800 ans de l'Université de Médecine de Montpellier : une vieille dame pas si sage

Derrière les squelettes, les dissections et les vieilles pierres, des noms devenus célèbres dans l'histoire / © PHOTOSHOT/MAXPPP
Derrière les squelettes, les dissections et les vieilles pierres, des noms devenus célèbres dans l'histoire / © PHOTOSHOT/MAXPPP

L’université de Montpellier ne fût pas l’institution sage que l’on imagine. Si la médecine y fit des pas de géant, ce fût souvent au mépris de l‘ordre établi. Les grands noms qui s'affichent aux frontons des hôpitaux de Montpellier étaient souvent des esprits libres.
 

Par Pierre Desgranges

Ne vous y trompez pas : les bâtiments imposants, austères et rigides de la rue de  l’école de médecine sont bien loin de raconter l’histoire tumultueuse de la plus  ancienne université du monde occidental encore en activité. Une université reconnue, mais aux  lettres de noblesses  écrites par des personnages très souvent iconoclastes, rebelles aux institutions.

De Rabelais à Barthez

Statue de François Rabelais / © Elliott Brown (Flickr)
Statue de François Rabelais / © Elliott Brown (Flickr)

Prenez Rabelais, sans doute l’étudiant le plus célèbre de l’université. Pas vraiment le défenseur de l’ordre établi : il fustigea l’église qui l’abritait et subit les foudres de la censure.
Mieux, les grands noms qui ornent les frontons des hôpitaux de Montpellier ne sont pas les citoyens modèles que l’on imagine. Et c’est bien souvent leur regard décalé, leur pensée libre qui permit à la médecine d’ici de faire des pas de géant.

L'université des premières dissections 

C’est le cas de Guy de Chauliac, au 14ème siècle. Malgré les réticences de l’église, il pratiqua les premières dissections sur corps humains à Montpellier. Il fera des émules, mais les dissections se feront longtemps de nuit, sur des cadavres  « volés » dans les cimetières de la ville.
 
Guy de Chauliac pratiqua les premières dissections à Montpellier. / © Archives iconographiques du Palais du Roure Avignon
Guy de Chauliac pratiqua les premières dissections à Montpellier. / © Archives iconographiques du Palais du Roure Avignon

De même au 18ème, François Gigot de Lapeyronie refusa d’être médecin pour mieux pratiquer la chirurgie : le médecin était un clerc et n’avait pas le droit de toucher du sang. Il finira par imposer la discipline à l’université.

Et que dire du Vitalisme. Une école créée à Montpellier par Paul Joseph Barthez et qui envisageait le corps animé d’un  principe vital et non plus comme un simple agrégat d’organes. Le Vitalisme lutta plus de deux siècles contre une vision plus officielle de la médecine, avant de se voir balayé par les succès du Parisiens Louis Pasteur.
Une démarche avant-gardiste que la médecine moderne, enrichie des influences chinoises commence à redécouvrir.

Alors, si pour ces 800 ans, vous avez l’occasion de parcourir les couloirs de la faculté de Médecine, ne vous y trompez pas : tous ces bustes rigides et ces portraits figés ne racontent pas que le parcours de professeurs sages et convenants… bien au contraire !
 

Histoire tumultueuse de la dissection à Montpellier

C’est en fait Henri de Mondeville qui réalisa en 1315 à Montpellier la première dissection de France. Une dissection vraisemblablement non autorisée, puisque un siècle plus tôt le concile œcuménique Du Latran avait interdit aux clercs de faire couler le sang.
La première dissection officielle attendra 1340 et Guy de Chauliac. Le pape Clément VI prend une mesure révolutionnaire : il autorise des autopsies publiques de pestiférés. Il s’agissait de découvrir l’origine d’un mal qui allait décimer 25 millions d’européens.
Trente ans plus tard,  le duc d’Anjou  autorise la dissection de cadavres de suppliciés. Des autorisations qui resteront exceptionnelles.  Même au 16ème siècle, on n’en compte moins d’une demi-dizaine par ans.
Voilà pour les dissections officielles, mais il y en eu d’autres, clandestines. Félix Platter, étudiant présent à Montpellier en 1552, rapporte le récit pittoresque de sa première expédition à la recherche de cadavres dans le cimetière de la ville.
 

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