Toulouse : les antifascistes toulousains dans les cortèges des Gilets Jaunes pour contrer l'extrême-droite

Depuis l'hiver 2018, l'Union Antifasciste Toulousaine a rejoint les cortèges des Gilets Jaunes à Toulouse. / © Ben Art'Core
Depuis l'hiver 2018, l'Union Antifasciste Toulousaine a rejoint les cortèges des Gilets Jaunes à Toulouse. / © Ben Art'Core

À Toulouse, depuis un an, les antifascistes sont aux côtés des Gilets Jaunes. Des groupes d'extrême-gauche méconnus et qui parlent peu. L'un d'eux, l'Union Antifasciste Toulousaine, a accepté de répondre à nos questions sur leur engagement politique contre l'extrême droite et contre le capitalisme.

Par Sylvain Duchampt

Depuis plusieurs semaines, leur logo composé de deux drapeaux rouge et noir acollés ne flotte plus au milieu des cortèges des Gilets Jaunes. À Toulouse, les antifascistes sont toujours là mais ils se font plus discrets.

Les bonnets, les foulards qui cachaient leurs visages ont été remisés temporairement au placard. Les militants d'extrême-gauche continuent régulièrement à marcher le samedi après-midi dans les rues du centre ville de Toulouse, gilet jaune sur le dos.
 
L'Union Antifasciste Toulousaine (UAT) est l'un des cinq groupes antifascistes de Toulouse. / © FTV - Capture d'écran
L'Union Antifasciste Toulousaine (UAT) est l'un des cinq groupes antifascistes de Toulouse. / © FTV - Capture d'écran

C'est par exemple le cas de Comics. Ce militant de l'Union Antifasciste Toulousaine (UAT), l'un des cinq groupes de ce type dans la ville rose, a rejoint la mobilisation populaire avec les autres membres de son groupe, il y a un an.

"On est comme eux" explique ce salarié d'une entreprise technique. "On en a marre de survivre. Quand tu n'arrives pas à finir le mois, quand tu envoies le tiers de ton salaire à ta famille. Moi c'est mon cas. J'envoie une partie de mon salaire à ma soeur pour payer le loyer et pourtant mes parents sont tous les deux en CDI et ont une maison. Comme 99% des gens, ils ont un crédit."

Autonomiser les Gilets Jaunes 

Mais cette présence de l'UAT aux côtés des Gilets Jaunes n'est pas allée autant de soit comme le reconnaît un autre membre du groupe, Stèph : " Cela a été un vrai questionnement que nous avons eu. On y va ou on y va pas ? Nous nous sentons concernés sur les questions du pouvoir d'achat, de la justice sociale, de la justice fiscale etc... Et en même temps, si on n'y va pas, on va laisser tout le champ libre à l'extrême droite. L'extrême-droite n'est pas comme nous. Elle ne veut pas l'autonomie politique des gens. Elle est là pour les manipuler, pour les contrôler, pour les appeler à voter ceci ou cela. On y est allés pour empêcher que l'extrême-droite manipule ce mouvement en orientant les colères sur des intérêts qui ne sont pas ceux des travailleurs."  
 


"Antifas" contre "fachos"

Comics complète : "Des confusionnistes et des négationnistes, pour certains, ont essayé de prendre le contrôle du mouvement par leurs idées. Ils ont réussi à prendre parfois la tête du cortège avec des banderoles et des messages plus ou moins Gilets Jaunes, plus ou moins d'extrême-droite. Les antifascistes, nous sommes là lorsqu'ils sont là."

Durant l'hiver 2018, une véritable guerre invisible s'est ainsi jouée au sein de la mobilisation, emaillée parfois d'affrontements violents.
Le 2 février 2019, le reporter Vincent Lapierre, très populaire chez les Gilets Jaunes et proche de Dieudonné, a été expulsé manu militari du cortège toulousain.
Le 2 février 2019, le journaliste proche de Dieudonné, Vincent Lapierre, est « expulsé » de la manifestation des Gilets Jaunes à Toulouse et légèrement blessé. / © FTV - Capture d'écran
Le 2 février 2019, le journaliste proche de Dieudonné, Vincent Lapierre, est « expulsé » de la manifestation des Gilets Jaunes à Toulouse et légèrement blessé. / © FTV - Capture d'écran
 
Une semaine plus tard, ce sont des membres de l'extrême-droite qui attaquent le cortège du NPA en pleine manifestation.
 


La radicalisation des Gilets Jaunes

En ce samedi 24 septembre, après avoir compté le nombre de fourgons de CRS et un peu observé les personnes présentes à la manifestation, Comics est formel : "les fachos" se font discrets. "Il doit y avoir une ou deux personnes qui passent vite fait pour distribuer des tracts mais ils ne restent pas durant les manifs."

Au fil des mois, un noyau dur s'est formé au sein du mouvement, renforcé par les face-à-face avec les forces de l'ordre. 
"Beaucoup de gens au sein des Gilets Jaunes croyaient que les violences policières, ce n'était que dans les banlieues" précise Comics. "Ils ont vu que les violences policières c'était pour tout le monde. Le gouvernement a vraiment radicalisé une partie de la population." 

Une radicalisation aperçue lors des dégradations et des violences commises durant les manifestations. L'occasion pour les groupuscules d'extrême-gauche de s'attaquer symboliquement au capitalisme.

Voici le premier des quatre épisodes de notre feuilleton sur le sujet : 
 
© Sylvain Duchampt/Thierry Villeger/Johan Touleron


Visionnez l'intégralité de ce reportage diffusé dans l'émission Enquêtes de région, le 9 octobre 2019  


   

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