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Montpellier : des chercheurs ont travaillé au rapport alarmant du groupe d'experts de l'ONU sur la biodiversité

L'aigle de Bonelli est présent dans les gorges du Gardon / © MAXPPP
L'aigle de Bonelli est présent dans les gorges du Gardon / © MAXPPP

On vous présente les chercheurs montpelliérains qui ont apporté leur contribution au rapport du groupe d'experts de l'ONU sur la biodiversité (IPBES), dont un résumé à l'usage des décideurs a été publié ce 6 mai 2019. Un texte selon lequel un million d'espèces sont menacées d'extinction.

Par Valérie Luxey

Plusieurs chercheurs de Montpellier ont collaboré au rapport du groupe d'experts de l'ONU, l'IPBES, sur la biodiversité, dont un "résumé à l'usage des décideurs" a été rendu public ce 6 mai 2019. Selon ces scientifiques, un million d'espèces sont menacées d'extinction, et à moins d'un changement profond de nos modes de production et de consommation, ce rythme va s'accélérer.
 

Un chercheur du CIRAD de Montpellier dans le comité français de l'IPBES


Parmi ces contributeurs montpelliérains de l'IPBES ( Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services, en Français Plateforme Intergouvernementale sur la Biodiversité et les Services Ecosystémiques), il y a tout d'abord Didier Bazile, chargé de mission "Biodiversité" au sein du CIRAD (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement), qui était présent à Paris lors de l'IPBES 7, comme observateur indépendant au titre du CIRAD et en appui à la délégation française sur les questions scientifiques.


Des données scientifiques irréfutables


Il fait partie du comité français de l'IPBES animé par la FRB (Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité), un groupe qui réunit tous les trimestres les institutions de recherche françaises aux côtés de représentants des ministères, afin de conseiller le gouvernement dans les positions scientifiques à tenir durant les négociations internationales. Car la France est l'un des 132 pays membres de l'IPBES et, à ce titre, a contribué aux débats lors de la 7ème plénière de l'IPBES à Paris, qui visait à s'entendre sur le "résumé pour les décideurs". Une bonne chose, selon Didier Bazile :
 

Cela veut dire qu'à partir d'aujourd'hui, les décisions des 132 pays membres sont prises en connaissance de cause, ils ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas et les générations futures pourront le leur reprocher. Pour autant, ce texte ne les engage pas.


Des pistes d'action


Les engagements politiques sur la biodiversité viendront en effet plus tard, lors du du prochain round de négociations sur la Convention pour la Diversité Biologique (CBD, signée à Rio de Janeiro en 1992) de type "COP" (à l'image de ce qui se fait pour le climat), prévu fin 2020, en Chine. En attendant, Didier Bazile se félicite du fait que le "résumé pour les décideurs" qui vient d'être publié et qui contient des pistes d'action s'appuie sur un rapport scientifique multidisciplinaire de 1800 pages qui synthétise 3 ans de recherche au niveau mondial en considérant tous les écosystèmes du globe. 


Changer de modèle agricole


Au CIRAD de Montpellier, on n'a pas attendu pour travailler sur des alternatives agroécologiques au modèle agricole productiviste qui a dominé ces 50 dernières années. Ainsi, l'expérience que le CIRAD a acquise dans les pays du sud est riche d'enseignements pour le Nord :
 

Dans ce modèle purement économique où une vision par la seule croissance a montré ses limites, les répercussions sociales et environnementales sont peu prises en compte. Tous les acteurs doivent aujourd'hui réfléchir ensemble afin que les décisions prises considèrent à la fois les problématiques d'alimentation, de santé et de durabilité de nos systèmes de production, incluant eau et énergie, mais aussi les aspects sociaux et sociétaux liés à l'organisation, à l'équité, à l'intégration et à l'inclusion dans les nouveaux modes de gouvernance de l'environnement. Au CIRAD, on travaille sur comment produire avec une diversité aux champs adaptée sur l'année à la diversité de nos modes de consommation, pour éviter d'avoir de grosses productions ponctuelles puis des parcelles à nu exposées à l'érosion pendant que nous transportons nos aliments d'une autre région, avec des sols qui s'apauvrissent et des coûts environnementaux élevés en terme de transport. Il s'agit de relier les différentes dimensions de la sécurité alimentaire et nutritionnelle aux changements profonds nécessaires dans nos systèmes agricoles, pour répondre aux enjeux majeurs de santé, de consommation d'eau et d'énergie, afin de changer véritablement de paradigme pour sauver la planète dont nous tirons beaucoup de services.

