Montpellier : Philippe Lucas et ses nageurs quittent le club, la Métropole "arrête les frais"

L'entraîneur star de natation Philippe Lucas quittera Montpellier après les Jeux Olympiques de Tokyo, emportant avec lui son équipe de nageurs de haut niveau. La cause de ce départ : un coût financier trop élevé, que la Métropole ne souhaite plus supporter.

Philippe Lucas entraînait son équipe à la piscine Neptune de la Paillade, à Montpellier. - (Hérault) - Archives de 2017
Philippe Lucas entraînait son équipe à la piscine Neptune de la Paillade, à Montpellier. - (Hérault) - Archives de 2017 © Maxppp / Vincent Lacour

Philippe Lucas, entraîneur de natation de haut niveau, quittera le 3MUC (Montpellier Méditerranée Métropole Université Club natation) après les Jeux Olympiques de Tokyo, qui auront lieu cet été. Accompagné de son équipe de nageurs, il rejoindra Martigues.

Implantée à Montpellier depuis 2017, la "team Lucas" s'entraînait au centre nautique Neptune, dans le quartier de la Paillade. Au fil des années, un impressionnant palmarès s'est constitué. Hélas, le coût de fonctionnement de cette équipe de haut niveau est devenu insupportable pour le club et pour la Métropole. Comment expliquer ce déficit ? 

Des sponsors frileux

Au fil des années, le 3MUC a vu son déficit se creuser. Le "business-plan" établi avant l'arrivée de Lucas accordait un large rôle aux sponsors. Or, ceux-ci se montrent rares et frileux. "On tablait sur 100 000€ de sponsoring par an. Mais dans les sports individuels, les sponsors s'engagent finalement assez peu", explique Philippe Jamet, président du 3MUC. "Dans les sports collectifs, il y a des rendez-vous réguliers, à domicile. Les sponsors s'y retrouvent financièrement. Mais nous, en natation, on a deux compétitions par an, ce n'est pas forcément rentable pour eux."

Dès la première année, on a vu que ce serait dur. Même en réussissant à récupérer 40 000€ de mécénat, on était loin du compte. L'année suivante, ça a continué dans ce sens. Sur 5 ans, notre déficit s'est creusé jusqu'à arriver à près de 500 000€

Philippe Jamet, président du 3MUC Natation.

En 2020, la Métropole intervient pour éponger ce déficit, à hauteur de 488 000€. "La Métropole nous a sortis du marasme, on les en remercie beaucoup d'ailleurs, çela a clairement sauvé le club. Mais ensuite, elle nous a prévenu qu'elle arrêterait les frais.", poursuit Philippe Jamet. 

Des coûts de fonctionnement trop importants

"Nous avons dégagé les moyens pour accompagner le club, à condition qu'il maîtrise ses dépenses. Mais avec une équipe de nageurs de ce niveau, les frais sont bien trop élevés", explique Christian Assaf, vice-président de Montpellier Méditerranée Métropole, délégué aux politiques sportives. 

Nous avons maintenu le club sous perfusion jusqu'au Jeux Olympiques pour ne pas perturber la préparation des athlètes et pour aider la natation, qui appartient au patrimoine de la ville. Mais après les JO, il nous faut revenir à un niveau de subventions plus normal.

Christian Assaf, vice-président de Montpellier Méditerranée Métropole, délégué aux politiques sportives

Avant l'arrivée de Philippe Lucas, les subventions annuelles accordées au 3MUC variaient entre 200 000 et 250 000 euros. A partir de l'installation de la "team Lucas", elles oscillent entre 400 000 et 450 000 euros. 

Pour Christian Assaf, les conditions d'accueil de Philippe Lucas n'ont pas été correctement évaluées par l'équipe précédente à la Métropole. "Les équipements de musculation dédiés, l'amplitude des horaires d'ouverture, les créneaux réservés... Ce sont des exigences totalement compréhensibles de la part d'une telle équipe, mais qui deviennent incompatibles avec le fonctionnement d'une piscine publique", détaille Christian Assaf.

L'échéance des Jeux Olympiques de Tokyo

Si les nageurs de l'équipe de Lucas le suivent à Martigues, Philippe Jamet espèrent que certains resteront licenciés au MUC. "On suit certains d'entre eux depuis des années, des liens forts se sont tissés". Le président du club se remémore avec émotion le palmarès obtenu au cours de ces années, notamment la médaille d'or de Sharon van Rouwendaal aux Jeux Olympiques de Rio en 2016, et son autre médaille d'or aux championnats d'Europe en 2018

Philippe Jamet souligne également la "belle relation de confiance et de respect" établie avec Philippe Lucas. "Pendant les entraînements, c'était intense. Le bassin fumait ! Il y avait des remontées de bretelles, mais toujours une très bonne ambiance", décrit-il. 

Pour l'heure, le club reste concentré sur les Jeux Olympiques de cet été. Quatre nageurs entraînés par Philippe Lucas sont déjà qualifiés : David Aubry, Sharon van Rouwendaal, Ergely Gyurta et Anastasia Kirpichnikova. "Nous serons évidemment les premiers supporters de l'équipe aux Jeux Olympiques", promet Christian Assaf. 

Quelles perspectives pour la natation montpelliéraine ? 

Le 3MUC ne compte pas renoncer pour autant au haut-niveau. "On savait faire avant Philippe Lucas, on saura faire ensuite !", sourit Philippe Jamet. "Avec lui, on était dans le top 3, 4... Peut-être qu'on va être dans le top 10-15, mais on remontera, on a les compétences. La structure du club est toujours là", avance-t-il, en rappelant qu'en 2013, le club montpelliérain se classait 8e au niveau national. 

Du côté de la Métropole, la natation de haut-niveau ne disparaît pas non plus avec Philippe Lucas. "Si les trois clubs de natation [3MUC, MPN et ASPTT] venaient à fusionner leur pôle élite, nous pourrions continuer de soutenir les nageurs olympiques de demain", projette Christian Assaf. 

 

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