Hérault : l'abattage des animaux à la ferme va démarrer au printemps

Dans l'Hérault, une trentaine d'éleveurs vont tenter l'expérience de l'abattage des animaux à la ferme. Avec un objectif : le bien-être de l'animal et de l'éleveur. Une opération menée avec les professionnels de l'abattoir de Pézenas.

Des éleveurs caprins et ovins vont expérimenter l'abattage à la ferme
Des éleveurs caprins et ovins vont expérimenter l'abattage à la ferme © MaxPPP

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"En tant qu'éleveurs, nous prônons des méthodes éloignées de l'élevage industriel et nous avons été très choqués de voir certaines vidéos prises dans des abattoirs. Nous connaissions certains éleveurs qui pratiquaient l'abattage à la ferme de manière illégale, là c'est un projet d'expérimentation" explique Emilie Dequiedt, éleveuse et porte-parole à la Confédération Paysannne 34.

Un retour au passé

L'abattage à la ferme était jusqu'à peu interdit. Il devait impérativement être effectué dans une structure agréée. Mais une disposition de la loi agriculture et alimentation a ouvert la voie en avril 2019 à l’expérimentation de l’abattage mobile jusqu'en 2023. Ce projet est donc tout à fait légal.
L'expérimentation est soutenue par la Confédération paysanne en partenariat avec l'abattoir public de Pézenas et l'INRAE. Dans l'Hérault, une trentaine d'éleveurs caprins ou bovins se disent prêts à changer de méthode d'abattage de leurs bêtes. 

Avec ses 200 brebis, Emilie Dequiedt, éleveuse à Avène, est une fervente adepte de ce projet. 

C'est un peu jusqu'à ce que la mort nous sépare, nos animaux restent à la ferme jusqu'au bout.

Emilie Dequiedt, éleveuse caprins.

Le bien-être animal 

L'objectif principal est le bien-être animal, intimement lié aux conditions d'abattage. Le stress de l'animal est l'ennemi numéro un. Les animaux d’élevage, quelle que soit leur espèce, ne sont généralement pas habitués à être déplacés en dehors de l’exploitation où ils sont élevés. Le transport génère un stress pour ces animaux. Et plus le transport est long, plus ce stress sera difficile à supporter pour l’animal. Ce stress est dû à différents facteurs comme le changement d’environnement, les manipulations par des humains inconnus, la séparation d’avec ses congénères habituels ou la venue de nouveaux individus, la privation prolongée d’eau et de nourriture.

Pour aller à l'abattoir, on emmène nos animaux jusqu'à 2h de route, ils ne sont jamais sortis de la ferme, c'est très stressant pour eux et ils souffrent.

Emilie Dequiedt, éleveuse caprins.

Avec l’abattage à la ferme, les animaux ne sont pas transportés vers des abattoirs mais abattus sur leur dernier lieu d’élevage. Ils restent là où ils ont été, la plupart du temps, élevés, entourés des congénères et des humains qu’ils connaissent et seront abattus sur place. 

Un abattage moins stressant

Bruno Girard est éleveur de chèvres à Murviel-lès-Montpellier. Il a un troupeau d'une centaine de chèvres laitières et chaque année, la période de reproduction engendre des chevreaux destinés à la consommation. Jusqu'à maintenant, l'abattage de ses bêtes lui posait problème. Il va participer à l'expérimentation de l'abattage sur place.

Ce serait tellement plus simple d'arriver à faire ça sur la ferme de manière bien organisée. Pour les bêtes comme pour nous. 

Bruno Girard, éleveur de chèvres.

"Il y a bien sûr le côté bien-être animal et le stress généré par le transport et l'attente des animaux sur place. C'est terrible pour eux. D'autant qu'ici la viande de chevreaux est mal connue et mal valorisée mais j'ai refusé d'amener les chevreaux jusqu'en PACA où ils se vendraient mieux. Je suis obligé d'aller dans des abattoirs conventionnels où je porte l'animal et le récupère après pour le vendre à mes clients. Avec l'abattage à la ferme, les petits chevreaux seront moins stressés et tout se ferait sur place" explique le jeune chevrier. 

Les cadences d’abattage à la ferme étant extrêmement faibles par comparaison avec les abattoirs industriels, ce processus permet d’assurer aux professionnels de l’abattage de meilleures conditions de travail et aux animaux des conditions d’abattage mieux maîtrisées.

Des solutions à l'étude 

Le nombre d’abattoirs de boucherie (bovins, ovins, caprins, porcins, équins) est en baisse en France : 265 aujourd’hui contre 339 en 2000. Moins d’abattoirs signifie des abattoirs plus grands, des cadences plus fortes, des temps de transport plus longs, avec des animaux qui doivent parfois traverser la France pour se faire abattre du fait de la spécialisation de certains abattoirs en fonction des espèces.

L'expérimentation en cours dans l'Hérault étudie plusieurs solutions concrètes. Dans un premier temps, un caisson d'abattage sera installé à la ferme. L’animal est étourdi sur le sol de la ferme dans un dispositif de contention auquel il est habitué, il est ensuite saigné au-dessus d’un caisson à double fond et une fois que l’animal est mort, sa carcasse est acheminée vers l'abattoir de Pézenas, partenaire du projet. 

Dans un deuxième temps, le collectif d'éleveurs espère acheter un camion. Un camion qui vient dans la ferme, composé de 2 espaces distincts. L’animal entre dans le premier espace, où il est étourdi puis saigné, puis déplacé dans le deuxième espace où un premier traitement de la carcasse a lieu. Les éleveurs héraultais espèrent des fonds régionaux et européens pour mener à bien cette expérimentation. Il n'est pas exclu de lancer un financement participatif d'afin d'investir dans un camion d'abattage.

Dans tous les cas, l'abattage de l'animal serait pratiqué par un professionnel, issu de l'abattoir de Pézenas. 

A Millau aussi

A Millau, deux éleveuses de chèvres du Larzac sont tentées par l'aventure. Camille Dalpra et Florine Hamelin élèvent des chèvres et des brebis sur le plateau du Larzac. La production est surtout laitière, mais certaines bêtes sont destinées à la viande et doivent être transportées le moment venu à l'abattoir. Une expérience difficile pour ces éleveuses qui veillent aussi au bien-être de leurs animaux. Une mise à mort à la ferme pourrait permettre aux deux femmes d'être plus fidèles à leurs valeurs.

La mort de l'animal à la ferme, c'est se réapproprier la chaine de l'élevage jusqu'à la fin de la bête, que notre responsabilité soit là jusqu'à la fin de l'animal.

Camille Dalpra, éleveuse, Gaec des Truels du Larzac.

Dans le sud de la France, des projets similaires sont en cours d'élaboration dans l'Aude et l'Ariège. Un premier abattoir mobile devrait bientôt voir le jour en Côte-d'Or. Celui des éleveurs héraultais d'ici le printemps.

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