ENQUETE. Après le Covid, le retour en grâce de l'avion, au grand dam des écologistes

Publié le Mis à jour le
Écrit par Isabelle Bris .

Mercredi 6 avril, à partir de 23 heures, notre magazine Enquêtes de Région se consacre au secteur aéronautique. Si la crise sanitaire a coupé les ailes d'Airbus et celles de l'aéroport de Montpellier, depuis un an, les commandes d'avions et les voyageurs reviennent en force, au grand dam des défenseurs de l'environnement.

L'avion renaît de ses cendres ! Le Covid et son cortège de restrictions sanitaires l'ont cloué au sol pendant près de deux ans : les transports aériens ont chuté de près de 70% entre 2019 et 2020. 

Pourtant aujourd'hui, Airbus, qui a passé deux années dans le rouge, ne s'est jamais aussi bien porté : mi février, l'avionneur européen a annoncé un bénéfice net de 4,2 milliards d'euros, avec des livraisons d'avions commerciaux en hausse de 8% par rapport à 2020.

Pendant cette crise sans précédent, de son côté, l'aéroport de Montpellier a pu résister grâce à l'importance de ses vols intérieurs. Aujourd'hui, les voyageurs au long cours sont, eux aussi, de retour. 

"Il y a eu le Covid, maintenant il y a la guerre en Ukraine...On ne sait pas où on va, là j'ai une petite opportunité, alors je voudrais partir, en profiter", explique Paul, un gardois venu se renseigner pour un séjour à l'île Maurice dans l'une des plus importantes agences de voyages de l'Hérault, située près de Montpellier.

"C’est la tendance actuelle" renchérit Sandra, chef de comptoir dans l'agence.

On sent un regain d’activité, les gens ont envie de partir, de profiter, car on ne sait pas de quoi demain sera fait.

Sandra Duval

chef de comptoir

 Cap au soleil

Pour les voyagistes, les affaires ont repris depuis que le test PCR n'est plus obligatoire au retour d'un séjour à l'étranger, les commandes affluent. "Dès le mois de février, on était sur la même tendance que 2019 on a une très belle reprise, avec une activité équivalente à 2019", se réjouit Cathy Bou, responsable de l'agence de voyages.

Le bassin méditerranéen fait partie des destinations phares pour le printemps, les achats de voyages pour l'été semblent eux aussi bien partis.

A l'aéroport de Montpellier, où l'on a retrouvé plus de 80% du trafic de l'année 2019, année record qui avait vu la fréquentation frôler les 2 millions de passagers, on voit l'avenir avec optimisme.

La direction a lancé sa nouvelle saison estivale : 40 destinations entre Europe du nord et méditerranée, proposées par une douzaine de compagnies.

La crise sanitaire a aussi changé la donne pour les navettes Air France entre Montpellier et Paris, remplacées par des compagnies low cost. Ce sont elles qui mènent la danse, désormais, à l'aéroport.

On était plutôt faible il y a cinq ans en terme de trafic "low cost", là, on est en pleine mutation avec, maintenant, une majorité de compagnie à prix bas comme Transavia et Easyjet. Elles nous permettent de capter une nouvelle clientèle, surtout chez les jeunes

Emmanuel Brehmer,

pdt directoire Aéroport de Montpellier

La planète peut-elle encore attendre ? 

Les compagnies à bas prix de l'aéroport de Montpellier proposent pour cet été six nouvelles destinations vers de grandes villes d'Europe. De quoi exaspérer les défenseurs de l'environnement, comme les militants montpelliérains d'Alternatiba, mouvement citoyen pour le climat et la justice sociale.  

"Cela crée des besoins que l’on avait pas avant, comme d’aller passer un week-end à Marrakech ou à Séville. On dit que les low cost ont démocratisé les voyages mais les chiffres, eux, montrent que c’est toujours la même classe moyenne supérieure qui prend l’avion, encore plus qu’avant" s'insurge Cathy Valat, membre du collectif "atterrissons d'urgence".

Il faut qu’on réfléchisse au monde que l’on veut, et l’avion fait partie de cette réflexion. On n'est pas contre l’avion, il y a des moments où il est indispensable, mais la navette entre Montpellier et Paris nous paraît complètement aberrante.

Cathy Valat,

collectif Atterrissons d'urgence

Stuart Page, du collectif Alternatiba, renchérit en s'appuyant sur le dernier rapport du Giec qui dit clairement qu’il faut baisser de façon drastique et au plus vite les émissions de gaz à effet de serre : "Tous les secteurs doivent faire un effort et le secteur aérien ne doit pas faire exception" affirme-t-il, en soulignant que l’ascension du trafic aérien double tous les 15 à 20 ans au niveau mondial.

L'impact de l'avion sur le climat : une évaluation qui reste controversée 

Depuis les années 90, le secteur aérien affirme avoir divisé par deux son empreinte carbone, grâce aux progrès techniques.

En France, il représenterait moins de 7 % des émissions de CO2 d'origine humaine, et moins de 3 % sur toute la planète. Mais ces chiffres seraient largement sous-estimés selon de nombreuses associations écologistes françaises et internationales.

Par exemple, selon le site "Rester sur terre"’l'amélioration de l’efficacité énergétique s’est toujours soldée par une augmentation des émissions : elle contribue à réduire le coût des billets et favorise ainsi la croissance du trafic aérien. L’augmentation des émissions de CO2 dépasse largement les réductions d’émissions résultant des gains d’efficacité."

Trois millions de passagers potentiels à Montpellier

En 2019, selon les chiffres du ministère de la transition écologique, moins de 10% des français partent en vacances par la voie des airs. Mais ce chiffre a doublé en une décennie et l'avion est le mode de transport qui progresse le plus.

A L'aéroport de Montpellier, la direction estime que de nombreux clients peuvent encore être captés et que la décroissance en terme de voyage aérien n’est pas dans l’air du temps.

"On est pas loin des deux millions d'Héraultais qui vont chercher ailleurs ce qu’ils n’ont pas chez nous. Cet aéroport à trois millions de passagers, il est nécessaire !  Les gens n’arrêteront pas de voyager en avion et il vaut mieux un bel aéroport à Montpellier" martèle Emmanuel Brehmer, le président du directoire Aéroport de Montpellier.

En attendant, les compagnies aériennes se sont engagées à atteindre la neutralité carbone en 2050.

Reste à savoir comment... 

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