Montpellier : la police mise en cause par des dizaines de victimes de violences sexuelles sur l'accueil au commissariat

L'activiste féministe Anna Toumazoff dénonce depuis la semaine dernière le traitement accordé à des dizaines de victimes de viol et de violences sexuelles par le commissariat de police de Montpellier. La préfecture de l'Hérault "condamne avec fermeté les propos diffamatoires" de la jeune femme.

Tout a démarré sur Instagram, ça s'est répandu sur Twitter. Jeudi 23 septembre, Anna Toumazoff, activiste qui a révélé des violences sexuelles au sein des Instituts d'études politiques et par les chauffeurs Uber durant des courses, a révélé sur Instagram le témoignage d'une jeune fille de 19 ans, "la nièce d'une amie", qui affirme avoir été violée le 9 septembre à Montpellier.

"En rentrant de soirée, elle attendait un tramway, éméchée. Elle a accepté de se faire raccompagner en scooter par un homme qui l'a suivi et l'a violée dans son hall d'immeuble", a déclaré Anna Toumazoff sur Instagram.

La polémique... de l'accueil et du respect

Le lendemain, la victime a demandé aux policiers du commissariat de Montpellier si elle pouvait déposer plainte aux côtés de sa mère, ce qui lui aurait été refusé, étant majeure. La policière, spécialisée pour accueillir ces victimes, qui l'a reçu lui aurait dit "si tu as bu, tu n'as pas pu dire non" et lui aurait demandé "si elle avait eu du plaisir". La plainte aurait été classée sans suite le 21 septembre.

La préfecture de l'Hérault a indiqué dans un communiqué mardi soir que "les rapports de police et le procès-verbal d'audition de l'affaire ayant servi de prétexte à cette dénonciation calomnieuse montrent clairement que les enquêteurs ont fait sérieusement leur travail, avec le respect qui s'impose".
"Je ne crois pas que demander à une victime de viol si elle a eu du plaisir fait partie de la procédure, ça va au delà de l'évaluation du consentement. Je préfère croire la victime que la police",
a réagi Anna Toumazoff, que nous avons joint ce mercredi matin.

Effet boule de neige

Depuis la révélation de ce premier témoignage, l'activiste aux 147 000 abonnés (sur son compte "memespourcoolkidsfeministes") a reçu des dizaines de message de femmes qui dénoncent l'accueil qui leur est réservé alors qu'elles portent plainte pour violence sexuelle.

Captures d'écran des messages des femmes à l'appui, Anna Toumazoff met en cause l'Hôtel de police de Montpellier. "Ce commissariat est la raison pour laquelle je n'ai plus jamais porté plainte (j'étais mineure au moment de ma tentative de dépôt de plainte)", "J'ai été victime d'une agression sexuelle il y a plus de 10 ans. Le type chargé d'enregistrer ma plainte a demandé "vous étiez habillée comme ça ?", "J'ai été porter plainte dans ce commissariat pour des faits similaires il y a de ça 3 ans et je n'ai jamais été traîné dans la boue avec autant de violence que là-bas...", peut-on lire sur Instagram.

Tout s'est accéléré lorsque l'activiste a reçu un message du maire de Montpellier, Michaël Delafosse, lui indiquant lundi soir : "Nous allons vous recevoir." Puis elle a publié mardi un thread (retweeté par quelque 3 700 personnes) sur Twitter, où elle possède près de 9 000 followers. Elle fait un résumé des dizaines de messages qu'elle a reçus depuis le début sur le sujet. "Au commissariat central de Montpellier, on demande aux victimes de viol si elles ont joui", "On explique aux victimes de viol qu'une personne qui a bu est forcément consentante", etc. est-il écrit sur Twitter.

Le préfet condamne des "propos diffamatoires", la police se défend

Dans un communiqué pour défendre les policiers, mardi soir, le préfet de l'Hérault Hugues Moutouh "condamne avec fermeté les nouveaux propos diffamatoires tenus récemment sur les réseaux sociaux par Mme Anna Toumazoff à l'encontre des fonctionnaires de police du commissariat de Montpellier". Il ajoute : "Les fausses informations qui ont pour seul objectif de discréditer l'action des forces de sécurité intérieure dans leur lutte quotidienne contre les violences sexuelles desserent la cause des femmes victimes." Le préfet de l'Hérault indique que le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, "se réserve la possibilité d'agir en justice face à cette nouvelle attaque publique hors de propos".

Sur Twitter, la police de l'Hérault a déclaré que "des propos sur le commissariat de Montpellier ne reflètent aucunement la réalité. Toutes les victimes sont accueillies, entendues et orientées avec professionnalisme". Et elle avance des chiffres pour prouver sa bonne foi : "En 2021, la cellule spécialisée dans les affaires de viol a traité 282 plaintes, 83 personnes ont été placées en garde à vue."

"La forme est choquante ! Ca ne suffit pas d'affirmer qu'ils sont engagés contre les violences sexuelles, il faut agir. Ils ont l'impression qu'on fait un procès politique contre les policiers, que l'on est un camp qui tape sur les policiers", précise Anna Toumazoff. "Bien sûr, il y a des commissariats en France où déposer une plainte pour violences sexuelles se passe bien. Mais pour la majorité, ce n'est pas le cas."

Elle ajoute qu'un tel communiqué peut décourager des potentielles victimes de témoigner. "Considérer ces témoignages en disant "OK, on fait quelque chose" donnerait un bon signal aux victimes."

Une réunion entre "Nous Toutes 34" et la mairie de Montpellier

Nous Toutes 34, engagé contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes, s'est emparé de l'affaire. Mardi soir sur Instagram, le collectif féministe a déclaré avoir été contacté par le maire de Montpellier "qui souhaite nous rencontrer avec le directeur de la police".

Anna Toumazoff va rester mobilisée sur ce dossier. "Je reçois des centaines de messages." Elle espère que le mouvement prendra de l'ampleur et que les réunions entre élus et associations déboucheront sur une éventuelle enquête interne au commissariat central de Montpellier.

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