Hérault : en 2040, Palavas pourrait devenir Palavas-sous-les-Flots

Les fortes crues à Palavas-les-Flots du 23 novembre 2019 ont inspiré quelques kayakistes. / © Arnaud PKM
Les fortes crues à Palavas-les-Flots du 23 novembre 2019 ont inspiré quelques kayakistes. / © Arnaud PKM

Les Assises de la Mer à Montpellier ont reçu la visite du président Macron alors que la planète bleue est en grand danger En attendant de savoir si "le 21ème siècle sera maritime", il y a urgence climatique. L'Arctique fond, le niveau des mers monte et rien ne semble pouvoir arrêter ce phénomène.

Par Laurent Beaumel

C'est un sommet inauguré par la plus haute personnalité de l'Etat. Le président en personne Emmanuel Macron a fait le déplacement jusqu'à Montpellier pour prendre la parole devant un parterre de personnalités qui jouent toutes un rôle dans le monde maritime. Ces 15es assises s'inscrivent dans une tradition relativement récente d'échange sur l'état des mers et des océans.


Comment concilier enjeux économiques et environnementaux?


Les assises de l'économie de la mer sont l'occasion de réunir sur deux jours les principaux acteurs du monde de l'économie comme les transports maritimes, la filière nautique mais aussi l'énergie et bien évidemment l'environnement. Qu'on le veuille ou non, ce dernier sujet conditionne tous les autres.

L'urgence climatique pousse donc les responsables politiques et les décideurs économiques à se pencher sérieusement et rapidement sur ces questions. 
 

L'une des conséquences toute simple, c'est l'élévation du niveau de la mer résultant du changement climatique. Elle va engendrer une augmentation des dommages lors des tempêtes et des submersions marines dont la fréquence a augmenté ces derniers temps. Les deux derniers épisodes méditerranéens qui ont secoué notre région et les départements du sud-est, le Var et les Alpes-Maritimes, sont là pour nous le rappeler.
 

"Un scénario d’un mètre supplémentaire en Méditerranée Française à l’horizon 2100 parait pessimiste mais demeure envisageable", d'après des données du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat (GIEC, 2014)

Face aux risques d’érosion littorale et de submersion marine aggravés par l’élévation du niveau de la mer, de nouvelles mesures, visant à réduire la vulnérabilité des économies littorales par la relocalisation des biens les plus exposés, sont fortement préconisées.

Un rapport de Géographie Economie et Société intitulé,  "acceptabilité des relocalisations des biens face à l’élévation du niveau de la mer : perceptions de nouveaux dispositifs de gouvernance du foncier" y fait référence.
 


Il s'agit d'anticiper et d'améliorer la culture du risque qui n'est pas assez développée en France, même si les mentalités commencent un peu à changer avec la récurrence des événements climatiques. Il faut accompagner ces populations qui auront besoin d'aide pour quitter des lieux appelés à être submergés.
 
L'avenir du littoral languedocien est donc menacé. Les changements opérés vont plus vite que prévu et les conséquences seront considérables pour les populations et les entreprises qui vivent au plus près de la mer.
Le littoral méditerranéen concentre notamment un tiers des résidences secondaires françaises, lesquelles représentent un quart du nombre total des logements, contre 10 % en moyenne dans le pays.


Palavas sous les eaux en 2040, c'est possible


Cette menace est bien réelle. Et l'un des facteurs qui précipite cette révolution environnementale, c'est notamment la fonte de la glace de l'Arctique.
Les modèles de prévisions même les plus optimistes démontrent qu'il sera difficile voire impossible d'inverser la tendance dans un avenir proche. Et cet avenir, c'est non plus 2100, mais 2040.
 

"L'élévation du niveau de la mer de 1 mètre en Méditerranée française pourrait aller plus vite qu'annoncé. 2100 ça ne parle pas aux gens. Mais 2040 c'est demain" Hervé Le Goff Océanographe au CNRS

Une ville comme Palavas pourrait bien se retrouver les pieds dans l'eau à la vue de ces chiffres. Les conséquences ne seront pas qu'humaines mais aussi économiques. D'où l'importance de prendre en compte ces données pour anticiper ce phénomène de submersion. 


La banquise fond plus rapidement que prévu


Pour Hervé Legoff, chercheur Océnaographe au CNRS, les répercussions seront bien plus vaste qu'on ne peut l'imaginer.

