"Nos patients sont devenus des clients", rencontre entre salariés et direction du groupe Inovie après l'enquête de Cash Investigation sur les "profiteurs de crise"

Réunion de crise, mardi 5 mars, au siège du groupe Inovie à Montpellier. La quasi-totalité des représentants du personnel et des délégués syndicaux étaient présents dans les locaux de Labosud. Spécialisé dans la biologie médicale, le laboratoire qui compte 530 sites essuie une période délicate après les révélations du magazine d’enquête de France 2, Cash Investigation, intitulé "profiteurs de crise".

Ils sont venus de l’ensemble des sociétés du groupe Inovie, près de 70 représentants du personnel et délégués syndicaux de toute la France étaient à Montpellier ce 5 mars.

Une réunion organisée avec la direction à cause d'une crise provoquée par les révélations du magazine d'information Cash Investigation. Notamment sur les propos du PDG lors d’une réunion de direction.

On entend un enregistrement fait à son insu lors d'une réunion des actionnaires, disant "bravo, on a atteint l'objectif. 1.000 salariés ont été poussés dehors". Ce sont des propos inacceptables !

Thierry Michelland, délégué syndical CGT Labosud.

Près de 15% des employés sont partis en un an

Depuis plusieurs mois, les élus dénoncent la dégradation des conditions de travail. En un an, sur 7.000 salariés, 1.000 ont quitté l’entreprise. En interne, la pression est toujours très forte.

"Le but serait de faire en sorte que les employés soient multitâches. Que les salariés qui prélèvent, enregistrent aussi les dossiers. Et que deviendraient les secrétaires ?" demande Elodie Devol, élue du conseil économique et social Bioaction.

Ils sont dans la quantité, le nombre quotidien de patients, le chiffre d'affaires, la rentabilité, voilà ! On est devenu un outil qui doit être rentable et nos patients sont désormais des clients.

Catherine Bellenoue, déléguée syndicale CFDT Biofusion.

Les salariés dénoncent des modifications de planning, des mutations imposées et une course à la rentabilité liée à l’arrivée d’une société française d’investissement au capital.

"S'ils avaient annoncé, dès le début, une rupture conventionnelle collective avec un but avoué de se séparer de 1.000 personnes pour faire baisser la masse salariale, cela aurait été certainement mieux vu que ces pressions qui ont été mises aux salariés pour les faire partir d'eux-mêmes" analyse Nelly Nieto, déléguée syndicale FO Bioaction.

Une réunion avec la direction

À l’issue de la réunion, les représentants du personnel déclarent attendre un nouveau départ. Ils exigent une réponse de la direction avant vendredi midi.

Selon leurs déclarations, ils ont pu échanger sur différentes problématiques et notamment sur la détérioration des conditions de travail sur l'ensemble du groupe. Des demandes de revalorisation de salaires ont également été évoquées.

"On nous a écoutés, reste à savoir si nous avons été entendus ?" conclut Thierry Michelland, délégué syndical CGT Labosud.

De son côté, la direction qualifie les échanges de constructifs et réaffirme son attachement à l’information et au dialogue avec ses collaborateurs.

"Nous sommes conscients que l’émission ait pu susciter chez certains collaborateurs une émotion légitime et des questions, et nous réaffirmons notre attachement à l’information et au dialogue avec nos collaborateurs. Toutefois, nous regrettons que Cash Investigation n’ait pas pris la peine de dévoiler nos échanges et nos réponses écrites à leurs questions. C’est pourquoi, le président du Groupe Inovie, Georges Ruiz, a proposé dès le lundi 26 février aux syndicats d’échanger sur le sujet et de faire acte de transparence" a précisé le Groupe Inovie dans un communiqué daté de 17h45, mardi 5 mars 2024.

Suite à ce communiqué, Claire Tesson, la journaliste de Cash Investigation qui a réalisé l'enquête sur les "profiteurs de crise" a tenu à préciser auprès de France 3 Occitanie que contrairement à ce qu'écrit le groupe Inovie, des extraits de leurs échanges ont été diffusés. Par ailleurs, Georges Ruiz a été interviewé à Montpellier dans le cadre de l'enquête, il avait donc la possibilité de faire valoir son point de vue et celui du groupe Inovie. Enfin, lors de cet entretien, une interview avec Elise Lucet a été évoquée, Georges Ruiz a d'abord répondu "ni oui, ni non" puis "pas de problème" mais il n'a plus jamais été joignable par la suite.