Quatre morts suite aux inondations meurtrières de Lamalou-les-Bains : le maire renvoyé en correctionnelle

Les inondations de septembre 2014 à Lamalou-les-Bains avaient provoqué la mort de quatre personnes. / © Pierre Saliba / Maxppp
Les inondations de septembre 2014 à Lamalou-les-Bains avaient provoqué la mort de quatre personnes. / © Pierre Saliba / Maxppp

Les inondations de septembre 2014 à Lamalou-les-Bains avaient provoqué la mort de quatre personnes. Le procureur de Béziers a requis le renvoi de l'ex-maire de la ville devant le tribunal correctionnel pour "blessures et homicides involontaires."

Par Olivier Le Creurer

Dans la nuit du 17 au 18 septembre 2014 une violente crue de la rivière Bitoulet avait provoqué la mort de quatre personnes à Lamalou, station thermale des Cévennes méridionales, à 35 km au nord de Béziers. Une mère et sa fille étaient retrouvées mortes dans leur camping car, un homme près de sa caravanne et un autre homme sur un rond point en dehors du camping.


Une forme de torrent s'est formée à l'intérieur du camping et a emporté les caravanes et les camping-cars. (Préfet de l'Hérault, septembre 2014)


"Une brusque montée subite des eaux vraisemblablement due à la rupture d'un embâcle. Une forme de torrent s'est formée à l'intérieur du camping et a emporté les caravanes et les camping-cars" avait expliqué expliqué le préfet de l'Hérault, Pierre de Bousquet. 156 personnes, des curistes ont été mises en sécurité cette nuit à Bédarieux, la commune proche. Selon Météo France, il est tombé 300 mm de pluie à Lodève, 400 mm à St Hippolyte du fort.

Une première instruction ouverte pour homicides et blessures involontaires avait conclu l'absence de fautes de la part de la municipalité. Mais un nouveau juge d'instruction avait repris l'affaire et entendu le maire de l'époque Philippe Tailland, son prédécesseur Marcel Roques et quatre employés municipaux. Tous étaient alors mis en examen pour homicides involontaires en novembre 2016. "Je vais me battre pour minimiser les fautes. Défaut zéro ça n'existe pas mais défaut 90% non plus. Entre les deux, il y a un juste milieu. Je vais tout faire pour prouver ma bonne foi," expliquait alors Philippe Tailland.

Des responsabilités il y en a mais il ne faut pas les mettre toutes sur la même personne.  (Présidente de l'associaton d'entraide des Lamalousiens face aux inondations, novembre 2016)


"Il est temps de dire pourquoi cette vague est arrivée en l'espace de 5 minutes sur Lamalou et pourquoi elle a déferlé. (...) Des responsabilités il y en a mais il ne faut pas les mettre toutes sur la même personne," réagissait Evelyne Nardou, présidente de l'associaton d'entraide des Lamalousiens face aux inondations. Installé en 1982, le camping municipal était dans une zone déclarée inondable en 1989, tout comme une résidence et des lotissements voisins. 

Après ce drame, la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal avait appelé à passer au crible les mesures de sécurité dans quelque 2.200 campings exposés à de tels risques.
 

Fautes caractérisées


Le procureur de la République de Béziers vient de requérir le renvoi devant le tribunal correctionnel du maire de l'époque Philippe Tailland, des chefs de blessures et d'homicides involontaires, en raison de fautes caractérisées. Il évoque "des carences évidentes, tout d'abord dans l'évaluation du phénomène des précipitations s'étant abattues sur Lamalou les bains au cours des journées des 16 et 17 septembre 2014, dans la surveillance ensuite de ce phénomène, et enfin dans l'absence de décision que, pourtant, la situation commandait." 

Le défaut du déclenchement du plan de sauvegarde communal, et d'autre part, de l'évacuation du terrain de camping, mesures qui s'imposaient... (Procureur de la République, août 2019)


Yvon Calvet, qui n'est plus le procureur de la République de Béziers depuis fin août 2019, précise que "quelques mois seulement avant les faits, le défaut, d'une part, du déclenchement du plan de sauvegarde communal, et d'autre part, de l'évacuation du terrain de camping, mesures qui s'imposaient au regard des précipitations tout à fait exceptionnelles qui s'étaient abattues au cours des journées des 16 et 17 septembre 2014, constituent des fautes caractérisées devant être retenues à l'encontre de Philippe Tailland, au regard de la connaissance qu'il avait nécessairement des risques d'inondation en raison de ses responsabilités passées d’élus communal et de sa domiciliation continue sur la commune depuis plusieurs décennies.

Non-lieu requis pour les autres mises en examen


En revanche, un non-lieu a été requis au bénéfice des cinq autres personnes qui étaient également mises en examen. Ce réquisitoire définitif a été notifié ces derniers jours aux mis en examen et aux parties civiles, plus de quatre ans après les faits. "Philippe Tailland et son avocat Maître Josy-Jean Bousquet ont prévu de se rencontrer dans les prochains jours pour préparer leurs observations au magistrat instructeur," nous a expliqué l'entourage de l'ancien maire.

Toutes les parties pourront faire de même. Le magistrat instructeur décidera ensuite s'il clôture l'instruction en renvoyant, ou pas, devant le tribunal correctionnel, une ou plusieurs personnes mises en examen.
 

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