Plan de déconfinement : un grand flou éthique pour le président de l'ordre des médecins d'Occitanie

Jean Thévenot, président du conseil régional d'Occitanie de l'Ordre des médecins, réagit suite aux annonces d'Edouard Philippe ce mardi après-midi concernant les conditions du déconfinement.

Le premier ministre a annoncé des tests massifs pour les personnes présentant des symptômes et ceux qui ont été à leur contact.
Le premier ministre a annoncé des tests massifs pour les personnes présentant des symptômes et ceux qui ont été à leur contact. © Maxppp
Jean Thévenot, président du conseil régional d'Occitanie de l'Ordre des médecins, s'interroge sur plusieurs points suite aux déclarations du premier ministre Edouard Philippe sur le déconfinement.

A partir du 11 mai, le gouvernement compte faire tester massivement les personnes présentant des symptômes du Covid-19 et leurs contacts et mettre en place des "brigades" dans chaque département pour identifier ces contacts. Le premier ministre a précisé que tous les cas positifs seront invités à s'isoler.

Vers une violation du secret médical ?

"La première question qui vient est d'ordre éthique, commente Jean Thévenot. Qui va transmettre à qui le fait que quelqu'un est atteint du coronavirus et faire des recherches dans son entourage ? Pour exemple, on considère comme une violation du secret médical que l'on dévoile à l'entourage d'un malade HIV positif sa pathologie".

"Je comprends bien le souci épidémiologique du gouvernement, poursuit l'obsétricien montpelliérain. Mais il faudra préciser les contours car c'est très flou d'un point de vue déontologique et éthique". Jean Thévenot apprécie que l'épidémie soit prise en compte, qu'on prenne des mesures pour l'éradiquer.

Pour autant le médecin craint qu'on ne contraigne trop l'individu. "Le secret médical est propriété de l'individu", souligne-t-il en notant avec un soulagement perceptible le report du traçage électronique des malades.

Quid des soignants ?

"Concernant le dépistage des sujets contacts ou qui ont pu être en contact avec un malade, se pose la question des soignants, relève le représentant des médecins en Occitanie. Nous tous pouvons être en contact avec des malades. Est-ce qu'on isolera les soignants ? Dans les établissements où l'on voit beaucoup de monde ou dans les Ehpad, il va y avoir une difficulté. On n'a pas de réponse".

Pour l'heure, les soignants n'ont pas l'obligation de déclarer un malade ou de se déclarer. "Mais que va-t-il se passer lors du déconfinement sur cette question ? interroge le médecin. Il ne faudrait pas qu'on reproche aux soignants d'avoir pris une liberté excessive avec le secret médical". 

"Ce n'est pas clair !"

Jean Thévenot déplore une trentaine de soignants (médecins, infirmiers) décédés du virus en France depuis le début de la pandémie. "Nous avons un métier à risque, mais on ne nous a pas donné les moyens de l'exercer correctement. Les masques arrivent mais on manque toujours de surblouses, de couvre-chaussures, de petit matériel et de médicaments pour pratiquer les anesthésies, ce qui amène à repousser des opérations".

Et pour revenir aux brigades départementales que veut créer le gouvernement, le médecin s'interroge sur la participation active ou non des soignants : "ce n'est pas clair. On ne sait ni par qui ni comment ça va être organisé. Devrons-nous rechercher les sujets potentiellement contaminés ? Dans ce cas, le gouvernement devra légiférer sur le secret médical". 

Le quotidien des soignants est très difficile, insiste Jean Thévenot qui attend désormais des réponses précises. "On a les grandes lignes, mais ce sont les détails qui sont importants".

 
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