 

Une chercheuse passée par Montpellier secrétaire exécutive de l'IPBES


Pour accélérer la transformation, Didier Bazile prône la fin du système de décision cloisonné entre les ministères au profit d'une prise de décision transversale au niveau de l'ensemble du gouvernement sur ces questions. Les solutions pour contrer cette extinction massive des espèces existent donc. Un message d'espoir que veut porter Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l'IPBES, qui a effectué sa thèse au CEFE, le Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive de Montpellier :
 

Nous ne voulons pas qu’on se sente découragés, qu’on se dise qu’on a perdu la bataille, ce n’est pas le cas. Si nous lui donnons la possibilité, la nature va reconstituer ses droits.


A Montpellier, le CEFE à la pointe du combat pour la biodiversité 


Au CEFE, on n'est pas peu fier du fait qu'Anne Larigauderie soit issue du Centre, l'un des plus importants laboratoires de France en matière de recherche en écologie, biodiversité, changements à l’échelle planétaire et développement durable. Plusieurs de ses scientifiques ont d'ailleurs été sollicités pour participer ponctuellement aux travaux des groupes d'études, comme par exemple Yildiz Aumeeruddy-Thomas, directrice de recherche au CNRS et responsable de l'équipe "Interactions Bioculturelles" du CEFE. Car l'IPBES ne produit pas de données, mais fait la synthèse des recherches menées au niveau mondial en matière de biodiversité.


L'espoir des chercheurs montpelliérains


Philippe Jarne, lui aussi directeur de recherche et biologiste de l'évolution au CEFE, a suivi également de près les travaux de l'IPBES. Il était à Paris, au CNRS, il y a 10 jours, pour la présentation par les experts de l'IPBES de leur méthodologie :
 

C'est la première fois qu'on fait un bilan chiffré, j'espère que ça va rentrer dans les têtes comme les rapports du GIEC l'ont fait pour le climat, même s'ils ont mis du temps. Là, on a une base de données scientifiques irréfutables. J'espère que ce rapport aura un impact sur la prise de conscience de nos dirigeants.


Espèces invasives


Philippe Jarne travaille sur de petits escargots venus du Vieux Continent, introduits par l'homme dans le milieu aquatique aux Antilles et en Amérique du Sud et devenus invasifs. Ils sont porteurs d'un parasite, la douve du foie, qui s'attaque au bétail mais aussi à l'homme. Et l'effet de ces espèces invasives sur la biodiversité et sur notre santé est d'autant plus dévastateur que, pour lutter contre leur prolifération, nous avons tendance à utiliser des produits phytosanitaires peu sélectifs, qui détruisent aussi les espèces locales de faune et de flore.


Menace sur notre flore et notre faune régionales


Résultat : les espèces endémiques ont tendance à diminuer en densité, d'autant que leur terriroire se rétrécit également sous l'effet des activités humaines. Ainsi, dans notre région et dans tout le grand sud de la France, l'aigle de Bonelli est menacé : on n'en recense désormais que 30 à 40 couples. Cela est encore plus frappant pour les insectes, selon Philippe Jarne :
 

La biodiversité, on n'en voit pas forcément l'intérêt : tant qu'on a à manger, tout va bien. Mais il faut savoir que dans certaines parties du monde, on doit amener des pollinisateurs pour assurer les récoltes, car ils ont disparu du milieu naturel.

 


Yunne Shin, chercheuse de l'IRD, a coordonné la réalisation du chapitre 4


Des chercheurs de l’IRD (Institut pour la Recherche et le Développement), également basés à Montpellier, ont eux aussi participé directement à cette évaluation. Ainsi, Yunne Shin, biologiste marin au laboratoire MARBEC (Biodiversité marine, Exploitation et Conservation), a coordonné la réalisation du chapitre 4 de l’évaluation de l'IPBES, intitulé "Plausible futures of nature, its contributions to people and their good quality of life" (que 'on pourrait traduire par "les possibles futurs de la nature et sa contribution aux peuples et à leur bonne qualité de vie"). Voici l'interview qu'elle a donné avant l'ouverture de la session parisienne de l'IPBES :
 


Des danseuses de Montpellier en ouverure de la session de l'IPBES

 
Cette chercheuse a aussi été à l’origine, avec la chorégraphe Emily Lartillot, de la compagnie montpelliéraine « Les arts en scène », de la performance "Steps for a change", présentée lors de la session inaugurale de l’IPBES à Paris le 29 avril 2019 : 14 jeunes filles sont venues présenter leur spectacle de danse aux délégués présents. Océans, récifs coralliens, abysses, espèces invasives, désertification et restauration des espaces naturels : à travers 6 séquences dansées, accompagnées de projections vidéos, les danseuses ont porté le message de l’urgence d’agir face aux changements globaux qui affectent la biodiversité. Voici la vidéo de cette performance, produite par l'IRD et réalisée par Luc Riolon :
 

 

Des objectifs à fixer d'ici 2050


La balle est à présent dans le camp des Etats membres de la Convention de l'ONU sur la diversité biologique (COP15) : d'eux dépendent les objectifs qui seront fixés lors de leur réunion en Chine l'an prochain, pour une planète durable en 2050.

 

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