Soupçon de détournement de fonds : Pierre Morel-À-L'Huissier a bien facturé des frais fictifs au Département de Lozère

Le député de Lozère depuis 2002, Pierre Morel-à-l'Huissier, lors de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale / © Vincent Isore / MaxPPP
Le député de Lozère depuis 2002, Pierre Morel-à-l'Huissier, lors de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale / © Vincent Isore / MaxPPP

Le Conseil Départemental de Lozère confirme avoir trouvé trace de 2 remboursements au profit de Pierre Morel-À-L'Huissier, soupçonné par Mediapart d'avoir facturé des frais imaginaires. Une ex-attachée parlementaire du député lozérien nous raconte comment il aurait détourné de l'argent public.

Par Emma Derome

"En 2015, Pierre Morel-A-L'Huissier m’a proposé de me verser une prime exceptionnelle pour, ensuite, lui rendre l’argent en liquide. J’ai refusé, et nos relations humaines se sont ensuite très vite dégradées, soutient une ancienne attachée parlementaire du député à France 3 Occitanie. 
"J'ai d'ailleurs quitté mon poste quelques mois plus tard. Dans l'équipe, nous savions qu'il demandait régulièrement ce genre de choses à ses collaborateurs. Il le faisait sans aucun scrupule ni aucune gêne, il n'avait aucun tabou."

Ce témoignage confirmerait les conclusions d'une enquête publiée ce jeudi 3 octobre par Antton Rouget, journaliste à Mediapart, qui épingle le député de la Lozère, Pierre Morel-À-L'Huissier, pour "des remboursements litigieux de frais kilométriques, des soupçons de détournement d’emploi public et de conflits d’intérêt".

Selon lui, le député lozérien et ses collaborateurs se seraient fait rembourser des frais pour des trajets qui n'auraient pas eu lieu. Le journaliste dit avoir eu accès à des documents et des témoignages qui confirment des "allers-retours imaginaires" sur sa terre électorale.

À Paris et en Lozère en même temps

Exemple, parmi d'autres, selon Mediapart : "116 km pour un prétendu aller-retour entre Fournels et Mende, pour une réunion des présidents et vice-présidents du Conseil général, à 11 h, le 21 mai 2013". Or, ce jour-là, le député ne pouvait pas être en Lozère alors qu'il était à Paris et participait aux auditions de la commission d’enquête Cahuzac.

Des remboursements litigieux, procédés par le Département ou l'Assemblée nationale, auraient été constatés durant plusieurs années. 


Assistants sous pression ?


Antton Rouget s'appuie sur des témoignages et des relevés bancaires notamment. Selon plusieurs collaborateurs parlementaires, PMH lui-même aurait demandé à ses assistants de lui rendre l'argent en espèces.
 

 

"Chevalier blanc" 


Si les faits étaient avérés, il y aurait là un paradoxe, pour ce député élu depuis 2002, qui a fait de l'exemplarité politique et de la transparence de la vie publique ses mantras. En 2014, l'avocat de profession s'inquiétait de l'affaire Bygmalion, qui impliquait alors Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé, de "l’opacité organisée" par la direction de l’UMP, et avait porté plainte contre X au nom des militants du parti.

Sa réputation de grand défenseur de l'éthique publique lui vaut même le surnom de "chevalier blanc" de l'Assemblé nationale par le journal Le Monde. À plusieurs reprises, Pierre Morel-À-L'Hussier a émis des propositions de loi pour instaurer l'inéligibilité à vie des élus condamnés pour fraude fiscale ou corruption, pour un meilleur contrôle du financement des partis.


L'élu dénonce un "coup monté"


Dans un communiqué publié le 9 octobre 2019, le député dément en bloc et accuse le média d'investigation d'avoir utilisé comme moyens, selon ses termes :
 

Lettres anonymes, missives de corbeaux, vols de documents, avant d’être la cible, ces trois dernières semaines, de harcèlement et de pressions.


Pierre Morel-À-L'Huissier poursuit :
 

Je persiste à penser que tout ceci est un coup monté, organisé par plusieurs mains anonymes, parce que deux occurrences sont propices aux coups les plus vils et les plus bas : les divorces conflictuels et la vie politique.

 


Le Conseil Départemental de Lozère confirme les remboursements


L'homme politique réfute en bloc toutes ces accusations et dit rester serein. Mais ce 11 octobre, un communiqué émanant du Conseil Départemental de Lozère pourrait venir assombrir cette sérénité. La collectivité confirme en effet avoir retracé l'existence de deux remboursements :
 

Après vérification des informations mentionnées dans l'article [de Mediapart, NDLR], les services du Conseil départemental confirment un remboursement de frais kilométriques entre Fournels et Mende, en date du 21 mai 2013, pour une réunion des présidents et vice-présidents du Département à 11 h à Mende, ainsi que le 30 octobre 2013, pour un déplacement entre Fournels et Mende au motif d'un déjeuner de majorité. Dans ces deux cas, le Journal officiel confirme la présence du député à Paris.


L'enquête interne dilligentée par le Conseil Départemental de Lozère se poursuit.

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