Avec 29 morts en 2020, Toulouse est la deuxième ville de France comptant le plus de sdf décédés dans la rue après Paris

Au moins 535 personnes sans domicile fixe sont décédées dans la rue l’année dernière en France, selon le recensement du collectif "Les morts de la rue", dont 29 personnes à Toulouse. Après Paris, elle est la deuxième ville de France qui connaît le plus de morts de la rue en 2020.

Selon le collectif "Les morts de la rue", le recensement 2020 est certainement plus incomplet que les autres années en raison des difficultés de remontées d’information liées à la pandémie de Covid-19.
Selon le collectif "Les morts de la rue", le recensement 2020 est certainement plus incomplet que les autres années en raison des difficultés de remontées d’information liées à la pandémie de Covid-19. © Valentine Chapuis / MaxPPP

C’est une liste tragique de 535 noms. 535 personnes qui sont mortes de la rue, en 2020 en France et dont le décés a été signalé.

Alors qu’un hommage national leur est rendu à Paris ce mardi 30 mars, le journal La Croix, en collaboration avec le collectif "Morts de la rue", publie la liste de ces hommes et ces femmes qui n’ont pas survécus à la vie dans la rue.

29 morts de la rue à Toulouse

Toulouse est à la deuxième place du triste classement des villes qui comptent le plus de morts de la rue, après Paris. D’après le recensement de "Goutte de vie - collectif des morts de la rue de Haute-Garonne", 29 décès ont été signalés en 2020 à Toulouse, concernant des personnes à la rue ou avec un parcours de rue.

Sur ces 29 morts de la rue, 26 étaient des hommes et 3 des femmes, avec une moyenne d’âge de 59 ans. L’âge moyen des personnes décédées est en augmentation, relève le collectif "Goutte de vie".

Les chiffres selon les villes donnent une indication, mais il faut bien comprendre qu’il s’agit de décès signalés et tous ne le sont pas. À Toulouse, nous faisons un travail particulièrement important de recensement des décès et des conditions dans lesquelles il s’est produit.

Christine Rolland, bénévole au collectif Goutte de vie

" Pour remédier à la situation, il est essentiel qu’existent plus de dispositifs d’accompagnement et d’hébergement pour les personnes de la rue ", demande Christine Rolland. 

" Pas assez de logement très social "

Militant du droit au logement et conseiller municipal d'opposition, François Piquemal souligne un "triste record pour la ville rose", reprenant les chiffres du collectif "Morts de la rue" national, légèrement en dessous du collectif toulousain :

Il dénonce un manque d’engagement et de moyens dédiés à l’hébergement d’urgence à Toulouse. " Mais ce qui est encore plus révélateur, c’est la politique de gentrification que mène la ville. La demande de logement social a augmenté de 40 % en 4 ans, avec 39 000 demandeurs sur la métropole aujourd’hui (selon les chiffres de l’Observer), et la ville n’y répond pas ", dénonce François Piquemal.

Selon l'élu d'opposition, 75 % des demandeurs de logement social sont éligibles à du logement très social à Toulouse (avec un revenu inférieur ou égal à 11 531€ par an pour une personne seule). Mais en moyenne, moins de 30 % des logements sociaux construits sont des logements très sociaux.

Il y a une volonté politique de faire en sorte que les gens les plus modestes ne trouvent pas de logement et donc quittent Toulouse. On peut parler d’une politique de chasse des classes populaires.

Francois Piquemal, élu Archipel Citoyen à Toulouse et militant du droit au logement

La Prefecture se dit "mobilisée pour la protection des plus vulnérables" 

Dans un communiqué du mardi 30 mars, la Préfecture de Haute-Garonne assure porter « une mobilisation exceptionnelle en faveur des publics les plus vulnérables », à travers un « plan hivernal est exceptionnel et inédit ».

Selon la Préfecture, ce plan a notamment conduit « à la création ces cinq dernières années de 2 400 places supplémentaires : 1000 places d’hébergement d’urgence et 1 400 places d’hébergement pour demandeurs d’asile » et « au déploiement de plus de 400 nouvelles places d’hébergement et plus de 500 personnes mises à l’abri en hôtel. »

Le Préfet rappelle également que la trêve hivernale des expulsions locatives a été repoussée de deux mois, et prendra fin le 1er juin 2021, au lieu du 1er avril 2021.

Les morts de la rue à Toulouse

Voici la liste des personnes sans domicile fixe décédées à Toulouse depuis janvier 2020, recensées par le collectif "Morts de la rue".

En 2020 :

Un homme, 76 ans, le 5 janvier. Un homme, B., 52 ans, le 19 janvier. Un homme, 51 ans, le 15 mars. Un homme, 28 ans, le 11 mai. Fabrice, 46 ans, le 16 mai. Un homme, 57 ans, le 19 juin. Un homme, 33 ans, le 1er juillet. Lionel, 44 ans, le 10 juillet. Un homme, 58 ans, le 11 août. Un homme, 69 ans, le 25 août. Angel, 53 ans, le 2 septembre. David, 48 ans, le 4 septembre. Théo, 23 ans, le 9 septembre. Un homme, 51 ans, le 18 septembre. Un homme, en septembre. Un homme, le 7 octobre. Un homme, 62 ans, le 21 octobre. Un homme non identifié, le 23 octobre. Un homme, 71 ans, le 8 novembre. Kévin, 30 ans, le 13 novembre. Une femme, 48 ans, le 28 novembre.

En 2021 :

Un homme, 32 ans, le 15 janvier. Un homme, 50 ans environ, le 15 février.

Communiqué du collectif "Goutte de vies"

Suite à la publication de notre article, le collectif "Goutte de vies" a tenu a apporter les précisions suivantes :

Créée à Toulouse en 2008, « Goutte de Vies » est une association totalement indépendante. Elle est un des 14 « Collectifs des Morts de la rue » existants en France. Tous sont autonomes, non regroupés en fédération et reposent sur du bénévolat, sauf celui de Paris qui dispose de personnes salariés.

Depuis 2008, chaque année, c’est en moyenne 26 décès qui sont recensés par Goutte de Vies. Le terme générique « morts de la rue » ne doit pas s’entendre comme un recensement exhaustif des décès de personne vivant et mourant dans les rues toulousaines mais comme un terme plus générique. Ainsi, ce dernier englobe-t-il les personnes vivant à la rue (ou ayant connu un parcours de rue dans les 10 dernières années) mais également celles qui sont hébergées et/ou logées à Toulouse et sur les communes périphériques.

Il est nécessaire de rappeler que les personnes recensées par Goutte de vies ne décèdent pas le plus souvent dans la rue. Plus de la moitié d’entre elles décède dans un établissement de soins et prés d’un tiers dans leur domicile.

Ainsi, en 2020, sur les 30 personnes décédées accompagnées par Goutte de Vies, 9 vivaient à la rue, 21 étaient logées ou hébergées et pour être plus précis :

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