Zone à faibles émissions : les véhicules les plus polluants bientôt interdits de circuler à Toulouse

Après presque deux ans de réflexion, la Métropole de Toulouse vient de fixer le tracé de sa future zone à faibles émissions (ZFE). Dans quelques mois, toute la ville mais aussi tout le périphérique toulousain seront interdits aux véhicules les plus polluants. 
A partir de mars 2021, les véhicules les plus polluants ne devraient plus avoir le droit de circuler dans Toulouse.
A partir de mars 2021, les véhicules les plus polluants ne devraient plus avoir le droit de circuler dans Toulouse. © NATHALIE SAINT-AFFRE / MaxPPP
Pour lutter contre la pollution atmosphérique, les grandes métropoles françaises adoptent des zones à faibles émissions (ZFE). Toulouse vient de définir le périmètre de la sienne. Elle devrait entrer en vigueur en mars 2021 après enquête publique et validation de l'Etat.


Une ZFE, c'est quoi ?

Une zone à faibles émissions (ZFE), c'est un périmètre défini par une collectivité et dont l'accès est limité aux véhicules les plus polluants. L'objectif de cette ZFE, c'est d'améliorer la qualité de l'air et de protéger la santé des populations en limitant les émissions notamment de dioxyde d'azote et de particules fines.

Une obligation pour la Métropole toulousaine

Toulouse était contrainte de créer cette ZFE. L'Etat français a en effet été condamné par la justice européenne en octobre 2019 pour ne pas avoir protégé ses citoyens de la pollution. Dans le cadre de cette procédure, douze agglomérations, dont Toulouse, ont été pointées du doigt pour des dépassements répétés de leurs émissions de dioxyde d'azote. L'Etat a signé avec elles un engagement sur la mise en place de ces zones à faibles émissions.

A Toulouse, dix scénarios ont été étudiés au départ, en 2018. La Métropole n'en a finalement retenus que quatre, passés au crible par Atmo Occitanie, l'organisme de surveillance de la qualité de l'air. Des cartes et des périmètres différents et des interdictions de circulation différentes ont été étudiés. 

Quel périmètre retenu à Toulouse ?

Selon François Chollet, vice-président de Toulouse Métropole en charge du dossier de la ZFE, "c'est le scenario le plus ambitieux qui a été retenu". Il inclut toute la commune de Toulouse, tout le périphérique et s'étendra à l'ouest jusqu'au fil d'Ariane et à la rocade arc-en-ciel. 
Le périmètre de la ZFE.
Le périmètre de la ZFE. © Atmo Occitanie

Un périmètre trop restreint n'aurait pas eu un impact suffisant en matière de santé publique. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes positionnés sur un périmètre élargi qui d'ailleurs inclut, si l'Etat le veut bien, la partie ouest de la rocade qui est une zone particulièrement impactée.

François Chollet, vice-président de Toulouse Métropole

Quels véhicules seront interdits de circulation ?

Les véhicules porteurs d'une vignette Crit'Air 4 et 5 auront une interdiction totale de circuler dans le périmètre retenu. Concrètement, cela concerne :

"Tout le monde bénéficiera de la zone à faibles émissions" estime François Chollet "en bénéficieront plus particulièrement les personnes qui sont très exposées à cette zone."
Les mauvaises langues lui répondront que la Métropole n'a peut-être pas assumé d'aller au bout de sa volonté de réduire la pollution. Si l'on en croit en effet les conclusions d'Atmo Occitanie dans son rapport d'expertise, l'une des variantes du scenario retenu (la variante C'´´), celle qui prévoyait d'interdire la ZFE aussi aux vignettes Crit'Air 3 aurait en effet eu nettement plus d'impact :

Le niveau de restriction du scénario C’’’ permet ainsi un gain significatif des émissions. En effet, contraindre les véhicules crit’air 3 en plus des véhicules les plus polluants permet une diminution des émissions de polluants atmosphériques environ 4 fois supérieure à celle obtenue avec la seule contrainte des véhicules crit’air 4 et plus sur le même domaine.

Rapport final d'Atmo Occitanie sur l'étude des scénarios, Mars 2020


En effet, le scenario retenu devrait faire baisser de 5% les émissions de dioxyde d'azote. L'interdiction rajoutée des Crit'Air 3 aurait permis d'amener cette baisse à 19,1% et "d'améliorer la qualité de l’air respirée par plus de 464 000 personnes et au niveau de plus de 1 470 établissements prioritaires (écoles, infrastructures sportives, établissements de santé…) à l’échelle de l’agglomération" selon l'étude d'Atmo.
Elle aurait représenté aussi beaucoup plus de véhicules et donc d'automobilistes concernés par une interdiction, quand il va déjà falloir en convaincre 38 000 de renoncer à leur voiture...

Un accompagnement réclamé par les associations

Du côté des associations de défense de l'environnement, on insiste sur la nécessité d'accompagner la transition vers cette ZFE. Car bien souvent, ce sont les foyers les plus modestes qui possèdent les véhicules les plus anciens. "On est convaincu qu'il faut prendre des mesures fortes pour faire baisser la pollution au dioxyde d'azote dans les grandes villes puisque c'est une des premières causes de mortalité prématurée en France" explique Jean Olivier, directeur de France Nature Environnement Midi-Pyrénées, "mais il faut les accompagner".

Il faut absolument proposer des solutions alternatives à la voiture, des transports en commun, des solutions vélos, piétons, ferroviaires, avec des trains du quotidien en nombre suffisant et en fréquence suffisante, à des tarifs abordables voire avec de la gratuité. Il faut proposer ces solutions très rapidement pour que la ZFE puisse se mettre en place rapidement, avec des alternatives avant qu'on contraigne les gens et qu'on interdise l'accès du centre ville aux voitures.

Jean Olivier, directeur de France Nature Environnement Midi-Pyrénées
 

"Si la seule mesure qui est prise, c'est une zone de faibles émissions qui restreint la ville aux voitures anciennes" insiste-t-il, "on est vraiment dans un problème possible d'injustice sociale et d'incompréhension de cette mesure. La seule restriction sur la base des vignettes Crit'Air n'est pas suffisante et ne sera pas comprise parce qu'elle n'est pas juste".
Du côté de la Métropole, on indique que la mise en place de la ZFE sera progressive et que des aides seront votées le 15 octobre prochain lors du conseil métropolitain pour aider les propriétaires à changer de voiture. Des aides qui pourront se cumuler à celles de l'Etat.

Voir ici le reportage de Christophe Romain et Laurence Boffet :
Zone à faibles émissions : les voitures les plus polluantes bientôt interdites de circulation à Toulouse

 
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