Ce scientifique, qui conduit de nombreuses expériences autour du pôle en collaboration avec des navires scientifiques, a en 2018, avec l'aventurier et marin de l'extrême, Sébastien Roubinet, réalisé des relevés importants sur la calotte glaciaire arctique. Il apparaissait alors que celle-ci était beaucoup plus fine que ne le laissaient entrevoir les données renvoyées par les satellites d'observation. 
 

La fonte des glaces de l'arctique, une catastrophe pour la planète que l'on ne mesure pas assez
Hervé Le Goff Ingénieur océanographe du CNRS alerte sur une éventuelle disparition des glaces de l'Arctique en compagnie de Sébastien Roubinet marin et explorateur de l'Extrême "La voix du Pôle"


Mike Horn prisonnier des glaces trop fines de l'Arctique


Les mésaventures d'un Mike Horn récemment en atteste. L'aventurier sud africain hyper médiatisé était il y a quelques jours en grande difficulté alors qu'il tente de traverser l'Arctique en compagnie d'un spécialiste des régions polaires, Borge Ousland. La glace sur laquelle ils se déplacent est bien plus fine que ce que prévoyaient les satellites.
 

Mike Horn et Borge Ousland sont en train de vérifier ce que nous avions constaté lors de notre expédition de 2018 sur l'épaisseur de la glace. On est loin des 1,50 mètre annoncés par les satellites, mais plus proche des 50/60 centimètres. Sébastien Roubinet marin explorateur La voie du Pôle
 


La fonte de la glace sur le pôle transformera de nombreuses régions dans le monde. En premier lieu les littoraux. Le littoral méditerranéen ne sera pas épargné par ce phénomène qui aura pour conséquence de transformer le trait de côte. Même si celui-ci a toujours bougé au fil des siècles, sa modification liée à l'impact du réchauffement climatique sera plus rapide. Pour de nombreux chercheurs, il faudra habiter le littoral différemment. 


De la nécessité de fiabiliser les modèles de prévision


Mais l'une des difficultés pour les scientifiques est de fiabiliser les modèles de prévision. Ils y travaillent. C'est un sujet essentiel pour être entendu et écouté par les hommes politiques.
Pour faire avancer la connaissance et fiabiliser les modèles, la collaboration avec des expéditions polaires est donc essentielle et rien ne remplacera l'être humain.
Et même si les climatosceptiques se font plus discrets ces derniers temps, il n'en demeure pas moins que leur discours est encore très présent. C'est pour cette raison que les expéditions à caractère scientifique sont essentielles.
 

"Les robots ou les satellites dérivants à 1000 kilomètres d'altitude permettent de faire de l'observation ou de la surveillance mais ne peuvent assurer des relevés suffisamment précis pour mesurer l'épaisseur de la glace". Hervé Le Goff océanographe au CNRS.


Sébastien Roubinet de nouveau sur la route du Pôle en 2020


C'est pour cette raison que Sébastien Roubinet, le marin explorateur d'origine cévenole, envisage de repartir pour une nouvelle aventure sur son catamaran Babouchka.
Il devrait longer le Canada en profitant d'un espace libéré par la glace. Une route qu'il n'aurait jamais pu emprunter il y a encore 10 ans de cela.
 


La glace a fini par laisser la place à un éphémère couloir de navigation. Et c'est par ce chenal qu'il envisage de remonter vers le nord. Il envisage de partir d'ici le printemps 2020. Une nouvelle aventure qui devrait être riche en enseignements pour la communauté scientifique, mais pas forcément rassurante quant à l'état de fraîcheur de la banquise et de ses habitants.

Si vous êtes partants, sachez que Sébastien Roubinet cherche des partenaires pour financer ce nouveau projet. Ce sera de l'argent bien employé, en tout cas pas plus mal qu'un billet d'avion investi dans une compagnie aérienne lowcost à l'empreinte carbone néfaste pour les glaces du pôle.

Quels dégâts pour un mètre d'eau?

Le Conseil Economique Social et Environnemental Régional Occitanie (CESER) a fait une estimation des dommages causés par l'hypothèse d'une montée des eaux d'un mètre comme le prévoit le GIEC.
 

  • 11 500 hectares agricoles seraient perdus, soit l'équivalent de 27 millions d'euros de perte.
  • 34 000 logements abritant 77 000 habitants seraient également concernés ce qui représentent une ardoise de 904 millions d'euros.
  • 4 600 entreprises seraient elles aussi impactées pour un montant de 52 millions d'euros.
  • 500 millions d'euros de dégats pour les plages et les dunes. 

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