Bagnols-sur-Cèze : l'UMP et Copé en meeting

Pour certains militants gardois de l'UMP, le FN et Marine Le Pen ne sont "pas le diable".

Mercredi soir, meeting UMP de Jean-François Copé dans le Gard, seul département qui a placé Marine Le Pen en tête (25,5%) au premier tour de la présidentielle. Dans l'assistance, des militants UMP pensent qu'il faut "trouver un terrain d'entente" avec la présidente du Front national car "c'est quand même pas le diable !"

A quatre jours du premier tour des législatives, 200 militants sont venus à la réunion publique, en plein air, à Bagnols-sur-Cèze, petite ville du Gard rhodanien, où le secrétaire général de l'UMP est venu soutenir le député de la 3e circonscription, Jean-Marc Roubaud.

Pourquoi un tel score du FN sur ces terres ? "Parce qu'il y a énormément d'étrangers !" affirme René Forat, ex-militant RPR aujourd'hui encarté UMP, qui ajoute: "Tenez, à Bagnols, il y a 67% de logements sociaux et c'est en grande majorité des étrangers".

Il n'a "jamais" voté FN. Mais, en cas de duel PS/FN, il serait "bien embêté".

"Grand point d'interrogation... mais je veux pas voter socialiste !", confie-t-il avant de juger qu'à "long terme, mais pas tout de suite", il faudra réfléchir à un rapprochement UMP-FN. "Il faut espérer que le père (Jean-Marie Le Pen, ndlr) disparaisse pour qu'on puisse commencer à discuter avec des gens raisonnables".

"Marine Le Pen, c'est quand même pas le diable ! Elle est moderne et pas dangereuse", acquiesce Michèle. "Pourquoi on serait plus cons que les socialistes, qui s'allient bien avec Mélenchon et compagnie ?"

A la tribune, M. Copé, s'il redit son refus de la moindre alliance avec le FN, se taille un franc succès en renvoyant dos à dos "Front national et Front... de gauche". "D'ailleurs, ça commence pareil !"

M. Roubaud, lui, chauffe l'assistance avec des thèmes qui font mouche: "Est-ce que vous voulez, vous les patriotes, le vote des étrangers dans notre pays ? Est-ce que vous voulez la régularisation des sans-papiers ?". "Non !" répondent en choeur les militants. "Plus fort !", exhorte-t-il.

"Ils ont beau dire ce qu'ils veulent", à Paris, "à un moment, on va bien trouver un terrain d'entente" avec le FN, prédit Jacques Laurence, 69 ans, de Laudun-L'Ardoise.

Encarté à l'UMP mais "déçu" par le quinquennat Sarkozy, il a voté Le Pen au premier tour, pour "marquer le coup".

"Je suis pas d'accord avec mon copain", lance à ses côtés Jean-Luc Tranier, enseignant à la retraite. "L'objectif du FN, c'est de faire éclater l'UMP" et, pour lui, "impossible" de voter FN. Au nom des "valeurs", dit-il en citant "l'immigration" et "la politique économique", et aussi parce que "l'entreprise Le Pen, c'est une PME pour se faire des ronds".

Chez les plus jeunes, "ça ne dérangerait pas plus que ça" Johanna Lucca, étudiante de 20 ans, que l'UMP noue des alliances avec le FN. "Economiquement parlant, je ne suis pas d'accord avec eux mais socialement et sur l'immigration, oui. A Bagnols, on ne peut pas sortir sans se faire insulter par les étrangers".

De l'autre côté du Rhône, dans le Vaucluse, même son de cloche à la permanence, à Orange, de la candidate UMP Bénédicte Martin. Pour le président de son comité de soutien, Pierre Rochette, "ami" du "bon maire" d'extrême droite de la ville, Jacques Bompard, le fort vote FN, c'est parce qu'il y "a trop d'Arabes qui nous emmerdent du matin au soir".

"C'est une connerie, à ses yeux, de refuser toute alliance avec le Front. On est tous à droite, non ?". Mais, se rassure celui qui, en cas de duel gauche/FN, voterait FN, "on devrait y arriver car Marine est beaucoup moins sectaire que Jean-Marie Le Pen".

Il se targue d'avoir été "un précurseur", en 1983, quand il avait proposé une alliance aux municipales à M. Bompard, alors membre du FN.