Toulouse : la mère d'une victime de violences conjugales se bat pour la vérité sur la mort de sa fille

Carole Giraud se bat depuis 10 ans pour que l'auteur des coups qu'a reçus sa fille, morte le 28 décembre 2008, soit condamné à de la prison ferme. Elle participait ce mercredi à la manifestation devant le tribunal de Toulouse à l'initiative de plusieurs associations. 

Carole Giraud a participé à la ronde pour obtenir justice pour les femmes devant le palais de justice de Toulouse ce mercredi
Carole Giraud a participé à la ronde pour obtenir justice pour les femmes devant le palais de justice de Toulouse ce mercredi © France 3 occitanie
Sarah Giraud est morte il y a 10 ans. Elle avait 19 ans et portait 60 traces de coups sur le corps. Sa mère demande toujours justice pour elle. Elle participait ce mercredi à la manifestation qu'ont organisé des collectifs de défense des femmes devant le palais de justice de Toulouse.
 
Sarah a été retrouvée morte en 2018 avec 60 traces de coups
Sarah a été retrouvée morte en 2018 avec 60 traces de coups



"Sarah est morte il y a 10 ans, 6 mois et 5 jours et j'attends toujours qu'on nous rende justice" crie Carole Giraud devant le tribunal de Grande instance de Toulouse. Cette femme a organisé des marches blanches. Elle a fait une grève de la faim de 27 jours devant le TGI.
 

70 femmes tuées


Malgré deux procès, le compagnon de sa fille, qu'elle estime être son meurtrier, n'a pas fait de prison. Il a déclaré qu’elle avait absorbé des médicaments pour se suicider.

Carole et ses avocats pensent qu’il l’a forcée à les avaler pour maquiller son crime. Or il n’a eu à répondre que de non assistance à personne en danger et coups sur conjoint.

A la date du 3 juillet, on comptait déjà 70 femmes à avoir perdu la vie, cette année, sous les coups de leurs compagnon ou ex-compagnon en France. Pour Isabelle Prono, trésorière du collectif Midi-Pyrénées Droit des femmes, mais aussi pour un nombre de plus en plus grand de professionnels de la justice, cette réalité n'est plus supportable.

Les femmes ne sont pas des putching ball. Les hommes n'ont qu'à bien se tenir. Certes, les coupables sont les hommes mais la justice a des choses à se reprocher.


Elle cite pour exemple un procureur qui a récemment évoqué à Toulouse un "crime passionnel". Il qualifiait ainsi le meurtre d'une femme par son conjoint. Ce terme montre pour Isabelle Prono, comme pour un certain nombre de professionnels de la justice (voir encadré), comment les faits peuvent être minimisés, voire niés.
 

Féminicides


Le meurtrier aurait battu sa compagne, l'aurait tuée, comme débordé par son amour pour elle. On sait qu'il n'en est rien : les auteurs de violences conjugales chosifient leur victime, la dévalorisent et l'isolent. Ce qui ne cadre pas avec la définition de l'amour.

Ils instaurent un climat de peur et d’insécurité et inversent systématiquement la culpabilité en rendant les femmes responsables de tout et n'importe quoi. Ils agissent le plus souvent en mettant en place les moyens d’assurer leur impunité.

Voilà pourquoi les responsables associatifs ont adopté le terme "féminicide". Il a été inventé par la sociologue américaine Diana E. H. Russell en 1976 et définit "le meurtre de femmes commis par des hommes parce ce que sont des femmes".

Les femmes ont fait une ronde devant le palais de justice. C'est la deuxième manifestation qui a lieu un mercredi. "L'objectif c'est aussi de se manifester ce jour-là, qui est le jour des enfants, ajoute Isabelle Prono. Car ils sont les victimes silencieuses des violences à huis-clos et on les oublie alors que les conséquences pour eux sont dramatiques".

En vidéo, le reportage de Christine Ravier et Manon Bazerque
 Une pétition pour que l'Etat prenne ses responsabilités

Le magistrat Luc Frémiot et la comédienne Eva Darlan "exigent" de l’Etat une enquête précise sur les "manquements" qui ont conduit à la mort de 70 femmes sous les coups de leur compagnon ou ex, depuis janvier. Ils lancent une pétition sur change.org intitulée "Non assistance à femmes en danger". "Un grand nombre d'entre elles s'est signalé auprès des services de police ou de gendarmerie en portant plainte, ou en déposant une main courante, écrivent Luc Frémiot et Eva Darlan. D'autres se sont vues opposer un refus. Les services de l'état ont échoué à protéger ces femmes : pourquoi?" Luc Frémiot et Eva Darlan demandent aux pouvoirs publics "qu’ils identifient précisément les parcours et les manquements" qui ont conduit à ces drames.
 
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