"Votre sécurité n'est pas à vendre" : les syndicats de pilotes s'opposent au projet d'Airbus d'un seul pilote dans ses avions

Les constructeurs aéronautiques comme Airbus ont pour projet d'automatiser davantage les avions à grand renfort d'intelligence artificielle (IA). Ce qui pourrait aboutir à se passer d'un des deux pilotes à bord, craint le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL). Ils ont manifesté le vendredi 26 avril 2024 à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle.

Y aura-t-il un seul pilote dans un avion un jour ? Même si les obstacles sont encore très nombreux, cette idée est loin d'être un fantasme. Airbus travaille déjà depuis des années sur des avions capables de voler avec un équipage réduit. Des programmes qui inquiètent les syndicats de pilote.

Opposés au projet de suppression des copilotes

Vendredi 26 avril 2024, le Syndicat National des Pilotes de Ligne (SNPL) a manifesté devant le Terminal 2E de l'Aéroport Paris-Charles de Gaulle pour faire savoir son désaccord sur ces projets nommés RCO (Reduced Crew Operations) et eMCO (Extended Minimum Crew Operations) qui visent à réduire le nombre de pilotes dans le cockpit des avions de ligne. Sur les pancartes brandies par les pilotes, on peut lire : "La sécurité demande 2 pilotes aux commandes. Prêt pour un avion sans pilote ? Votre sécurité n'est pas à vendre. Exigez 2 pilotes aux commandes."

Le SNPL a souhaité sensibiliser les compagnies aériennes et les autorités sur le nécessaire maintien de deux pilotes dans le cockpit.

Le SNPL est profondément préoccupé par le projet des avionneurs qui vise à réduire le nombre de pilotes aux commandes des avions, car ce projet menace considérablement la sécurité des vols. En effet, le maintien de deux pilotes aux commandes est essentiel pour assurer la sécurité des passagers et de l’équipage, notamment pour assurer une prise de décision efficace, et encore plus spécifiquement en cas d’incident ou d’urgence

communiqué de presse SNPL du 26 avril 2024

Airbus met des moyens pour réduire les équipages

Selon les syndicats de pilote, les constructeurs aéronautiques poursuivent leurs essais.  "Airbus met aujourd'hui énormément de moyens pour chercher à développer le RCO (Reduced Crew Operations). Sous son impulsion, au niveau réglementaire, une étude de sécurité a été mise en place par l'AESA (...) L'objectif est aujourd'hui un déploiement du RCO sur sa partie long-courrier sur l'Airbus A350 pour 2027 et sa partie moyen-courrier pour 2030. Si tous les volets de ce projet étaient mis en place, cela pourrait signifier -40% d'effectif pilote !", souligne le SNPL France Alpa (syndicat qui fédère les trois quarts des pilotes français) sur son site internet. 

Des pilotes inquiets qui parlent d'« une espèce de rêve fou d'ingénieurs qui rêvent de créer l'ordinateur parfait qui pourrait venir remplacer un pilote humain ». Ils tirent la sonnette d'alarme. 

"L'IA ne peut pas gérer le hautement improbable" selon les pilotes

On est tout à fait satisfait de la technologie et des automatismes, ce qui nous facilite la vie tous les jours et qui augmente la sécurité. Mais les automatismes et la technologie embarquée ne sont que complémentaires de l'humain. Nous sommes convaincus que l'ordinateur ou quelque intelligence artificielle que ce soit, est totalement incapable de gérer l'imprévisible ou le hautement improbable.

Karine Gély, présidente du SNPL en 2023

Des compagnies aériennes tentées

Même si d'importants obstacles demeurent sur la voie de l'acceptation internationale, certaines compagnies aériennes ne seraient pas insensibles à cette suppression des copilotes grâce aux nouvelles technologies.

En 2021, la compagnie hongkongaise Cathay Pacific aurait déjà réalisé des tests sur un Airbus A350 avec un seul pilote. Des vols plus longs deviendraient ainsi possibles avec une paire de pilotes alternant les pauses de repos, au lieu des trois ou quatre actuellement nécessaires pour en maintenir deux en permanence dans le cockpit. De réelles économies pour les compagnies aériennes. 

Mais à l'époque, la compagnie avait fait machine arrière. 

Alors que nous nous engageons avec Airbus dans le développement du concept d'opérations en équipage réduit, nous ne nous sommes en aucun cas engagés à être le client de lancement. La mise en œuvre commerciale nécessiterait d'abord des tests approfondis, une approbation réglementaire et une formation des pilotes avec "absolument aucun compromis sur la sécurité".

Cathay Pacific, communiqué de presse juin 2021

De sérieuses questions de sécurité

Lufthansa aurait également travaillé sur ce programme à pilote unique mais n'a pas l'intention de l'utiliser. Il faut dire que la résistance des pilotes est très forte, cela pose aussi de sérieux problèmes de sécurité concernant cette automatisation des aéronefs.

Airbus continue de travailler sur ce projet de pilote unique mais la participation des compagnies aériennes n'a pas été signalée. 

Nous pensons que les pilotes resteront au cœur des opérations à l'avenir et que l'automatisation peut les aider en réduisant leur charge de travail dans le cockpit, en améliorant les opérations en vol et les performances globales de l'avion. Le groupe dit vouloir avant tout « accroître la sécurité des vols et l'efficacité opérationnelle des compagnies aériennes », en collaboration avec les autorités de certification et lesdites compagnies.

Airbus, communiqué de presse du 6 juin 2023

Un déploiement sûr nécessiterait en effet une surveillance constante de la vigilance et des signes vitaux du pilote solo par les systèmes embarqués, avait déclaré l'Agence de la sécurité aérienne de l'Union européenne (AESA) l'an passé. 

Airbus n'est pas le seul acteur du secteur à travailler sur cette question. Marc Rochet, le directeur général d'Air Caraïbes et président de French Bee, avait fait savoir lors du Paris Air Forum de 2021, y « travailler » sans donner plus de précisions. Suscitant déjà la colère du SNPL.

"Cela ne se produira pas de mon vivant" selon le directeur général de l'Iata qui fédère la majorité des compagnies aériennes

Reste que la concrétisation de ce projet n'est pas pour tout de suite. Willie Walsh, directeur général de l'Association internationale du transport aérien (Iata), fédérant une grande majorité des compagnies aériennes mondiales, s'était dit dubitatif l'an passé sur l'éventualité de voir de tels appareils faire leur apparition à moyen terme. 

"À titre personnel, je ne vois pas cela se produire de mon vivant" avait déclaré Willie Walsh, âgé de 61 ans lors d'une conférence de presse en marge du congrès de l'Iata à Istanbul en juin 2023. De plus les appareils en service aujourd'hui et ceux qui sont en train d'être livrés resteront en service 20 ou 25 ans. Or ils ne sont pas équipés pour fonctionner avec un seul pilote. 

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