À Lourdes, les évêques font un geste financier pour les victimes d'abus sexuels dans l'Église

L'archevêque de Reims, Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort a annoncé ce samedi 9 novembre le versement d'une somme aux victimes d'abus sexuels. / © FTV
L'archevêque de Reims, Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort a annoncé ce samedi 9 novembre le versement d'une somme aux victimes d'abus sexuels. / © FTV

Jusqu'au dimanche 10 novembre, 120 évêques de France sont réunis à Lourdes pour leur assemblée plénière. Samedi, ils ont voté pour la création d'une "somme forfaitaire" destinée aux victimes d'abus sexuels perpétrés par des membres du clergé. 

Par Margaux Dubieilh

Serait-ce un pas de plus vers la reconnaissance des actes pédophiles perpétrés par des membres du clergé ? Ou une opération de communication pour calmer les esprits ? Ce samedi 9 novembre, lors de leur assemblée plénière à Lourdes, les évêques français ont voté pour le versement d'une "somme" aux victimes d'abus sexuels. 

"Reconnaître la souffrance"

Pas question de parler d'allocation pour l'épiscopat, qui préfère utiliser le terme de "somme forfaitaire". Celle-ci sera "unique" et "versée en une seule fois" aux victimes qui l'acceptent. 

De plus, seules celles déjà passées par des procédures judiciaires ou pour qui les faits sont prescrits pourront la percevoir. Pour les évêques, elle ne serait pas un "dédommagement", mais plutôt la "reconnaissance de la souffrance." Dans un communiqué, l'archevêque de Reims Éric de Moulins-Beaufort évoque la prise de conscience du clergé : 

Les évêques ont pris conscience que l'enfant ou le jeune ainsi atteint avait subit un traumatisme qu'il ne pourrait surmonter qu'au prix de grandes souffrances.  

"Forfait au rabais"

Reste à décider du montant de cette indemnisation, qui n'a toujours pas été fixé. De nombreuses victimes s'inquiètent : elle craignent un "forfait au rabais" et évoquent une simple opération de communication.

Elles auraient préféré une véritable indemnisation basée sur un barème. Ce dispositif représente tout de même un pas de plus effectué vers la reconnaissance des actes pédophiles perpétrés au sein du clergé. 

2800 témoignages potentiels

Mais le travail de reconnaissance des abus sexuels dans l'Église catholique ne fait que commencer. La conférence des évêques de France a aussi annoncé la "constitution d'un fonds dédié de cinq millions d'euros pour financier les actions de lutte contre les abus sexuels et les travaux de la Ciase."

Cette Ciase, ou Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise, a été créée en 2018, réunit une vingtaine de membres chargés de faire la lumière sur les crimes commis par des clercs ou des religieux depuis la fin des années 1950.

Son président, Jean-Marc Sauvé, a d'ailleurs livré les premier résultats des cinq mois de travaux jeudi dernier. Depuis sa création, la Ciase a déjà reçu 2800 appels téléphoniques, mails et courriers de victimes potentielles, 25 d'entre elles ont été entendues. Une dernière étape indispensable pour  mesurer l'impact de ces abus : 

Ces auditions sont très impressionnantes parce qu'elles révèlent non pas quantitativement du nombre des abus, mais nous éclairent sur ce qu'est un abus sexuel, ce qu'ont été les générations des abus, et sur leurs conséquences.

Et déjà, certains éléments marquant ressortent de ces témoignages : les victimes sont majoritairement des hommes abusés entre les années 50 et 70, comme l'explique Jean-Marc Sauvé : 
 
Intervention de Jean-Marc Sauvé, président de la Ciase

La Commission devra rendre ses préconisations début 2021. En attendant, les victimes peuvent maintenant obtenir une compensation financière si elles le demandent. 

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