Toulouse : un policier devant la justice pour violences volontaires sur un journaliste lors d'une manifestation des Gilets jaunes

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sylvain Duchampt .

Info France 3. Un fonctionnaire de police est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Toulouse (Haute-Garonne), vendredi 25 mars 2022, pour violences volontaires par un dépositaire de l'autorité publique. Il est accusé d'avoir lancé une grenade de désencerclement et blessé un journaliste.

Près de trois ans après les faits et le classement d'une enquête administrative de la Direction départementale de la Sécurité Publique, le parquet de Toulouse a décidé de renvoyer un policier de la Compagnie départementale d'intervention (CDI) devant le tribunal correctionnel, le vendredi 25 mars 2022, pour violences volontaires par un dépositaire de l'autorité publique.

Un journaliste blessé par une grenade de désencerclement

Il est reproché au fonctionnaire de police d'avoir blessé un journaliste, lors de la 23e journée de mobilisation des Gilets jaunes à Toulouse par l'intermédiaire d'une grenade de désencerclement.

"Je ne m'attendais pas à cette décision, réagit Kevin Figuier, photojournaliste et reporter indépendant. J'attendais un classement sans suite. C'est une bonne nouvelle, car cela veut dire que personne n'est au-dessus des lois."

Ce 20 avril 2019, comme chaque samedi, Kévin Figuier suit le cortège principal des Gilets jaunes dans le centre de la ville rose, avec un casque et un gilet sur lesquels apparaît clairement le mot "Presse". Après vingt-trois semaines consécutives de mobilisations, les violences entre manifestants et forces de l'ordre ont baissé d'un cran. Vers 17h, du côté de la Halle aux grains, un groupe d'une vingtaine de manifestants invective les forces de l'ordre.

Un tir intentionnel 

Après avoir utilisé LBD, grenades de désencerclement et gaz lacrymogène, la Compagnie départementale d'intervention (CDI) a décidé de charger. "J'avais conscience que ces mobilisations pouvaient s'avérer très violentes. Aussi bien du côté des manifestants que des policiers. Avec mon casque et mon gilet "Presse", j'étais clairement identifiable. Je prenais toujours du recul pour ne pas entraver le travail des forces de l'ordre" témoigne-t-il aujourd'hui.

Pourtant, une grenade de désencerclement éclate au pied du journaliste. Un palet blesse le reporter au mollet et au bas du dos. "Je ne m'attendais pas à être blessé. De mon point de vue, il y avait bien un caractère intentionnel. La personne ayant tiré ne pouvait que me cibler." Il s'en sort avec une journée d'Incapacité Temporaire Totale (ITT).

Au cours de la journée, un autre reporter sera également touché. 21 personnes seront interpellées et 4 membres des forces de l'ordre seront blessés.

Une enquête administrative classée

Après le classement sans suite de l'enquête administrative menée par les services de la Direction départementale de la Sécurité PubliqueKévin Figuier dépose plainte devant le procureur de la République de Paris, aux côtés de l'association Reporter Sans frontières et de 13 autres journalistes victimes lors des manifestations des Gilets jaunes.

Le dossier concernant le journaliste toulousain est alors confié au parquet de Toulouse. Une enquête préliminaire est ouverte et l'IGPN de Bordeaux saisie.

De nombreuses images professionnelles et amateurs documentent les conditions de l'incident. 

Elles permettent tout d'abord d'identifier l'auteur du lancé de la grenade de désencerclement. Cédric A., gardien de la paix depuis près de 10 ans au sein de la Compagnie Départementale d'intervention.

Non conforme à la nécessité de proportionnalité selon l'IGPN

Les investigations judiciaires vont démontrer qu'en 20 minutes, face aux manifestants le policier va tirer 10 balles de défense à peine 20 mètres de distanceUn usage "abondant et débridé" non conforme "aux conditions requises de nécessité et de proportionnalité" estime les enquêteurs de l'IGPN. Ces derniers soulignant par ailleurs que l'attitude des manifestants "ne mettait nullement en péril l'intégrité physique des policiers."

Des faits qui semblent avoir poussé le parquet de Toulouse à renvoyer, le 5 novembre 2021, Cédric A. pour violences volontaires de la part d'un dépositaire de l'autorité publique. Une qualification qui ne satisfait pas les avocats de RSF, partie civile dans ce dossier. 

Ils demandent au tribunal de requalification des poursuites pour violences volontaires aggravées avec arme. Contactée par France 3 Occitanie, l'avocate de Cédric A., Maître Sarah Hunot n'était pas en mesure de répondre à notre sollicitation au moment de la publication de cet article.

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité