Toulouse : contresens sur l'autoroute, délinquance routière ou mauvais aménagements ?

© France 3 Occitanie
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Entre fin août et début septembre, 3 contresens routiers ont été signalés dans le secteur de Toulouse. Demi-tours au péage, bretelles prises à l'envers ou erreur d'aiguillage sur une 2X2 voies. Les contresens provoquent plus de 100 accidents chaque année. 

Par Christine Ravier

En France, les sociétés exploitantes du réseau autoroutier recensent plus de 400 contresens par an. C'est 5 % des accidents mortels. Pierre Lagache, membre du bureau national de la Ligue contre la violence routière et président de l'association dans le Lot, répond à nos questions.
 
Quel est l'impact des contresens sur la mortalité routière ?
Les chiffres de 2017 montrent qu'il y a eu 104 accidents dont 24 mortels, qui ont fait 34 tués sur les autoroutes ou les routes à chaussées séparées. Il y a une sur-représentation des gens alcoolisés (42%) et des personnes de plus de 70 ans.

Dans les 2 cas, le problème est généré par le fait d'être désorienté. Mais il peut y avoir aussi des gens qui choisissent sciemment de faire demi-tour.
 


Quelles peuvent être les solutions ?
Pour les personnes qui ont un problème avec l'alcool, il y a les éthylostests anti-démarrage (EAD). Une technologie qui fonctionne parfaitement et qui s'avère très concluante dans d'autres pays. La loi prévoit son usage mais très peu de parquets le proposent et peu de garagistes sont capables de les installer. 

Le coût avoisine les 1.000 €. Cela fait partie de l'amende en quelque sorte. Mais il nous est arrivé à la Ligue, d'aider financièrement des gens volontaires qui avaient un problème avec l'alcool, à s'équiper. Il faut être capable d'accompagner, on n'est pas systématiquement dans une logique de répression. 
 

Une signalisation à améliorer


Y a-t-il d'autres pistes ?
Il faudrait sensibiliser les médecins et les familles sur l'autorisation de circuler des personnes les plus âgées. Cela signifie prendre la décision mais aussi accompagner la personne pour qu'elle arrête de conduire. Les conducteurs de 70 ans et plus sont à l'origine d'un contresens mortel sur 2.

Il y a aussi le travail sur la signalisation. Les panneaux sens interdit sur fond jaune installés dans le Lot par exemple, il y a 5 ans, constituent une mesure efficace. Ils diminuent le risque de 20 à 30%.  Ces panneaux sont autorisés sans être obligatoires, donc ça avance très très lentement.
 
20 à 30 % de réduction du risque d'accident grâce à ce type d'équipement / © France 3 Occitanie
20 à 30 % de réduction du risque d'accident grâce à ce type d'équipement / © France 3 Occitanie


Il faudrait quasiment un chargé de mission au plan national qui pilote de façon interministérielle et agisse ainsi sur les différents leviers que sont l'EAD, la signalisation, la sensibilisation des médecins, l'architecture de la voirie également.
 


Certains accès peuvent être dangereux ?
On se rend compte en effet que si l'architecture des voies avait pris en compte ce risque, il n'y aurait pas eu contresens. On sait aussi que les aires de service étanches et séparées sur autoroute sont sans risque.

Alors que les aires uniques d'un côté ou l'autre de la voie présentent des ronds-points. Donc une possibilité de prendre l'autoroute à l'envers. Il suffit d'une erreur d'attention sur certaines, pour s'engager à contresens.

Il n'y a pas de volonté suffisante pour régler le problème. Pas de diagnostic, ni de campagne de travaux.  C'est vrai en particulier sur le réseau breton, avec beaucoup de connexions avec le réseau secondaire. Ce qui génère un contresens tous les 2 à 3 jours. 

Les nouvelles technologies peuvent-elles contribuer à réduire le risque ?
De plus en plus, en lien avec les GPS, ou pas d'ailleurs. Elles devraient permettre la diffusion rapide de l'information pour les usagers potentiellement en danger, afin qu'ils aient le bon comportement.

Les GPS peuvent signaler au conducteur qu'il est à contresens. A terme, avec la connexion et l'interconnexion des voitures, on ne peut que progresser. Mais ça n'est pas dans l'immédiat.
 

40 vies sauvées


Restent ceux qui recourent aux demi-tours volontaires, comme ce qu'on a pu voir à Toulouse dernièrement. Il faudrait qu'au niveau des autoroutes, ils se saisissent du problème et prennent des positions fortes là-dessus et des mesures actées.

40 morts par an, c'est une incidence sur l'accidentologie globale qui semble assez faible. Mais on ne doit négliger aucune niche car une vie de gagnée, c'est une vie de gagnée.

 

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