Entretien avec le directeur général de Railcoop, Nicolas Debaisieux : "Je crois toujours en notre projet"

Faute de clients et de volumes suffisants, Railcoop a décidé d'arrêter son activité de transport de marchandises pour se concentrer sur sa ligne de transport de voyageurs entre Bordeaux et Lyon. Explications de Nicolas Debaisieux, directeur général de la coopérative.

Il y a presqu'un an et demi, le 15 novembre 2021, le premier train de fret de la coopérative Railcoop entrait en gare de Capdenac (Lot). Mais la société a préféré arrêter le transport de marchandises par manque de clients et de volumes pour se concentrer sur sa ligne de transport de voyageurs entre Bordeaux et Lyon prévue pour 2024. Nicolas Debaisieux, directeur général de Railcoop, nous explique plus en détails cette décision.

France 3 Occitanie : Pourquoi stopper l'activité fret, lancée en novembre 2021 ? Railcoop a-t-elle été lancée trop tôt ?

Nicolas Debaisieux, directeur général de Railcoop : Cela a pris beaucoup de temps pour trouver les clients et pour faire en sorte que la ligne soit rentable. Nous avions de bonnes perspectives mais elle ne l'était toujours pas. Le début d'année a été très compliqué : nous avons eu l'effondrement de notre bâtiment à Capdenac, les grèves qui ont impacté la circulation et nous n'avons pas eu les volumes que nous attendions à traiter... Tout cela mis bout à bout, nous avons conclu que cette activité nous brûlait trop de cash. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de potentiel sur le territoire mais rien ne pouvait être fait à court terme. Railcoop n'a pas été lancée trop tôt. Le fret nous a quand même permis de démontrer que nous pouvions faire rouler des trains, et ce de façon sûre.

France 3 Occitanie : Cap à présent sur le projet de la ligne de transport de voyageurs entre Bordeaux et Lyon ?

Nicolas Debaisieux, directeur général de Railcoop : Nous allons commencer par un aller-retour quotidien car aujourd'hui le ferroviaire est très capitalistique, et il est difficile de trouver des capitaux. L'arrêt du fret va nous permettre de réduire un certain nombre de dépenses mais cela va aussi limiter notre capacité à réaliser du chiffre d'affaires. Nous avions par conséquent reporté ce service voyageurs, nous décidons maintenant d'avancer sur nos fonds propres pour démontrer qu'il y a un marché du ferroviaire sur ces territoires. Il y a peu d'engagement de la puissance publique pour développer le ferroviaire sur des transversales comme la nôtre. Les acteurs financiers classiques comme les banques attendent de voir ce qu'il va se passer car c'est un nouveau marché.

Nous ne venons pas concurer la SNCF puisque nous utilisons des lignes où elle ne va plus. Il y a des segments de marché où la SNCF ne peut pas être viable mais où d'autres entreprises peuvent l'être. Sur le fret, aujourd'hui, plus de la moitié des entreprises sont privées. Fret SNCF représente moins de 50% du marché ferroviaire français. Il y a donc des possibilités pour d'autres acteurs de venir sur le marché.

France 3 Occitanie : Il y a donc de la place pour d'autres opérateurs à côté de la SNCF ?

Nicolas Debaisieux, directeur général de Railcoop : J'y crois toujours. Le ferroviaire se développe fortement. Entre 2019 et 2021, la croissance du nombre de voyageurs chez la SNCF est de 20%. Il y a donc une attente très forte à cause notamment du coût de l'énergie, il faut des mobilités alternatives. Il y a aussi ce besoin pour la transition écologique des territoires. Si on ne pense pas à la mobilité ferroviaire, il y a un vrai problème. Certains sites touristiques comme le Puy du Fou ne conçoivent d'ailleurs leur développement touristique qu'à travers les connexions ferroviaires. Certaines lignes rouvrent car il y a une perspective de dire que la mobilité de demain sera une mobilité ferroviaire.

Ecrit par Justine Salles et Paul-Etienne Zahn.