Ecologie : 100 chercheurs s’engagent à ne plus prendre l’avion pour leurs trajets Montpellier-Paris

Les chercheurs montpelliérains de plusieurs organismes s’engagent à ne plus prendre l’avion pour leurs trajets entre Montpellier et Paris. Un acte fort en faveur du climat et contre l'extension de l'aéroport Montpellier-Méditérannée mais qui a sucité de vives oppositions.

100 chercheurs de Montpellier protestent contre l'extension de l'aéroport et s'engagent à ne plus prendre le train pour leurs échanges avec Paris
100 chercheurs de Montpellier protestent contre l'extension de l'aéroport et s'engagent à ne plus prendre le train pour leurs échanges avec Paris © Thierry Will/F3

85,1 kg de CO2 émis pour chaque passager qui effectue le trajet entre Montpellier et Paris, contre 1,9 kg de CO2 si le voyage s’effectue en train. Le message est clair. Il se lit ce jeudi 15 avril sur les valises exposées dans la fontaine située devant la préfecture de l’Hérault.

La mobilisation est à l’initiative des chercheurs de Montpellier. 100 d’entre eux viennent de s’engager à ne plus utiliser l’avion dans leurs échanges avec Paris. “Pour nous, les missions sur le terrain, les voyages font partie de notre métier. Mais nous avons vraiment pris conscience qu’il fallait changer nos modes de travail afin d’avoir un impact moins néfaste sur l’environnement”, explique Delphine Marie-Vivien, chercheuse au CIRAD. “C’est évidemment compliqué d’aller au Burkina Faso, d’aller au Vietnam ou d’aller au Brésil par le bateau ou par le train. En revanche, il est vraiment de notre responsabilité de se demander ce qu'on peut améliorer comme par exemple le pré-acheminement sur Roissy ou Orly.”  

Concilier vie quotidienne et recherche sur le climat

Ils travaillent pour le CIRAD, le CNRS, l’INRA ou encore Supagro et pour nombre d’entre eux, les changements climatiques font partie de leurs recherches. Cet acte militant c’est avant tout un pas pour mettre en cohérence leurs pratiques quotidiennes et leurs objets d’étude. “Pendant le confinement, on s’est dit que c'était l’occasion d’exprimer nous aussi notre besoin de changement”, raconte Abigail Fallout, chercheuse au CIRAD. “ On a lancé un appel à la mobilisation pour le changement dans la recherche face aux changements socio-écologiques, et il a recueilli 238 signatures au CIRAD. A partir de là, on a mis en place des groupes de travail pour réfléchir à des propositions de changements au niveau des pratiques et de la gouvernance dans la recherche.”

L'extension de l'aéroport Montpellier-Méditerranée permettrait de passer de 2 millions à 3,5 millions de voyageurs annuels d’ici 2025
L'extension de l'aéroport Montpellier-Méditerranée permettrait de passer de 2 millions à 3,5 millions de voyageurs annuels d’ici 2025 © Thierry Will/F3

Contre l'expansion de l’aéroport Montpellier-Méditerranée

Cette mobilisation est la première action résultant de cette réflexion. Et à travers cet engagement en faveur du train, c’est aussi un moyen de protester contre le projet d’extension de l’aéroport Montpellier-Méditerranée. Ce projet est en fait la deuxième phase de l'extension de 2019. Elle permettra la création de nouveaux postes d'embarquement et d'enregistrement des bagages, permettant le passage de 2 millions à 3,5 millions de voyageurs annuels d’ici 2025 : “Une bombe climatique et sanitaire” pour ces chercheurs. Pour Stanislas Rigal, doctorant à l'université de Montpellier : “Les émissions liées à ce secteur sont déjà importantes et elles augmentent chaque année de plus en plus. Doubler la capacité de l’aéroport ne va clairement pas dans le bon sens. Vouloir augmenter la taille des aéroports, mais jusqu’à quand ? C’est tout ce modèle de croissance exponentielle qui est à repenser.”

 Ces chercheurs dénoncent également un risque de submersion de l'aéroport d'ici 2100. Un risque "inexistant" d'après le directeur de l'aéroport Montpellier-Méditerranée. "Bien sûr, on représente 2% des émissions de CO2 mais les compagnies aériennes investissent massivement en recherche et développement pour aller vers l'avion à l'hydrogène. Quel mode de transport ne pollue-t-il pas ?" s'interroge Emmanuel Brehmer. "Le train fonctionne au nucléaire. Je partage leurs inquiétudes mais le tout régressif n'est pas la solution". 

Pendant que les chercheurs manifestent devant la préfecture, les employés de Montpellier-Méditerranée, eux se mobilisent sur le parvis de leur aéroport, exprimant leurs craintes quant aux effets dévastateurs de l'avion bashing sur leurs emplois. "Nous, nous avons besoin de travailler. Nous avons déjà un genou à terre depuis un an, ce n'est pas le moment de lancer de telles polémiques." s'irrite le responsable syndical CFDT Franck Gauthier à l'origine de cette mobilisation. "Discutons, trouvons des solutions pour construire l'aviation de demain, plutôt que de le détruire. Il est temps de prendre en compte la dimension sociale dans la dimension écologique". A Montpellier, l'aéroport fait vivre près de 4 000 personnes, des emplois directs et indirects.

250 signataires en faveur du développement de l'aéroport

Autre réponse à la mobilisation de ces chercheurs, 250 personnes du monde économique, judiciaire ou même sportif, ont signé une tribune du Cercle Mozart. Son président, Jean-Marc Maillot y défend le développement de l'aéroport et sa liaison avec Paris "indispensable" au développement économique de Montpellier et de ses environs. "Nous nous sommes sentis heurtés par leur action. Nous, nous essayons de développer ce territoire", argumente l'avocat Jean-Marc Maillot. "Chaque année, il y a 1 million d'habitants du Languedoc-Roussillon qui utilisent leur voiture pour aller prendre un avion à Marseille, car ils n'ont pas les lignes qu'ils souhaitent à Montpellier. Donc supprimer cette liaison ne va pas diminuer la pollution, ça ne va que la décaler. Et c'est contre-productif pour notre territoire, il faut qu'on puisse attirer des entreprises, des événements et pour ça, la clé c'est d'être relié à Paris." Deux visions qui n'ont pas fin de s'opposer, entre développement économique et préservation de l'environnement. La décision finale restera aux citoyens. 

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