Journées du Patrimoine : la bibliothèque patrimoniale de Cahors, un héritage de la Révolution pour le peuple

La bibliothèque patrimoniale de Cahors est un joyau qui recèle des trésors. Dans l'intimité de ce palais de style néoclassique, on trouve 40.000 ouvrages qui ont une histoire singulière et font l'Histoire de la pensée depuis le XIIème siècle. Voyage en terre d'infinies connaissances...

Des manuscrits datant de l'époque médiévale aux estampes, cartes et plans, le fonds ancien de la bibliothèque patrimoniale de Cahors comporte 40.000 documents dans un élégant bâtiment inspiré des palais du XVIIIe siècle. Cet ensemble, inscrit à l'inventaire des Monuments historiques, accueille le public pour les Journées Européennes du Patrimoine, ce 18 et 19 septembre 2021.

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"L'enjeu de ces journées cette année est la culture pour tous, ce qui nous relie directement à l'histoire de ce lieu", se réjouit Marie-Noëlle Andissac. À peine nommée, la conservatrice du réseau de lecture publique du Grand Cahors est déjà sous le charme de ce lieu envoûtant. "Le fonds de la bibliothèque patrimoniale est directement issu de la confiscation des biens du clergé et de la noblesse par les révolutionnaires. L'enjeu était l'émancipation du peuple par la mise à disposition du savoir".

C'est ainsi qu'en 1790 est née cette bibliothèque dédiée à tous. Elle a été relogée en 1905 dans un écrin de style néoclassique imaginé par l'architecte Rodolosse. De l'extérieur, la magnifique bâtisse, située au coeur de la ville abrite des collections exceptionnelles : des manuscrits médiévaux (les plus anciennes traces d’écriture de l’Humanité) dont un exemplaire du XIIe siècle consacré à l'ancien et au nouveau testament, des incunables (livres imprimé avant 1500), des estampes, des cartes, des plans et des journaux.

Jalons de l'intelligence collective

"On est devant des jalons de la transmission du savoir", note avec une certaine admiration Didier Cambon, médiateur du patrimoine à la bibliothèque. "On est conscient que ces livres sont une étape. Ils sont d'une certaine façon périmés mais valent par leur esthétique. Et surtout ce sont des témoins, des jalons de l'intelligence collective".

Pour lui comme pour son homologue Sophie Villes, ces ouvrages sont "des choses encore vivantes" qui s'animent quand un lecteur, un chercheur, des collégiens viennent travailler sur un thème, demandent à consulter une oeuvre ou simplement feuilleter un journal. "C'est une découverte perpétuelle pour nous", avoue Sophie Villes. "Une étudiante en thèse qui travaillait sur les guides touristiques du XVIIIe siècle nous a permis, par exemple, de découvrir dans l'un d'eux une pleine page de commentaires écrite en castillan par son propriétaire de l'époque".

Ici, un ouvrage dont on effleure la couverture, qu'on parcourt dans un silence enveloppant parfois accompagné du grincement chaleureux des menuiseries qui égrène patiemment le temps, vous plonge dans des époques immémoriales. On se retrouve au-dessus de l'épaule d'un lecteur assidu qui a déchiffré le sens de l'écrit, relié des idées entre elles, commenté des phrases...

Pour Sophie Villes, on peut tomber comme amoureux d'une page d'écriture ou encore d'une édition d'Atlas très rare ayant appartenu à un professeur d'université de Cahors au XVIIIème. "L'écriture ancienne qu'on découvre ainsi presque par hasard, c'est le livre magnifié par la notation manuscrite qui a fait réfléchir son propriétaire. Il critique ou fait un commentaire laudatif" confie-t-elle, heureuse que le public soit en quête chaque jour un peu plus de ces rencontres d'un autre temps.

"On vit dans une période où le savoir est désacralisé, peu approfondi. Dans ces ouvrages, on sent la révérence, toute l'importance qu'avait le livre à cette époque. Tout le monde n'y avait pas accès. C'était un lourd investissement. Les propriétaires de ces ouvrages avaient cette conscience, cette révérence envers le savoir, un appétit de savoir et un appétit de réflexion qui donne au livre son caractère sacré".

"Français, vous avez le devoir d'apprendre !"

Le fonds est clos. Rares sont les ouvrages qui sont admis à pénétrer dans ce "temple" aujourd'hui. Seul le fonds Quercy qui compte 6.000 ouvrages demeure ouvert sur le monde. On y trouve foison de pépites dont une oeuvre rare en six volumes, "L'Histoire du Quercy depuis l'époque gallo-romaine" de Guillaume Lacoste, ainsi qu'un manuscrit d'historien du XVIIe siècle,"Les chroniques du Quercy de l'abbé de Fouilhac", qui a été à un cheveu de passer conservateur du cabinet des monnaies de Louis XIV.

Conservatrice et médiateurs rêvent d'enrichir encore ce fonds grâce à des dons ou des achats d'oeuvres qui émaneraient de collections et bibliothèques privées. Pour les faire connaître bien sûr, mais aussi les protéger afin que leurs secrets longtemps gardés perdurent et se transmettent.

Ce week-end, le public pourra s'imprégner de l'atmosphère de ce lieu unique et se rappeler qu'il y a accès aujourd'hui grâce aux révolutionnaires. Un esprit résumé ainsi par Gambetta lui-même dans les années 1870 : "Français, vous avez le devoir d'apprendre !".

Le livre, outil d'émancipation

Le public pourra aussi ressentir et mesurer l'outil d'émancipation qu'a été le livre "qui permet de s'élever", souffle Sophie Villes. C'est un peu cette grâce que l'on ressent en pénétrant dans ce lieu. Une grâce qui forme un tout, tant cette bibliothèque rêvée par l'architecte est un bijou esthétique qui émeut le regard et capte l'imaginaire.

La porte de la bibliothèque patrimoniale de Cahors s'ouvrira de 14 à 18h samedi 18 et dimanche 19 septembre 2021 pour des séances d'une demi-heure. Rendez-vous place François-Mitterrand, à deux pas de la statue de Gambetta, au centre de Cahors.

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