Le Conseil d'Etat suspend la procédure d'admission en 1ère année de médecine

Le conseil d'état demande au gouvernement de revoir sa copie du concours d'entrée en médecine. La réforme engagée à la rentrée 2020 en limitait l'accès, aux bacheliers privilégiant l'ancien numerus clausus et les redoublants.

"On n'a eu qu'une semaine de révisions, contre un mois les années précédentes".
"On n'a eu qu'une semaine de révisions, contre un mois les années précédentes". © FTV

La réforme qui devait faire du bien, soigner, réparer les dégâts occasionnés par l'ancien cursus Paces pour l'entrée en médecine, serait elle en train de passer de vie à trépas? 

Saisi par cinq étudiants de Pass -le nouveau cursus- de la faculté de Montpellier, le juge des référés du Conseil d’Etat a ordonné, dans une décision du 28 avril, la suspension de l’exécution de l’arrêté du 25 janvier 2021, qui avait fixé à 6 509 (chiffre national) le nombre d’étudiants de Paces autorisés à poursuivre leurs études en médecine, odontologie, pharmacie et maïeutique à la rentrée 2021.

Les étudiants montpelliérains à l'origine de cette saisine estiment que la cohabitation passagère des nouveaux étudiants avec les redoublants de l’ancien système Paces crée une concurrence déloyale. La suppression du numérus clausus tant décrié au profit d'un numerus apertus, bénéficie cette année aux redoublants qui ont plus de places réservées que les néo-entrants des filières Pass (Parcours Accès Spécifique Santé) et LAS (Licence avec Accès Santé). 

Le juge des référés a donné en partie raison à ses 5 étudiants, estimant que l’arrêté du 25 janvier 2021 laissait « un nombre de places résiduel » aux étudiants actuellement en Pass et qu’« un doute sérieux » apparaissait quant à la légalité de ce texte, qui se fonde uniquement sur les taux de réussite en Paces pour fixer le nombre de places disponibles en deuxième année, sans prendre en considération les places qui seront réservées aux Pass et aux LAS

communiqué du collectif PASS LAS
communiqué du collectif PASS LAS © collectif PASS LAS

Deux réformes se chevauchent

La réforme des études médicales est passée d’une Paces avec un numerus Clausus simple mais rigide, à un système complexe et flexible numerus apertus système Pass et LAS. L’accès aux études des filières MMOPK (médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie et Kiné) peut se faire désormais via deux parcours : le Pass(environ 60% du numerus apertus) et les LAS (environ 40% du numerus apertus).

Une centaine d'étudiants en médecine et de parents d'élèves avaient manifesté devant la faculté de médecine contre les conséquences de la mise en place de la réforme des études de santé, en mars 2021.
Une centaine d'étudiants en médecine et de parents d'élèves avaient manifesté devant la faculté de médecine contre les conséquences de la mise en place de la réforme des études de santé, en mars 2021. © C.Monteil / FTV

La fameuse première année de médecine, aussi connue sous le nom de Paces, a laissé place à une nouvelle organisation du début des études de médecine dans le cadre du plan "Ma Santé 2022" avec l'objectif alors avoué du gouvernement, d'augmenter de 20% le nombre de médecins et accueillir des profils plus variés.

Et c'est là que les étudiants néo-entrants rigolent ! En fait, les places ne seront jamais aussi rares que cette année et le niveau aussi relevé.

"Quand un 16 de moyenne vous assurait d'entrer en seconde année sans avoir à passer les oraux, la même note à Montpellier cette année ne vous assure même pas une place en dentaire" dixit un parent d'étudiant.

Selon les organisations étudiantes en Santé, la réforme est en train de passer à côté de ses objectifs

La réforme des études de santé a bouleversé la formation des étudiants de première année qui doivent choisir entre deux licences. Depuis la mise en place de ce nouveau dispositif, certains étudiants sont angoissés par la charge de travail et le flou qui subsiste sur la sélection. La réforme n'aurait donc rien changé à leur condition d'étude, si l'on en croit certains témoignages d'étudiants et de parents, mais au contraire aurait renforcé ce sentiment de mur qui se dresse devant eux pour obtenir le fameux concours qui leur donne le droit d'entrer en médecine ou dans la filière de leur choix. 

