Montpellier : devant le commissariat, des victimes de violences sexuelles témoignent "Le système doit être réparé"

Une centaine de personnes se sont rassemblées devant le commissariat central de Montpellier dimanche 10 octobre pour soutenir les victimes de violences sexuelles et demander une meilleure prise en charge de ces victimes par la police lors du dépôt de plainte.

"Si vous posez la question à toutes les personnes qui sont présentes, elles ont toutes vécu cette expérience personnellement ou dans leur cercle proche." Juliette* fait partie de la centaine de personnes, majoritairement des femmes, qui se sont réunies, ce dimanche 10 octobre, devant le commissariat central de Montpellier pour soutenir les victimes de viols et violences sexuelles. Des membres des forces de l'ordre, à distance, constituaient un mur devant l'entrée du commissariat alors que les personnes entonnaient des chants féministes et brandissaient banderoles et panneaux à une dizaine de mètres de là. Avant que des victimes d'agressions sexuelles racontent, devant l'assemblée, ce qui leur est arrivé.

Ce rassemblement survient deux semaines après la révélation de témoignages de femmes qui dénoncent l'accueil qui leur a été réservé par la police lors d'un dépôt de plainte pour de tels faits. C'est le cas de Juliette. "Un homme a menacé de me violer dans la rue. Quand j'ai appelé la police, on m'a répondu que c'était normal parce que j'étais habillée en tenue légère en raison de l'été." Elle est venue à l'appel du collectif Nous Toutes 34 et du collectif  Queer Feministe Anticapitaliste Decolonial + pour qu'"enfin, la police, le système judiciaire, le ministre de l'Intérieur prennent au sérieux ces questions. Ce sont des traumatismes qu'on est obligés de porter. On est confrontées au fait que nos agresseurs ne sont jamais condamnés ou dans une toute petite partie des cas".

Le commissariat central de Montpellier mis en cause

Marie* était également présente ce dimanche. Comme la victime de 19 ans, qui a dénoncé par l'intermédiaire de la militante féministe Anna Toumazoff, l'accueil qui lui a été réservé par une policière au commissariat central de Montpellier au moment de déposer plainte pour viol, elle dit avoir connu pareille situation il y a quelques mois. "J'ai moi-même été victime d'un mauvais traitement lorsque j'ai porté plainte dans ce commissariat."

Il n'avait aucune psychologie, il essayait de me presser comme un citron. Sous prétexte que j'étais suivie par un psychologue, il m'a demandé si je n'avais pas halluciné sur ce qu'il s'était passé.

Marie*

Marie raconte : "On m'a fait attendre, on m'a fait raconter mon histoire en plein milieu du commissariat devant tout le monde, c'était compliqué." Elle poursuit : "J'ai été reçue deux fois par un policier qui m'a incriminée et qui a essayé de me pousser à admettre que j'avais menti. Il n'avait aucune psychologie, il essayait de me presser comme un citron. Sous prétexte que j'étais suivie par un psychologue, il m'a demandé si je n'avais pas halluciné sur ce qu'il s'était passé. Ca a été très très violent, et ça a été très très difficile de remonter la pente." 

Lorsqu'elle a vu les témoignages se multiplier dans différents commissariats depuis deux semaines, elle a vu "qu'elle n'était pas seule". "Voir quelques mois après ce qu'il m'est arrivé qu'il se passait la même chose pour d'autres victimes, ça a été comme un déclic. J'avais besoin d'être là."

"Remettre en cause la procédure me parait mal adapté"

Bruno Bartocetti, secrétaire national délégué de la zone Sud de l'unité SGP police FO, se défend d'un mauvais traitement accordé aux victimes de violences sexuelles. "Lorsque l'on reçoit du public, à l'endroit des violences faites aux femmes ou des personnes vulnérables, notre volonté c'est d'aller au bout d'une affaire et de les recevoir dans les meilleures conditions possibles. Lorsque l'on reçoit une victime, on a un processus, un protocole. Remettre en cause la procédure me parait mal adapté, elle a été soutenue par le parquet. Retenir que la victime a été mal reçue ou que les questions étaient orientées, c'est regrettable car le seul but est de retrouver l'auteur", argue-t-il.

Le policier admet "qu'il peut y avoir des erreurs d'appréciation". Mais il défend notamment la policière du commissariat central de Montpellier qui a reçu la jeune femme de 19 ans victime d'un viol dans son hall d'immeuble. "Une femme policière d'expérience qui reçoit une autre femme, on ne peut pas imaginer un seul instant que cette personne ait été mal reçue. Nous avons une policière qui a de l'expérience en matière de procédures, retenons le professionalisme de ces policiers qui ont l'habitude de recevoir des plaignants, des personnes victimes de violences." Il suggère de mettre en place "un pôle de soutien psychologique H24 pour ces victimes".

Rien ne les empêchait de se diriger vers un autre commissariat, vers un service de gendarmerie, de s'adresser directement à l'IGPN ou directement au procureur

Bruno Bartocetti, secrétaire national délégué de la zone Sud de l'unité SGP police FO

Du rassemblement de ce dimanche, il retient "malheureusement, qu'on dirait que les 100 personnes qui sont derrière moi étaient présentes lors de l'audition". Il remet en cause les centaines de témoignages révélés sur les réseaux sociaux : "Ils sont à prendre avec beaucoup de recul." Et indique que pour ces personnes qui ont porté plainte et "se sont plaints d'avoir été mal reçues dans un commissariat dans des affaires aussi graves, rien ne les empêchait de se diriger vers un autre commissariat, vers un service de gendarmerie, de s'adresser directement à l'IGPN ou directement au procureur".

Enfin, il met en cause Anna Toumazoff, la militante féministe qui a mis au jour l'affaire. "Si le ministre de l'Intérieur dépose plainte contre cette personne qui remet en cause notre travail, c'est regrettable car on aimerait l'apaisement. Mais si cette personne continue de mettre en doute et en cause le travail de la justice et de la police, il faudra prendre des dispositions adaptées et nécessaires."

Des psychologues pour aider les policiers ?

Pour les personnes qui se sont rassemblées à Montpellier ce dimanche, le but est de se faire entendre et que les choses évoluent. "On n'a eu aucune réaction, c'est le plus choquant. C'est un cri silencieux, ça résonne sans faire de vagues. C'est l'incompréhension, on ne pensait pas qu'il y avait un tel déni, un tel silence des politiques. Le gouvernement n'a pas réagi. On est révoltées", regrette Ann, qui propose des pistes. "Ce serait intéressant en école de police ou même après d'avoir des formations pour accompagner les victimes. On demande de la compréhension et de la compassion pour ne pas subir encore plus de dommages après de tels traumas." 

Marie abonde dans ce sens. "Des psychologues pourraient les aiguiller. C'est déjà un pas très très difficile de porter plainte, alors si on n'est pas reçues correctement avec le respect qu'on mérite... Le système a besoin d'être réparé, c'est peut-être le début de quelque chose d'important..." Après Poitiers et donc Montpellier, d'autres rassemblements de ce type, derrière le hashtag #Doublepeine, pourraient avoir lieu dans d'autres grandes villes de France.

* Les prénoms ont été modifiés.

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