Toulouse : le CNES en alerte répertorie les débris orbitaux liés au tir de missile antisatellite russe

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Écrit par Christine Ravier
Le Service de surveillance de l'espace doit être capable à tout moment de savoir où sont les objets qui tournent autour de la Terre et où ils vont.
Le Service de surveillance de l'espace doit être capable à tout moment de savoir où sont les objets qui tournent autour de la Terre et où ils vont. © THIERRY BORDAS / MAXPPP

Le Service de surveillance de l'espace du CNES à Toulouse est chargé de veiller sur la sécurité de 240 satellites. Depuis le tir de missile russe, il répertorie les débris occasionnés pour tenter de minimiser les risques de collision.

La Russie est à l'origine d'un tir de missile antisatellite ce lundi 15 novembre, qui a généré "plus de 1 500 débris orbitaux traçables" d'après les Américains. L'incident est grave, au point que les astronautes à bord de la station spatiale internationale (ISS) ont dû se préparer à une évacuation d'urgence.

Au CNES à Toulouse, le Service de surveillance de l'espace veille sur la sécurité de 240 satellites que ce tir de missile russe contribue grandement à fragiliser. Explications avec son directeur Juan-Carlos Dolado, qui a accepté de répondre à nos questions.

Quel est votre rôle ?

En tant qu'agence spatiale française, le CNES a la mission de caractériser ce qui s'est passé et dévaluer les conséquences. Notre objectif est d'avoir une évaluation autonome en coopération avec le ministère des armées, savoir ce qu'induit cette fragmentation volontaire. 

Nous utilisons des données qui viennent des radars de l'armée de l'air et de nos partenaires européens ainsi que de nos simulateurs pour étudier les fragments, les régimes d'altitude et les conséquences d'un tel évènement sur les capacités spatiales à court, moyen et long terme. Une de nos missions est de protéger 300 satellites, d'être capable de prendre en compte ces nouveaux débris et de prévenir les collisions éventuelles en définissant d'autres trajectoires pour limiter le risque pour chacun des satellites. En revanche, nous n'avons pas ce rôle pour l'ISS qui est "opérée" par les Américains et les Russes.

Vous vous trouvez actuellement en situation de crise ?

Oui. Nous sommes en plein travail pour observer ces débris, les cataloguer et calculer des orbites fiables. Aujourd'hui, on s'attend à ce qu'il y ait des risques de collision car ce nuage de débris va se disperser entre 200 km et 2.000 km d'altitude, même si le satellite Cosmos 1408 se situait vers 480 km. En clair, ce sont des fragments qui vont "se balader" entre 200 et 2.000 km.

Les risques sont élevés : un satellite a une vitesse orbitale de 7 km/seconde. En cas de collision avec un objet, la vitesse relative peut atteindre plus de 10 km/seconde. Un objet, même tout petit, de quelques millimètres peut détruire un satellite à ces vitesses.

Malheureusement, on est à la limite de nos moyens de surveillance car nous n'arrivons pas à observer les objets de quelques centimètres. Aujourd'hui, nous pouvons seulement détecter ceux qui sont supérieurs à 10 centimètres.

Dans les prochains jours, une grande partie des objets supérieurs à 10 cm seront donc détectés et catalogués en coopération avec nos partenaires européens et internationaux. Nous serons en conséquences en mesure d'éviter les risques de collision que ces objets occasionnent.

En tant que professionnel, au-delà de toute question politique, que pensez-vous de cette initiative des Russes ?

C'est dramatique. Pour mémoire, l'armée chinoise a fait un peu la même chose en 2007 en provoquant une fragmentation à 800 km suite à la destruction volontaire du satellite Fengyun 1C. Aujourd'hui, 13 à 14 années plus tard, on continue encore à avoir des conséquences de ce tir sur la sécurité des satellites. C'est même une partie non négligeable des risques qu'on a à gérer.

Les objets cette fois encore sont montés très loin, ils vont rester longtemps en orbite et vont générer des collisions. Cet acte est irresponsable. Il augmente de façon considérable les risques pour les autres satellites en orbite ainsi que pour la pérennité des activités spatiales... Ces débris peuvent impacter d'autres débris n'ayant pas la capacité de manoeuvrer.

Je ne comprends pas la décision des autorités russes car ce tir nuit à tout le monde, eux y compris. Pour donner un exemple assez frappant, l'ISS connaît une situation de crise, les astronautes ont dû se réfugier dans leurs vaisseaux, prêts à revenir sur Terre. Ils mettent ainsi en danger leurs propres compatriotes.

Ils viennent de faire une démonstration de force en se montrant capables de détruire un satellite avec un missile, ce qui a été fait par d'autres nations avant eux. Mais à presque 500 km, ils génèrent des risques de collision importants qu'ils ne pouvaient ignorer.

Comment vous organisez-vous ?

Nous sommes organisés en équipes opérationnelles 24 heures sur 24, 365 jours par an. Afin d'assurer nos missions, nous construisons une connaissance sur la situation spatiale grâce à la réception et au traitement d'environ un million de mesures chaque jour. C'est grâce à ce travail que nous sommes en mesure de prévenir les risques de collision.

En plus des activités opérationnelles, sous nous projetons grâce à la conception des nouveaux moyens de surveillance qui vont nous permettre de détecter des objets de plus en plus petits. L'objectif : mieux pouvoir protéger nos satellites dans l'avenir grâce à la détection et au catalogage des objets de plus en plus petits. 

Il y a cet enjeu technologique mais aussi la question de la pérennité des activités spatiales... Face à la prolifération des objets en orbite, l'espace est de plus en plus encombré et les risques pour les opérations spatiales sont de plus en plus grands. Ce tir en rajoute encore et compromet ces opérations. Les infrastructures spatiales sont aussi mises en péril. Or elles apportent des services précieux pour l'humanité, dans des domaines aussi variés que l'observation de la terre, la navigation, les télécommunications ou la météorologie pour n'en citer que quelques-uns. Ces services font partie intégrante de nos vies.  

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