Toulouse : des policiers municipaux ont-ils interrogé un jeune dans son collège sur pression d'une élue ?

Deux agents de la police municipale de Toulouse auraient interrogé un adolescent de 12 ans au sein de son collège pour des faits qui n'ont rien à voir avec l'établissement scolaire. Il lui est reproché de s'être baigné avec d'autres jeunes dans la piscine privée d'une élue à l'insu de celle-ci.

Toulouse - Un collégien de 12 ans a été entendu par des policiers municipaux au collège des Ponts-Jumeaux hors du cadre légal. Archives.
Toulouse - Un collégien de 12 ans a été entendu par des policiers municipaux au collège des Ponts-Jumeaux hors du cadre légal. Archives. © FTV

Que faisaient deux agents de la police municipale de Toulouse dans le collège des Ponts Jumeaux la semaine dernière ? De quel droit ont-ils convoqué en présence du principal, un élève de 12 ans et l'ont-ils interrogé ? Pourquoi le principal les a-t-il autorisés à le faire, qui plus est sans prévenir ses parents ? Ces questions et bien d'autres se posent suite à cette intervention qui soulève la polémique.

L'histoire ? Une escapade de collégiens pris d'une envie de piquer une tête dans la piscine d'une de leurs connaissances. Ils composent le code du portail et prennent un bain sans prévenir personne. Une bêtise donc, une grosse bêtise.

La piscine d'une élue municipale

La propriétaire des lieux prévient le soir même les parents de quatre d'entre eux pour les avertir de l'incident et leur intimer de tancer leur progéniture. Pour le cinquième collégien, le traitement est tout autre. Deux policiers municipaux débarquent à son établissement scolaire et l'entendent sans que les parents de l'adolecent en soient informés.

Ils ont manifestement été sollicités par la propriétaire de la piscine qui n'est autre que Cécile Dufraisse, adjointe à la mairie et candidate Les Républicains aux élections départementales. Cette élue s'est-elle servie de son pouvoir sans pour autant porter plainte auprès de la police nationale, c'est ce que pensent les parents de Yassine, le collégien en question.

"Il ne fallait pas qu'il soit seul" à être traité de cette façon

"Elle a voulu marquer le coup", explique le père du jeune garçon. "Je lui ai rappelé qu'il y a d'autres moyens de marquer le coup. Au même titre que les parents des camarades de mon fils qui ont reçu un coup de fil de cette maman, on aurait pu avoir le même "privilège".".

Cette dame, elle s'est servie de son pouvoir, de son travail et en plus elle n'a pas porté plainte auprès de la police il me semble.

La mère de Yassine.

La mère de Yassine poursuit : "Ils sont venus comme ça. Je trouve que ce n'est pas normal. On est en France, il y a des droits. Et même par rapport au collège, normalement, on nous appelle. Il est mineur, il est petit. Il ne fallait pas qu'il soit seul".

Sollicitée par France 3 Occitanie, l'élue de la mairie de Toulouse n'a pas souhaité répondre à nos questions.

C'est étonnamment la mairie qui a repris à son compte ce dossier. Dans un communiqué de presse, elle minimise et évoque une simple rencontre de prévention.

"Pas de but répressif"

"Dans le cadre de leurs missions de proximité, de lutte contre les incivilités, et de prévention de la délinquance, les agents de la police municipale sont invités à échanger directement avec l’Education nationale", mentionne le communiqué. "Les agents des unités territoriales, en charge de chaque secteur, peuvent notamment être amenés à rencontrer différents chefs d'établissements pour évoquer des situations particulières".
"Ces échanges sont l'occasion d'évoquer les difficultés identifiées impliquant des jeunes de ces établissements. Ces rencontres ont pour objectif de procéder en prévention plutôt qu'en répression (...). L'échange qui a eu lieu à l'occasion de ce rendez-vous s'est déroulé sous l'autorité du chef d'établissement et du conseiller principal d’éducation et en aucun cas dans un but répressif"
déclare le communiqué de la mairie de Toulouse.

Le rectorat aux abonnés absents

La police municipale a-t-elle outrepassé ses droits ou était-elle dans le cadre de sa mission comme l'affirme la mairie ? Comment se fait-il qu'elle ait eu accès à un élève dans un établissement scolaire alors même que les faits n'ont rien à voir avec le cadre scolaire ? Comment expliquer que les parents n'aient pas été présents ni tout bonnement informés par la police et/ou le principal ? Autant de questions et peu ou pas de réponse.

Contacté par France 3, le rectorat de Toulouse reste muet sur cette affaire des plus embarrassantes en période électorale.

Yassine, lui, n'est pas retourné au collège. Il craint d'être montré du doigt et traité de délinquant. Ses parents ne souhaitent pas porter plainte mais ils ont déposé une main courante. Ils disent que les policiers n'ont évoqué, de leur propre aveu, que la question de cette baignade hors des murs du collège.

Cliquez ici pour voir le reportage de Sylvain Duchampt et Jean-Pierre Duntze.

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