Covid et confinement, les coiffeurs à domicile interdits de travailler : "pourtant, on fait du bien !"

Ce lundi 2 novembre, le gouvernement a annoncé que les coiffeurs et esthéticiennes à domicile ne pourront plus travailler. Une coiffeuse à domicile de Montpellier regrette cette décision. Pour elle, elle offre du bien-être mais aussi un support psychologique à ses clients. 

A partir de ce lundi 2 novembre, les coiffeurs à domicile ne pourront plus travailler. Ici, Elise Roudil coiffeuse à domicile à Nîmes depuis 7 ans.
A partir de ce lundi 2 novembre, les coiffeurs à domicile ne pourront plus travailler. Ici, Elise Roudil coiffeuse à domicile à Nîmes depuis 7 ans. © C. Nicolas/FTV
Cela fait 25 ans que Nataly Rouyer est coiffeuse, en salon puis chez ses clients. Pour elle, la coiffure à domicile c'est du bien-être, mais c'est aussi une question de santé : "ça m’embête que les salons soient fermés. Mais nous, à domicile, on apporte autre chose. C’est plus physique et plus lourd. Ce sont deux métiers qui coiffent mais on va plus loin avec le client dans la psychologie".


Finalement, contrairement à ce qui avait été annoncé lors du reconfinement, les coiffeurs et les esthéticiennes à domicile ne pourront plus travailler pendant le confinement. C'est ce qu'a annoncé, ce lundi 2 novembre, Alain Griset, le ministre en charge des PME : "En dehors de la grande distribution, il y a d'autres activités qui ne peuvent pas s'exercer, par exemple la coiffure à domicile, l'esthétique à domicile, qui est de notre point de vue encore plus dangereux qu'en salon ou en institut. En salon, il y a des protocoles qui ont été mis en place qui respectaient les conditions sanitaires alors qu'un coiffeur qui irait à domicile rentrerait dans un lieu qui n'est pas sécurisé.

Un soutien moral  

La clientèle de Nataly Rouyer est à 80% composée de personnes âgées et malades. Suite à l'annonce de l'interdiction de travailler, elle s'inquiète pour ses clients : "Il y a des gens qui sont seuls. C’est vrai que d’être coiffé, ça fait du bien. On fait du bien !

 

Quand vous êtes chez eux, ils racontent tout. Parfois quand je sors, j'ai coiffé mais j'ai aussi pris la charge mentale de tout ce qu’ils ont comme mal-être

Nataly Rouyer


Nathalie Deschamps souffre d'une sclérose en plaque, elle est donc dans l'incapacité de se déplacer dans un salon de coiffure. Depuis un an et demi, elle se fait coiffer par Nataly Rouyer : "Je trouve que la coiffure à domicile allie à l'humain. On discute, elle me coupe les cheveux. En un an et demi, on a réussi à créer des liens. On est comme deux vieilles amies". Elle décrit sa coiffeuse, Nataly, comme quelqu'un de solaire : "Elle est enjouée et elle apporte du punch". Rencontrer Nataly, c'est aussi découvrir le métier de coiffeuse à domicile : "Elle a un boulot difficile, hard. Si on craque quand elle passe.. et ça arrive, elle a un rôle humain".  

Equité entre les salons et les coiffeurs à domicile

L'Union National des entreprises de coiffures a demandé, ce week-end, au gouvernement "de bien vouloir trancher au plus vite et par un texte officiel clair, précisant si la coiffure quelle que soit la manière de l’exercer, est autorisée ou non pendant ce deuxième confinement". Car, à l'annonce du reconfinement, seuls les salons et les instituts devaient fermer. Christophe Doré, président de l'UNEC a ajouté dans sa lettre au Président de la République : "Si l’activité est jugée à risque, elle l’est tout autant au domicile des clients qu’en salon". 

Il n'est pas compréhensible pour un salon de coiffure qui a fait tous les efforts pour s'adapter aux règles de sécurité sanitaire, que dans le même temps, vous puissiez avoir de la coiffure à domicile. Donc nous corrigeons les choses dans la journée et la coiffure à domicile ne sera plus possible.

Bruno le Maire, ministre de l'économie

Le président de la chambre des métiers et de l'artisanat de l'Hérault, Christian Pujol, se réjouit de la décision du gouvernement : "je demande à ce que les coiffeurs à domicile n’aient pas le droit de travailler tant qu’on n'a pas de solution adéquate. Ce n'est pas possible. Deux personnes font le même métier, l'une doit fermer et pas l'autre. Il faut qu’on ferme à domicile. On ne peut pas avoir deux poids deux mesures."

Un protocole sanitaire strict 

Ce week-end de nombreux commerçants dits non-essentiels ont exprimé leur mécontentement face à l'ouverture de tous les rayons des magasins de la grande distribution. C'est d'ailleurs le cas de Stella Guérin une coiffeuse de Poitiers qui, après avoir mis en place un protocole sanitaire stricte lors du déconfinement, doit à nouveau fermer, comme tous les commerçants non-essentiels. Elle exprime sa colère et crie à l'injustice dans un post facebook. 


Nataly Rouyer est claire : "Pour moi, c'est n'importe quoi. Soit on confine, soit on ne confine pas." Depuis le déconfinement au mois de mai, elle a aussi mis en place un protocole sanitaire stricte lors de ses déplacements et consultations : "Déjà, je demande à ce qu'on m'ouvre la porte pour ne pas toucher les poignées. Et ensuite, on a des protocoles mis en place à domicile comme les infirmières. On désinfecte les outils, on porte un masque, on se lave les mains". Et la coiffeuse n'est pas face à son client : "Dans la coiffure on est derrière. Et quand on demande au client ce qu'il veut on est à un bon mètre de lui". 

Arrêtons les femmes de ménages, les auxiliaires de vie et les kinésithérapeutes. Un coiffeur à domicile c’est du bien-être mais c’est aussi de la psychologie. Il faut qu’on nous mette dans le pôle santé.

Nataly Rouyer

La coiffeuse à domicile défend son activité par rapport aux salons de coiffure : "Moi, je suis seule avec la personne que je viens coiffer". Elle pense que la bonne solution serait la réouverture des salons avec un système de rendez-vous espacés pour que les clients ne se croisent pas entre eux. 
 
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