métro devrait desservir près de 200.000 emplois. C'était l'un des objectifs du Maire de Toulouse, qui est à l'origine de ce projet pharaonique. "Nous l'avons voulu comme la ligne de l'emploi", explique Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse. "L'idée c'était d'offrir à ceux qui font ce trajet aux heures de pointe une alternative à la voiture et aux embouteillages". 

Près de 16.000 personnes travaillent dans la zone d'activités de Labège. Pour les salariés qui s'y rendent quotidiennement, l'arrivée du métro va faciliter les déplacements. Le prolongement de la ligne B vers Labège, l'une des futures stations de la ligne C, permettra de désenclaver l'un des plus gros pôles économiques de la métropole.