Naufrage mortel d'un bateau de pêche à Agde : quatre ans de prison requis contre le capitaine, la défense plaide la relaxe

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Le patron-pêcheur du Romain-Luca était jugé lundi 28 novembre devant le tribunal correctionnel de Béziers, deux ans après les faits. Le parquet a requis quatre ans de prison, dont deux avec sursis, et 75 000 euros d'amende. Le jugement a été mis en délibéré au 2 janvier.

Dans la nuit du 29 au 30 novembre 2020, le naufrage avait causé la mort de deux matelots, deux frères, Sébastien, 23 ans, et Christophe, de dix ans son aîné et père de deux jeunes enfants. Le premier  travaillait illégalement à bord sans être déclaré, ni titulaire d’aucun brevet professionnel.

Des excuses présentées à la famille

Le tribunal correctionnel de Béziers - qui rendra son jugement le 2 janvier - doit déterminer la responsabilité du capitaine. L'enquête avait révélé de nombreux manquements de sa part. Il est poursuivi pour homicides involontaires et travail dissimulé. 

Pendant l’audience qui se tenait ce lundi devant le tribunal correctionnel de Béziers, le capitaine et propriétaire du bateau a répondu aux questions. De temps à autres, sa voix se brise, quand il décrit cette nuit du 29 au 30 novembre. Peu après minuit, le Romain-Luca lance un appel de détresse avant de faire naufrage au large d'Agde. Ses deux matelots sont portés disparus. Leurs corps seront retrouvés plus tard dans l'épave. Le capitaine, lui, est repêché vers 2h du matin, par la SNSM, en état d'hypothermie, après un long séjour dans une eau à 15 degrés.

Je voudrais présenter mes excuses à la famille. Je compatis à leur peine malgré ce qu’ils pensent de moi. Je serai marqué à vie, et toute ma vie j’en aurai la culpabilité. C’était à moi à partir, pas à eux.

Le capitaine du Romain-Luca lors de l'audience

Un contentieux ? 

Dans la salle d'audience, la famille des victimes se tient dignement, en silence. Pas d’éclats, ni de cris… "Tout ça ne me rendra pas mes fils", murmure la mère des marins disparus. Pout les parties civiles, il y avait un contentieux entre le patron-pêcheur et l'un de ses matelots : l’ancienne compagne du capitaine était désormais celle du matelot. Ils voient dans le naufrage un acte intentionnel de la part du patron qui aurait laissé se noyer ses matelots. Pour eux, il n’aurait cherché qu’à se sauver lui même.

La défense y voit des "élucubrations". Et le procureur partage cet avis : "rien ne permet d’établir dans la procédure que le prévenu aurait commis un double meurtre. Mais cela n’enlève rien à sa responsabilité !" Lors de l'audience, le patron pêcheur a reconnu le travail dissimulé mais, dans son esprit, c'était pour aider le jeune matelot à se former. Les deux frères devaient reprendre le bateau et le racheter au patron, expliquent ses avocats. 

Nombreuses violations

Pour le parquet, si le capitaine n'a pas tout manigancé, il a tout de même multiplié les violations : pas d’exercice de sécurité, trois personnes à bord au lieu des deux autorisés, pas de formation du tout pour l’un des deux matelots, navigation au delà des cinq miles nautiques possible pour ce type de bateau, travail dissimulé depuis 2016 reconnu par l'accusé... 

Par conséquent, le procureur a requis quatre ans d'emprisonnement sur les cinq maximum encourus pour le délit d'homicides involontaires, ainsi que l'amende maximale de 75 000 euros. De son côté, l'avocat de la défense, Guillaume Tarrin, a plaidé la relaxe pour l'accusation d'homicides involontaires : "Quand il le comprend (que le bateau va couler, ndlr), c’est trop tard pour mettre en œuvre les procédures de sécurité."

Le jugement sera rendu le lundi 2 janvier 2023 à 14h. 

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