Violences sexuelles. "Ma fille, cache-toi sous une voiture, ne bouge pas, ne respire pas" : Alexandra Lamy se livre pour aider les victimes

Alexandra Lamy a présenté mercredi à Montpellier "Touchées", un téléfilm consacré à la difficile reconstruction des victimes de violences sexuelles. La comédienne et réalisatrice a répondu avec sincérité aux questions de collégiens et lycéens et partagé, pour la première fois, une expérience douloureuse.

"Touchées", c'est d'abord une bande dessinée de Quentin Zuttion. L'histoire de femmes qui ont essuyé des violences sexuelles et qui tentent de se reconstruire grâce à un programme d’escrime thérapeutique. C'est cette BD qu'Alexandra Lamy a mise à l'écran en tant que réalisatrice. Un téléfilm qu'elle est venue présenter mercredi 24 janvier 2024 au cinéma Diagonal à Montpellier aux côtés de Diariata N’Diaye, la cofondatrice de l’association Résonantes.

"On n'est pas victime toute sa vie"

Objectif : sensibiliser des collégiens et lycéens aux violences sexistes et sexuelles en utilisant l'art. Ils étaient plus de 300 ce mercredi matin dans la salle obscure. Après la projection, les jeunes sont invités à s'exprimer et à échanger avec Alexandra Lamy et Diariata N’Diaye. "Ça permet de gagner du temps parce qu'ils ont déjà plein de questions, explique Alexandre Lamy. On a un vrai échange, c’est mieux que d’arriver dans une classe et dire ‘on va parler violence’. Là, le support de l’art permet d’échanger tout en gagnant du temps."

"On a eu pas mal beaucoup de films sur la violence elle-même, poursuit la comédienne et réalisatrice. Et moi, j’avais envie de faire un film sur la reconstruction. De se dire qu’on peut se reconstruire, qu’on n’est pas victime toute sa vie et qu’un jour on peut dire ‘j’ai été victime et je me suis reconstruite'. C’est montrer aussi que le chemin est long."

Diariata N’Diaye confirme que "le sport et l’art, ce sont aussi des moyens qui peuvent accompagner les femmes victimes de violences et qui permettent de gagner du temps. L’écriture permet des choses extraordinaires. On va faire ressortir ses émotions, on va dire, on va quand même créer quelque chose de beau. L’étape d’après, c’est d’aller le partager. Et ça, concrètement, ça permet de gagner des années de thérapie."

"Ce qui est terrible pour la victime, c’est la honte"

A la comédienne, une jeune femme demande pourquoi elle tenait tant à évoquer le thème de la reconstruction des victimes. Debout devant l'écran du cinéma, Alexandra Lamy se livre : "Quand j’ai démarré en tant que comédienne, je suis montée à Paris et j’avais un metteur en scène qui me harcelait. Et j’ai vécu ça de façon extrêmement violente."

"Un jour, il a voulu me bloquer dans un parking et je me suis cachée sous une voiture. Et j’ai appelé mon père. C’était horrible parce que moi j’étais à Paris, mon père était à Alès. Et c’était horrible d’avoir mon père au téléphone qui ne savait pas quoi faire parce qu’il était à 700 km et qu’il me disait ‘ma fille cache-toi sous une voiture, ne bouge pas, ne respire pas, ne parle pas’. Et ça m’a traumatisée."

Un jour, il a voulu me bloquer dans un parking et je me suis caché sous une voiture.

Alexandra Lamy

La comédienne explique avoir passé ensuite "trois mois de théâtre avec lui" : "ça a été assez horrible parce qu’évidemment, j’étais une jeune comédienne, c’était un metteur en scène très connu. Pendant que je jouais, il n’hésitait pas à me mettre une main aux fesses, n’hésitait pas à en profiter. C’est la première fois que j’explique ça."

Ce qui est terrible pour la victime, c’est la honte. C’est quand même dingue de se dire que quand on est victimes, on a honte de le dire.

Alexandra Lamy

La comédienne d'Alès avoue raconter cet événement pour la première fois en public. "Et en le disant, j’ai ressenti un truc, comme si j’avais un peu honte. J’ai 50 balais, j’ai mis encore du temps à en parler, j’ai peur de ce que ça renvoie. C’est fou, il y a une honte. On a le droit de parler, ce n’est pas nous, ce n’est pas notre faute !"