"Tout va se retrouver dans l'eau dans les sols, donc dans nos productions" : une chaufferie aux déchets recyclés divise industriels et riverains

La construction d'une chaufferie fait polémique à Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées (65). Cette chaufferie, alimentée par des résidus de déchetteries, doit réduire la consommation d'énergie fossile et diminuer la production de CO2 à l'origine du changement climatique. Mais des maraîchers des communes voisines redoutent les émanations de cette chaufferie.

Pour leur transition énergétique et réduire leur consommation d'énergie fossile ainsi que leur production de CO2, les sites industriels recherchent des solutions alternatives. Ainsi, à Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées, une chaufferie alimentée par des résidus de déchetteries est en construction.

Son originalité est le combustible appelé CSR pour Combustible Solide de Récupération, comme le précise Nicolas Tarrene de l'entreprise PSI environnement.

"Ce combustible provient des déchetteries des Hautes-Pyrénées. C'est un combustible qui est approvisionné en partie localement, ce qu'on appelle le tout-venant mais aussi le déchet d'activités économiques, les déchets des entreprises." 

 

Ce projet innovant qui se présente comme une alternative au réchauffement climatique sera bien une chaufferie et non un incinérateur. L'outil industriel ne veut pas détruire des déchets mais brûler une matière triée et calibrée.

Quand vous avez une chaudière chez vous, vous utilisez un combustible, du gaz, du fuel, des pellets, du propane. Ces combustibles ont été préparés, ici, c'est la même chose. Cette chaudière va recevoir un combustible qui a été préparé.

Roger Agor, Dalkia Sud-Ouest

Cette installation vise à réduire très fortement l’énergie fossile consommée sur le site et le plateau de Lannemezan. Des engagements à respecter pour ces entreprises comme l'usine Arkéma toute proche. Avec cette chaufferie, le site va abandonner l'usage de gaz pour produire de la vapeur d'eau.

"L'intérêt pour nous, c'est de pouvoir économiser 60 à 70% de l'énergie fossile donc du gaz qu'on utilise aujourd'hui avec un combustible alternatif", souligne le directeur de l'usine Arkema de Lannemezan Pierre-Henri Chretien.

Cela va nous permettre d'économiser ce gaz et de réduire l'émission de CO2 qui est associée à la combustion du gaz aujourd'hui.

Pierre-Henri Chretien, directeur usine Arkema Lannemezan

Mais à quelques kilomètres de l'usine, des maraîchers Bio redoutent la construction de la chaufferie et surtout ses émanations.

Pierre Kervella appréhende et s'interroge pour la suite.

"Il y aura bien évidemment des particules, on ne sait pas encore lesquelles mais il y aura forcément des particules. Tout ça, ça va se retrouver dans l'eau, dans l'air, dans les sols donc dans nos productions. On ne pourra jamais garantir que ça va être une production saine".

Nous, on est contrôlé tous les ans, qui nous dit qu'un jour notre certification sautera à cause des résidus polluants retrouvés dans nos légumes ?

Pierre Kervella, maraîcher

Dans un avis publié le 09 mars 2023 de la mission régionale d’autorité environnementale (MRAE) sur le projet d'installation de production de vapeur, "la MRAe recommande de concevoir soigneusement les installations de surface pour minimiser les risques de pollution accidentels ou chroniques des sols et des eaux souterraines".

Des professionnels de santé formulent eux aussi des réserves et parlent même d'une "bombe à retardement sanitaire" . Inquiétudes tardives puisque la construction de la chaufferie a déjà commencé.

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