Procès Altrad-Laporte : la défense pointe "le fantasme de pacte corruptif" pour contrer les réquisitions du Parquet

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Ce mercredi 21 septembre 2022, s'est achevé le procès de Bernard Laporte et Mohed Altrad avec les plaidoiries de leurs avocats. Jugés pour corruption, ils ne connaîtront leur peine qu'en décembre prochain, date à laquelle le délibéré a été renvoyé.

Ce mercredi 21 septembre, l'heure était aux plaidoiries au procès Altrad-Laporte. Suite aux accusations de corruption qui ont conduit au tribunal Mohed Altrad (propriétaire du MHR) et Bernard Laporte (président de la FFR), trois ans de prison dont un ferme ont été requis.

Des peines injustifiées par les avocats des deux parties qui pointent un procès d'intention envers les deux piliers du rugby français. 

"On sent qu'il y a eu une manipulation" 


"Vous avez ici la parfaite recette de l'erreur judiciaire", a clamé Me Fanny Colin au nom de Bernard Laporte. Le président de la Fédération française de rugby est poursuivi au total pour six infractions.

"S'il y a bien un dossier où on sent qu'il y a eu une manipulation (...), c'est bien celui-là", exprime Me Antoine Vey dont le client Mohed Altrad, PDG du géant du BTP éponyme, pèse lui aussi dans l'ovalie : il sponsorise le maillot du XV de France et détient le club de Montpellier, champion en titre du Top 14.

Selon le Parquet national financier (PNF), les deux dirigeants auraient scellé un "pacte de corruption" en concluant un contrat d'image en février 2017 aux termes duquel M. Laporte a perçu 180.000 euros pour des prestations jamais réalisées. 

Ce dossier repose sur un fantasme de pacte corruptif, nourri par des préjugés sur la moralité des prévenus. On dit que Laporte, parce qu'il serait corrompu, veut vendre quelque chose à Altrad, mais on ne sait pas quoi.

Me Vey, avocat de Mohed Altrad

Me Colin creuse le même sillon : le contrat de 2017 ne saurait être un pacte corruptif parce que la rémunération n'a "rien d'inhabituel" pour un dirigeant comme M. Laporte mais aussi parce qu'il est "tout le contraire d'un acte secret" : il est conclu entre deux sociétés et inscrit dans leurs comptes. "En matière de dissimulation, on aurait pu faire mieux", ironise l'avocate.

Un sponsoring "désorganisé" 

Lié par ce "péché originel", selon l'expression du PNF, M. Laporte aurait rendu une série d'arbitrages favorables à M. Altrad : l'octroi du sponsoring maillot des Bleus en 2017-2018, une intervention pour réduire une sanction disciplinaire frappant Montpellier ou l'annulation d'un report de matches auquel l'entrepreneur était notoirement opposé.

S'agissant des conditions sinueuses dans lesquelles le sponsoring maillot du XV de France a été cédé, pour 6,8 millions d'euros, au groupe Altrad en octobre 2017, Me Vey plaide la "désorganisation" à la FFR.  "Mais est-ce anormal ? C'est la première fois qu'ils vendent un maillot".


Le PNF n'aurait toutefois rien pris de tout ça en compte, trop occupé "à dissimuler sciemment les éléments à décharge", accuse Me Colin.

Vers la prison et un retrait du monde de l'ovalie ?


Contre ces "atteintes à la probité", l'accusation a requis un an de prison ferme contre les deux hommes en réclamant l'interdiction, pendant deux ans, pour Bernard Laporte d'exercer toute fonction dans le rugby et pour Mohed Altrad de diriger une société. 

Selon Me Vey, il manque, pour cela, un élément fondamental : les preuves. "il n'y a pas de SMS, pas de mails, pas d'appels", dit-il. Sa consœur enfonce le clou en notant que "la moitié des interventions" reprochées à M. Laporte n'étaient "pas anticipables" en février 2017 au moment de la signature du supposé pacte de corruption, notamment l'affaire du report des matches (mars 2017).

Mais pour connaître l'issu du procès, il faudra encore patienter. Le jugement a été mis en délibéré au 13 décembre 2022.

Avec AFP.

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