Saint-Jacques-de-Compostelle : retraite spirituelle, défi sportif, quête de sens, ce pèlerinage qui a changé leur vie

En 2023, 446 035 pèlerins ont emprunté les chemins de Compostelle, atteignant ainsi un record. Nous allons suivre le parcours d'un marcheur pour comprendre ce phénomène de quête de sens qui ne connaît pas la crise. Enquête sur le phénomène.

Des siècles de pèlerinage

En marche vers le tombeau de Saint Jacques. Depuis des siècles, les chemins menant à Saint-Jacques-de Compostelle ne désemplissent pas. Le bureau d'accueil des pèlerins a délivré 446 035 certificats de pèlerinage en 2023. Ces titres sont principalement attribués à des Espagnols (44%), tandis que 10 119 Français ont emprunté les itinéraires menant au lieu de repos de Saint-Jacques.

Ce samedi 16 mars, Denis Clerc, journaliste à France 3 Occitanie, se lance dans l'aventure. Muni d'un sac à dos de 14 kilos, il commence son périple depuis Saint-Geniès-des-Mourgues, dans l'Hérault, en suivant le parcours du GR653 qui traverse Saint-Guilhem-le-Désert et Toulouse notamment.

Un périple de 1700 kilomètres pendant deux mois, avec pour objectif principal de faire de nombreuses rencontres. Pour ce sportif, il ne s'agit pas d'un défi mais plutôt d'une quête de sens après une rupture amoureuse. Il a toujours souhaité entreprendre ce chemin avant ses 60 ans.

Parmi les déclics, je suis tombé par hasard lors d’une balade près de chez moi sur des coquilles Saint-Jacques et cela m’a certainement soufflé l’idée.

Denis Clerc.

Dans ses poches, un coquillage qu’il compte déposer au tombeau de Saint-Jacques. Un symbole, mais aussi une manière de se retrouver face à lui-même. Habitué des randonnées, il a déjà préparé son matériel, notamment un bâton de pèlerin.

Nombreuses motivations

Ce voyage, souvent entrepris en solo (dans 50 % des cas), est à la fois intime, spirituel et sportif. Le Perpignanais et entrepreneur Charles-Henri Marraud des Grottes a tenté cette aventure après un épuisement professionnel. "Je suis parti la fleur au fusil sans préparation physique, un 26 juillet 2023."

Très rapidement, il s’achète du matériel en chemin et suit les conseils des pèlerins qui partagent son parcours. Pour ce quadragénaire, ce fut un périple de trois mois, découvrant des paysages à couper le souffle et un changement de vie. "J’ai eu l’opportunité de dormir dans des églises aménagées, dans un monastère, c’est juste incroyable."

Convivialité

Il existe en France environ 55 associations "jacquaires" et plus de 300 dans le monde pour se préparer à ce pèlerinage. Leur mission est de fournir des informations pour l’accueil des pèlerins. Certaines gèrent des hébergements, mais cela implique que les pèlerins achètent un passeport, le Credencial. Ce dernier permet aussi d'obtenir la Compostela (certificat de pèlerinage) à leur arrivée à Saint-Jacques-de Compostelle.

La Fédération qui regroupe les associations jacquaires conseille de réserver tôt et au fur et à mesure un hébergement. "Parfois, nous étions plus de 300 à parcourir le même chemin", précise Charles-Henri Marraud des Grottes, qui a justement choisi la période de forte affluence pour son périple. Lors de son voyage, il se remémore les rencontres inattendues et nous confie qu’il a parcouru de nombreux kilomètres avec d’autres marcheurs.

Sur le chemin, chacun partage des moments souvent difficiles ou heureux. Lorsque l’on s’embarque dans cette aventure, il faut être conscient que la météo peut aussi être capricieuse. Fortes chaleurs, pluies intenses et orages font partie des conditions à prendre en compte. Pour faciliter l’organisation de son voyage, un cahier de pèlerin est remis aux adhérents des associations jacquaires.

Profil des pèlerins

La découverte de la tombe de l’apôtre Saint-Jacques, fils de Zébédée, vers 830, s'est rapidement répandue dans tout l’Occident. Dès le Xe siècle, des pèlerins étrangers étaient attestés à Compostelle.

Depuis, le profil des marcheurs a évolué. La fédération Compostelle France a dressé leur portrait-robot. Un public majoritairement féminin. 62% des pèlerins ont plus de 56 ans mais il y aurait autant d’actifs que de retraités. Ils sont principalement des cadres supérieurs et des professions libérales.

Les marcheurs réalisent 26 km par jour en moyenne pour une durée de voyage de 28 jours en moyenne. Si plusieurs itinéraires existent, la voie partant du Puy-en-Velay (Haute-Loire) reste toujours la plus populaire. L’an dernier, France Compostelle estime que 20 000 personnes l’ont empruntée. Un voyageur dépense en moyenne 46 euros par jour pour se loger et se nourrir.

L’expérience transforme

Le réseau d’itinéraires de près de 1500 km est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1993. Lors du parcours, les pèlerins ont l’opportunité d’explorer le patrimoine culturel et de vivre une communion avec la nature. Selon l’association Les Amis des Chemins de Saint-Jacques en Occitanie, la permanence de la basilique de Saint-Sernin à Toulouse a accueilli 727 pèlerins.

À l’arrivée à Compostelle, les pèlerins obtiennent la compostela, leur diplôme de pèlerin, à condition de présenter les tampons des 100 derniers kilomètres sur leur passeport de pèlerin. Instaurée au XIVe siècle, la Compostela est un certificat officiel de l'Église délivré par le Bureau des Pèlerins de la cathédrale de Compostelle. Les marcheurs ne se mettant pas en route pour des motifs religieux ou spirituels recevront un certificat différent.

Chaque marcheur a son propre vécu pour ce périple. En plus de la belle randonnée, certains peuvent vivre une expérience inoubliable. Après 1300 kilomètres et trois mois sur les chemins de randonnée, Charles-Henri Marraud des Grottes a le sentiment d’avoir trouvé une paix intérieure. Il n’est pas croyant, mais il a déposé la photo de sa sœur disparue seulement quelques années plus tôt.

J’ai lutté pendant trois mois, je me suis retrouvé face à moi-même et une fois à l’arrivée, j’ai pleuré. Je me suis rendu compte que je pouvais maintenant tout faire. Aujourd’hui, je suis changé et je comprends que plus rien ne sera inaccessible.

Charles-Henri Marraud des Grottes

Comme les pèlerins, après son périple, Charles-Henri Marraud des Grottes a pris place dans un bus qui l’a reconduit à la gare. Depuis son voyage, il a repris ses activités qu’il gère depuis 2020.