Sécheresse : les abeilles désemparées par la nouvelle odeur de la garrigue méditerranéenne

Un manque d'eau, même modéré, modifie l'odeur des fleurs et le comportement des pollinisateurs. Cela perturbe les abeilles notamment mais en plus de la sécheresse, cette année, la canicule et la chaleur accentuent le phénomène.

Pour repérer les fleurs, les abeilles cumulent les indices. Elles se servent de leurs formes, de leurs tailles, de leurs couleurs et... de leurs odeurs. Or quand elle manque d'eau, la garrigue méditerranéenne change de parfum. C'est ce qu'ont prouvé des chercheurs de l'Unité mixte de recherche de l'Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie dans une étude parue la semaine dernière.

Une sécheresse, même modérée, modifie l’odeur de toutes les plantes qu’on a testées.

Benoît Geslin, docteur en écologie.

Pour étudier l'impact de la sécheresse, les scientifiques ont installé une vingtaine de plateformes munies de gouttières dans la garrigue. Sous les dix premières, l'eau tombe au sol normalement. Les autres évacuent environ 12% de l'eau de pluie.

Un avant-goût de la catastrophe

L'étude a été menée en 2018, une année "particulièrement humide" pointe Benoît Geslin, l'un des auteurs. Et pourtant, les résultats sont flagrants. "Même avec seulement -12% de pluie, la garrigue ne sent plus du tout la même chose!, alerte le chercheur. Ce qu’on montre là, ce n’est qu’un avant-goût de ce qui va se passer."

Non seulement une sécheresse comme celle qui frappe actuellement la France aura des effets bien plus importants, mais une baisse de 12% des précipitations est un scénario plus qu'optimiste. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) estime que d'ici 2050, ce sont 20 à 30% de précipitations en moins qui arriveront au sol.

La sécheresse perturbe directement les plantes : les chercheurs ont pu démontrer que moins arrosé, le thym produisait quatre fois moins de nectar. Le manque d'eau modifie aussi les interactions entre les différentes espèces : les abeilles domestiques ont moins visité les fleurs qui avaient reçu moins d'eau.

Chaleur, pollution, pénurie d’eau : un cocktail potentiellement explosif

En Angleterre, des chercheurs étudient l'influence de sécheresses plus importantes. Mais le manque d'eau n'est qu'un des facteurs qui impacte les écosystèmes et les pollinisateurs. "On n’a pas étudié les effets de la chaleur, or chaleur et sécheresse sont deux choses très différentes, explique Benoît Geslin, qui précise qu'il est très difficile de simuler la chaleur ou le froid.

Les vagues de chaleur et les canicules peuvent aussi s’accompagner de pics de pollution à l’ozone. Or, une autre étude a démontré que, perturbées par la pollution à l’ozone, les abeilles ne se rappellent plus comment faire la différence entre les parfums des fleurs. "Elles sentent moins bien, et en plus la garrigue sent différemment", résume le docteur en écologie.

"Tous ces facteurs combinés, on ne sait pas ce que ça va donner, alerte Benoît Geslin. C'est une petite bombe pour les pollinisateurs et pour les fleurs."
Une bombe aux conséquences dévastatrices : les pollinisateurs sont indispensables à la reproduction de très nombreuses plantes sauvages et participent à plus de 30% de la production agricole.