Constat alarmant, l’eau va se raréfier dans les Pyrénées en raison du réchauffement climatique d'ici 2040

Le débit des rivières des Pyrénées et de leur région diminuera jusqu'à -15% d'ici 2040, voire -20% à la fin du siècle. Un projet scientifique auquel participe le CNRS propose différentes mesures pour mieux gérer la ressource en eau sur ces territoires.

Un débit des rivières pouvant diminuer jusqu'à - 20 % d'ici à la fin du siècle, une fonte des neiges plus précoce, un climat plus chaud et plus sec. Ce sont quelques-unes des conclusions de deux études scientifiques, rendues publiques ce mardi 5 décembre 2023. 

Menées dans le cadre du projet PIRAGUA, coordonné par le Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC) et réalisé en collaboration avec plusieurs organismes, dont le CNRS, elles analysent l'état actuel et le futur des ressources en eau des Pyrénées et de leurs régions.

D’après les résultats de recherche présentés dans ces publications, les rivières des Pyrénées auront des débits annuels de plus en plus faibles : "jusqu'à -15 % d'ici 2040, voire -20 % à la fin du siècle. S’y ajoute une saisonnalité de plus en plus marquée, avec des périodes sèches plus longues et plus intenses en été". 

Cette diminution des ressources s’inscrit dans la continuité de celle constatée au cours des dernières décennies sur les observations disponibles. Ces changements sont imputables au dérèglement climatique, en particulier à l'augmentation des températures :  +0,8° dans le territoire pyrénéen au cours de la période 1981-2010. L'augmentation de la température a été plus marquée dans la région centrale des Pyrénées (bassins du Gállego, Cinca et Ésera) et dans la partie la plus orientale, ainsi que dans le versant nord. En matière de saisonnalité, l'augmentation a été plus marquée au printemps et en été", relèvent les scientifiques. 

Ces évolutions découlent également des changements récents dans l’utilisation des terres, principalement l'augmentation de la couverture végétale due à l'abandon des activités agricoles en montagne. "À l'échelle saisonnière, les débits de hautes eaux, caractéristiques de la fonte des neiges, seront avancés dans la saison, tandis que les étiages seront progressivement plus longs et plus prononcés. En effet, les projections hydro-climatiques montrent de manière cohérente une réduction importante des précipitations sous forme de neige, ainsi qu'une diminution de la fonte des neiges dans la génération de débits."

Un climat plus chaud et plus sec

Selon le coordinateur du projet PIRAGUA et chercheur au CSIC, Santiago Beguería, « les résultats des modèles montrent de manière très cohérente que dans le futur, le climat des Pyrénées sera plus chaud et plus sec, avec une augmentation générale de l'aridité à la fois dans l'espace et dans le temps, sauf dans les zones les plus élevées. En général, il y aura une diminution progressive des débits annuels des rivières pyrénéennes, qui s'accentuera au fur et à mesure que le siècle avance. Cette réduction sera la plus marquée dans le scénario d'émissions le plus pessimiste ».

Dans le contexte du changement climatique mondial, ce projet scientifique propose aussi des mesures d'adaptation pour la gestion des ressources hydriques sur ces différents territoires. Les scientifiques estiment que de promouvoir la participation citoyenne et d’impliquer tous les acteurs pour la gestion de la ressource en eau est fondamental. 

Car les habitants locaux et les utilisateurs des ressources en eau sont les principaux concernés et ceux qui connaissent le mieux les caractéristiques du territoire et ses besoins. « Nous pensons que développer un dialogue entre science et société est indispensable pour stimuler une action efficace et partagée pour l'adaptation au changement climatique dans les Pyrénées », conclut Santiago Beguería. 

L'exemple de l'Ariège

L'étude évoque l'exemple de l'Ariège, en particulier le fonctionnement hydrologique du bassin-versant du Vicdessos. Celui-ci est affecté par la gestion forestière et les changements d’occupations du sol. Des scénarios avec et sans gestion forestière ont été testés pour comprendre l'impact de la sylviculture sur les composantes hydrologiques, basés sur les observations de la tourbière de Bernadouze durant ces dix dernières années, site observatoire du CNRS4, ainsi qu’à partir d’une approche de modélisation.

"Ils se dessinent des résultats et des perspectives utilisables pour une meilleure cogestion des milieux de montagne que sont la forêt et les zones humides en fonction des impératifs économiques et climatiques", notent les chercheurs. Les tendances montrent que "le couvert neigeux hivernal durera moins longtemps et la fonte des neiges pourra être plus précoce, engendrant un lissage de la variabilité hydrologique saisonnière." Conséquence : "si cette évolution de l’hydrologie n’est pas associée à un usage raisonné des sols et de la forêt, l’érosion des sols pourrait s’en trouver exacerbée.

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