"Le Rassemblement national a fait un triomphe" : un vote "désormais revendiqué et partagé" en Languedoc-Roussillon, analyse un politologue

Le Rassemblement national arrive en tête dans tous les départements du Languedoc-Roussillon, raflant jusqu'à 43 % des voix dans les Pyrénées-Orientales. Des chiffres qui confirment l'enracinement de l'extrême droite mais aussi la généralisation de son influence dans la région, selon Emmanuel Négrier, chercheur au CNRS.

L'Occitanie en bleu marine. La région, et plus particulièrement le Languedoc-Roussillon, place Jordan Bardella en tête de l'élection dans tous les départements, avec des scores parfois bien au-dessus de la moyenne nationale de l'extrême droite.

Quelques heures après les élections européennes 2024, Emmanuel Négrier, chercheur au CNRS à Montpellier et spécialiste de la politique locale, analyse les résultats du vote de Perpignan à Mende.

"Le vote RN est désormais revendiqué et partagé"

Pour Emmanuel Négrier, les résultats des élections européennes en Languedoc-Roussillon s'inscrivent "dans la continuité des scrutins précédents" : une poussée "régulière" du Rassemblement national, qui gagne plus de voix à chaque scrutin. Ce sont dans les territoires littoraux, dans la Petite Camargue et dans la Plaine du Roussillon que le phénomène est le plus notable : là où le RN remportait "30 % à 40 % des voix", en 2024, le parti d'extrême droite rafle maintenant "jusqu'à 50 voire 60 %" des voix.

Les Pyrénées-Orientales, l'Aude et le Gard sont les trois départements où le RN réalise ses plus gros scores en Occitanie : 43 % (+ 10 points par rapport à 2019), 40,73 % et 40,42 %. "Cette élection montre que le Rassemblement national généralise son leadership dans la région", analyse Emmanuel Négrier. "Le fait de voter Rassemblement national, qui apparaissait encore il y a quelques années comme une petite honte personnelle, est désormais revendiqué et partagé, même avec des adversaires politiques", observe le politologue.

Les territoires habituels d'influence où le RN remportait 30 à 40 % des voix sont passés à 50 voire 60 %.

Emmanuel Négrier

Dans le département du Gard par exemple, alors que plusieurs centaines de communes résistaient historiquement à l'extrême droite, elles ne sont plus que 19 à ne pas avoir placé Jordan Bardella en tête du scrutin. "Et ce sont souvent de très petites communes, qui ne comptent que peu d'habitants", remarque le spécialiste. Au total, ce sont 95 % des 351 communes du Gard qui ont voté pour l'ex Front National.

Le RN conquiert  des communes "modérées" et même à gauche

Dans l'Hérault, Emmanuel Négrier décrypte un même résultat dans l'arrière-pays biterrois : le Rassemblement national a étendu son influence aux communes auparavant considérées comme "modérées" et même à gauche. Le village de Caussiniojouls et sa petite centaine d'habitants permettent au RN de signer un de ses records dans le département : 95 % des votants ont choisi Bardella.

Le département rural de la Lozère place lui aussi le parti fondé par Jean-Marie Le Pen "très en tête" des Européennes, en lui accordant 32 % des voix, soit 10 points de plus que lors des dernières élections européennes de 2019. Ce résultat "cela renvoie à la déconfiture du parti Renaissance et des Républicains." Pour le chercheur, ces résultats tranchés entérinent l'enracinement de l'extrême droite dans la région.

Seules Montpellier et Nîmes résistent à l'extrême droite

Deux exceptions confirment la règle : les résultats du vote à Montpellier et à Nîmes. Dans la préfecture de l'Hérault, Jordan Bardella n'arrive qu'en troisième position, derrière La France Insoumise et la liste PS-Place Publique conduite par Raphaël Glucksmann. À Nîmes, le Rassemblement national est en première position, mais il ne dépasse pas 30 % des suffrages : "c'est considérable, mais cela reste bien différent du reste du territoire." Les résultats du vote dans ces deux villes démontrent un "phénomène métropolitain", à rebours de la tendance régionale, observe Emmanuel Négrier. "Les zones de résistance à l'extrême droite ne sont plus les zones rurales, comme on le voyait dans les années 2010, plutôt marquées à gauche, ce sont maintenant les grandes villes", explique-t-il.

Les zones de résistance à l'extrême droite ne sont plus les zones rurales, ce sont maintenant les grandes villes.

Emmanuel Négrier

Hormis ces deux agglomérations, le phénomène "s'estompe rapidement" : de Perpignan à Sète, en passant par Narbonne, Carcassonne et Béziers, les votants ont choisi le Rassemblement national en majorité. "Si l'on ajoute à cela les votes pour Reconquête ! (le parti d'Eric Zemmour et Marion Maréchal, ndlr) et Les patriotes (parti fondé par l'ex FN Florian Philippot, ndlr), on peut dire que le RN a fait un triomphe", affirme Emmanuel Négrier. Il note une "banalisation" générale du vote pour l'extrême droite.

Il y a une banalisation du vote pour l'extrême droite.

Emmanuel Négrier

Une participation en hausse en Occitanie

Autre phénomène régional : le nombre de votants est en hausse dans la région "pour la deuxième fois consécutive" explique le chercheur. La participation était de 54,95 % en 2019, elle est de 56,54 % cette année. Et la région fait figure de bonne élève : elle affiche "un meilleur score de participation que la moyenne nationale, à 51,83 %." C'est la Lozère qui fait la course en tête en Languedoc-Roussillon : six habitants sur dix sont allés voter.

Les résultats des Européennes 2024 illustrent ainsi la "montée en puissance progressive" de l'adhésion au Rassemblement national en Languedoc-Roussillon, dans un contexte de "crise des intermédiations politiques : crise du militantisme, baisse du nombre de réunions politiques et désintérêt du sujet politique dans les conversations entre les citoyens", explicite Emmanuel Négrier.

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