"Une volonté de détruire pour faire le ménage" : des habitants s'opposent depuis sept ans à la démolition d'une tour, oeuvre d'un grand architecte

Depuis 7 ans, un collectif composé d'habitants et d'architectes milite pour la conservation de l'immeuble Gluck dans le quartier de la Reynerie à Toulouse. Le bâtiment, œuvre du célèbre architecte Georges Candilis et propriété du bailleur social Les Chalets, doit être démoli. Mais une enquête publique s'est prononcée en faveur de sa sauvegarde.

C'est un bâtiment emblématique du quartier de la Reynerie à Toulouse. L'immeuble Gluck avec ses 11 étages et ses 260 logements dominent le Mirail depuis plus de 60 ans. Mais depuis sept ans, son avenir est sérieusement menacé par le PRU, le projet de renouvellement urbain, qui prévoit la démolition de 1400 logements dans ce secteur. 

"Je ne vois pas pourquoi on dilapide de l'argent public. Démolir puis reconstruire, coûtera bien plus cher que de réhabiliter cet immeuble. Et je ne vous parle même pas du bilan carbone" s'agace Jean-Pierre Sirvin. 

Cet architecte toulousain, associé à d'autres architectes et des habitants du quartier, milite depuis sept ans pour la conservation de plusieurs bâtiments des quartiers de la Reynerie et Bellefontaine, voués à la démolition dans le cadre du PRU. 

L'œuvre d'un brillant architecte

" Les logements de l'immeuble Gluck sont spacieux, lumineux et ils pourraient être réhabilités sans problème puisque les façades ne sont pas porteuses. Enfin, sur un plan architectural, l'immeuble a été construit par une équipe avant-gardiste et visité par des dizaines d'architectes du monde entier", renchérit Jean-Pierre Sirvin.

En effet, la Tour Gluck n'est pas un immeuble comme les autres. Elle a été dessinée par Georges Candilis, un grand nom de l'architecture des années 60.

Enquête publique 

Et si les arguments en faveur de la réhabilitation de cette tour ne manquent pas, ils n'ont pas empêché les travaux de démolition de débuter il y a quelques mois. 

En effet, en avril dernier, le Tribunal administratif de Toulouse a rejeté le recours déposé par le collectif ouvrant ainsi la voie à la destruction de l'immeuble. Mais un énième rebondissement a relancé les espoirs des défenseurs de ce bâtiment emblématique du Mirail. 

En août 2023, une enquête publique a émis un avis positif au PRU sous réserve de conserver les immeubles Gluck et Cambert ainsi que leurs parcs attenants. Le commissaire-enquêteur évoquant "une architecture relevant d’une conception innovante de son époque (qui) permettait l’accès au confort moderne récent pour une classe moyenne."

Une victoire pour les habitants de la Reynerie et le collectif de défense du patrimoine architectural de l’équipe Candilis au Mirail qui ont donc relancé leur mobilisation. 

Nous ne comprenons pas pourquoi le bailleur social Les Chalets refuse de suivre les conclusions du commissaire enquêteur. Si ce n'est pour faire de la spéculation immobilière !

Karine Bellemare, habitante de la Reynerie

La mairie de Toulouse, propriétaire de la Tour Cambert a décidé de suivre les recommandations de l'enquête publique et a décidé de la retirer des immeubles à démolir. Mais pour l'heure, le Gluck semble toujours voué à disparaître. Son propriétaire, le bailleur social Les Chalets, n'a pas stoppé les travaux de démolition. 

"Il y a clairement une volonté de détruire pour faire le ménage et faire partir des centaines de personnes qui dérangent. Mais soyons clairs, les prochains logements seront moins grands et moins qualitatifs. Et les personnes relogées seront fragilisées car éloignées de Toulouse. C'est une aberration architecturale, sociale et environnementale ", se désole Jean-Pierre Sirvin.

Le conseil départemental, dernier espoir ? 

Pour tenter de court-circuiter le groupe Les Chalets, le collectif d’architectes et l’assemblée d’habitants ont décidé de s'adresser au Conseil départemental, actionnaire majoritaire du bailleur social.

Contacté par France 3 Occitanie le bailleur social n'a pour l'instant pas souhaité répondre à nos questions. 

Dans un communiqué, ils demandent à rencontrer "en urgence le président du Département de Haute-Garonne pour que soit arrêtée tout de suite la démolition de l’immeuble Gluck qui comprend 260 logements de grande qualité". 

Après des années de bataille juridique et administrative, l'expulsion de la quasi-totalité des habitants de l'immeuble et le début des travaux de démolition, le bâtiment Gluck va-t-il rester debout ?  Le feuilleton devrait arriver à son épilogue dans les prochains mois.