Selon les organisations étudiantes de santé comme l'ANEMF (Association Nationale des étudiants en Médecine de France) les universités se sont contentées de transposer en PASS le programme de la PACES à l’identique ou un peu allégé.  

En Pass, la charge de travail reste la même qu’en Paces, mais avec la mineure en plus. Résultat : les étudiants, surchargés, délaissent leur mineure, afin de se concentrer sur les enseignements de santé pour le PASS et inversement pour les L.AS 

ANEMF, Association Nationale des Etudiants en Médecine de France

Communiqué de presse AMUF
Communiqué de presse AMUF © AMUF

Il faut plus de capacités d'accueil : mais les places à l'université ne sont pas extensibles

Destiné aux seuls étudiants redoublants de l’ex-première année commune aux études de santé (Paces), ce nombre d’admis maximal défini de manière nationale a laissé place à des numerus apertus, issus de négociations locales entre facultés et agences régionales de santé (ARS), conformément à la réforme des études de santé mise en œuvre cette année. 

Avant la réforme, les étudiants avaient la possibilité de « redoubler » la Paces pour se présenter aux concours une 2ème année, voire une 3ème pour certains, et ce, sans avoir de malus. Dorénavant, il est impossible de redoubler en PASS si l’étudiant ne passe pas en deuxième année de médecine. S'il existe bien une deuxième chance en passant à la fin de leur première année de Pass directement en deuxième année de LAS, ces étudiants voient leur pourcentage de réussite au concours de médecine passé de 70% à 30%.

Il faut absolument que les ministères concernés permettent aux universités d'ajouter aux capacités d'accueil actuelles un nombre de places exceptionnel qui correspondent au numérus clausus résiduel (Paces) afin de garantir l'égalité des chances. Le principe de la seconde chance est un leurre

Le collectif Pass LAS de Nîmes Montpellier

En fait le collectif  reproche aux ministres concernés de ne s'être préoccupés que du sort des redoublants "Paces" de l'ancien système. Pour le collectif, "il aurait fallu intégrer, la promotion actuelle de néo-entrants plutôt que de leur réserver un concours à part."

Avec la réforme engagée à la rentrée 2020, les deux systèmes, l'ancien et le nouveau se chevauchent. Le flou subsiste donc quant au nombre de places ouvertes pour la poursuite des études dans les filières de la Santé. 

D'autant que les capacités d'accueil, qui auraient dû être publiées en mars 2020, au moment des choix d’orientation des lycéens, ne l’ont pas été. Pire : elles ont été publiées avec un an de retard, le mois dernier. Les étudiants en Pass LAS ont donc travaillé une grande partie de leur année universitaire, sans savoir le nombre de places qui leur serait attribué. Une situation difficile à vivre, alors qu’ils n’ont plus le droit de redoubler.  

Et c'est bien là que le bât blesse. Si le nombre d’étudiants admis dans ces cursus, restera toujours limité, déterminé par les universités en lien avec les ARS (Agences régionales de santé) en fonction des besoins des territoires, mais aussi dans la limite des capacités de formation des universités, il aurait fallu en cette année de pandémie, que le numérus apertus soit connu bien en amont. Trop de bacheliers se sont orientés sans savoir. 

Il faut impérativement selon le collectif Pass LAS que les néo-bacheliers puissent avoir un maximum de places pour éviter la perte de deux années d'études. La seconde chance permettant la réorientation, mais ne donne accès qu'à un nombre restreint de place. Sauf que cette année, la première chance de la promotion 2020 est sacrifiée par la gestion des doublants. Et certaines sont déjà surchargées.

communiqué PASS LAS Nîmes Montpellier

Plusieurs universités de médecine ont aussi fait des recours devant des tribunaux administratifs pour demander également la suspension de l'arrêté. Si cette décision du Conseil d'Etat est une première étape, elle risque fort d'être insuffisante. Pour les étudiants qui ont commencé leurs épreuves, cette situation est compliquée à vivre. 

Les ministres de la solidarité et de la santé et de l’enseignement supérieur devraient prendre un nouvel arrêté d'ici peu. Mais pas sûr que celui-ci suffise à calmer une situation tendue dans les universités et dans les têtes.

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