Saint-Gaudens : le projet de transformation de l'usine Fibre Excellence ne convainc pas les élus écologistes

L'usine de pâte à papier Fibre Excellence de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) présente un projet de transformation pour réduire sa pollution mais il n'est pas à la hauteur de l'enjeu climatique pour les élus écologistes locaux qui réclament que d'autres alternatives soient étudiées.

Le projet de transformation de l'usine de papier Fibre Excellence de Saint-Gaudens n'est pas si vertueux que ça, selon les écologistes.
Le projet de transformation de l'usine de papier Fibre Excellence de Saint-Gaudens n'est pas si vertueux que ça, selon les écologistes. © JP Duntze / FTV

Avec ses cheminées et ses constantes colonnes de fumée blanche, elle fait partie intégrante du paysage de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. L'entreprise Fibre Excellence y produit de la pâte à papier, ce qui génère, dit-elle "du bruit, des vapeurs et fumées".

Pour y remédier, au moins en partie, Fibre Excellence a décidé de modifier une de ses chaudières. Elle promet une baisse de 70% de ses émissions de dioxyde de soufre et une hausse de sa production d'électricité verte à partir de biomasse.

Un projet qui a de quoi séduire mais qui, selon les écologistes, n'est pas aussi vertueux qu'il en a l'air. Ils réclament un moratoire et l'étude d'autres solutions alors que l'enquête publique doit s'achever le 25 février. 

Transformation d'une chaudière à liqueur noire

Dans un communiqué, Fibre Excellence décrit son site de Saint-Gaudens comme "une usine soucieuse de son impact environnemental, en constante amélioration". Et souligne les 20 millions d’euros investis ces trois dernières années pour limiter les nuisances sonores et olfactives pour les riverains.

Elle détaille aussi son dernier projet, soumis à enquête publique. Il s'agit de transformer une chaudière à liqueur noire, "l’un des principaux facteurs d’émissions de l’usine" pour diminuer ses rejets en dioxyde de soufre.

La liqueur noire, c'est le liquide qui reste après le lessivage du bois pour fabriquer la pâte à papier. Il contient une quantité importante de résidus de bois dissous. Concentrée par évaporation, la liqueur noire est ensuite utilisée comme combustible dans la chaudière.

Avec ses travaux, Fibre Excellence entend mettre en pratique "la technique préconisée par les autorités, répertoriée dans un document de référence sur laquelle l’ensemble du secteur se base" et réduire ses émissions en dioxyde de soufre. Elle promet de les réduire d'environ 70%, et garantit que cela n'augmentera pas ses autres rejets.  

Elle convient tout de même que l'augmentation de la puissance de la chaudière produira plus de CO2 mais souligne que "ce CO2 est issu de la combustion de biomasse renouvelable et non de la combustion d’énergies fossiles."

Ce processus permet ainsi une production excédentaire d’électricité verte avec +60 GWh/an injectés sur le réseau électrique public, soit la consommation annuelle de 20 000 foyers. Aujourd’hui, les chaudières à biomasse sont de plus en plus plébiscitées pour produire de l’énergie et diminuer ainsi l’utilisation de carburants fossiles. Ce projet n’aura par ailleurs aucun impact, ni sur le bruit émis par le site, ni sur la quantité d’eau prélevée en Garonne, ni sur la quantité et la température de l’eau rejetée par l'usine

Fibre Excellence


Des élus écologistes sceptiques

Les arguments de Fibre Excellence sont loin de convaincre les écologistes. "Réduire le dioxyde de soufre, c'est très bien mais il faut aussi travailler sur le reste, sur les sulfures d'hydrogène, par exemple" dit Annabelle Fauvernier, conseillère municipale d'opposition (Gauche-Ecologie) à Saint-Gaudens. "Il faut avoir un projet neutre en carbone, c'est à dire qu'on n'ait pas davantage de gaz à effet de serre que ce que l'on a aujourd'hui. Rappelons que cette usine fait partie des principaux émetteurs de gaz à effet de serre en Occitanie.

Nous demandons qu'un projet alternatif puisse être étudié parce que même si Fibre Excellence a présenté dans son dossier des scénarios alternatifs, ils ne sont pas suffisamment étayés. On demande à ce qu'il y ait un moratoire sur le projet tel qu'il est présenté aujourd'hui et qu'on puisse examiner d'autres solutions neutres en carbone, améliorant la qualité de l'air et innovantes.

Annabelle Fauvernier, conseillère municipale Gauche-Ecologie à Saint-Gaudens

A ses côtés, Antoine Maurice. Le candidat Europe-Ecologie Les Verts aux prochaines élections régionales a fait le déplacement à Saint-Gaudens ce lundi. Il fait de ce projet un thème de campagne et rappelle qu'il soutient la création d'un plan régional pour la qualité de l'air. 

"C'est un projet qui pourrait apparaître comme pleinement écologique puisqu'il améliore un petit peu la qualité de l'air et qu'il produit de l'électricité verte à partir de la biomasse", dit-il "mais l'écologie, c'est la gestion de la complexité et en l'occurrence, c'est un projet qui, à l'inverse, pourrait augmenter d'autres polluants et qui pourrait augmenter de manière importante les gaz à effet de serre." 

Les élus enjoignent aujourd'hui les habitants de Saint-Gaudens à se saisir de la question et à donner leur avis. Il ne leur reste que quelques jours pour le faire : l'enquête publique s'achève le 25 février. 

De son côté, l'association Nature Comminges demande que l'enquête publique soit prolongée de 3 mois. Elle a lancé une pétition en ligne pour dire son refus du projet. Cette dernière recueille à ce jour 427 signatures.

 

 





 

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