Procès d’֤Éric Zemmour : 4 départements d’Occitanie se portent partie civile pour ses propos sur les mineurs isolés

En septembre 2020, Éric Zemmour avait qualifié sur le plateau de CNews les mineurs isolés de "voleurs, violeurs et assassins" pour "la plupart". Des propos tenus en réaction à l’attaque de policiers par un jeune Pakistanais armé d'une machette devant les locaux de Charlie Hebdo.

Le procès d’Éric Zemmour s’est ouvert aujourd’hui au tribunal judiciaire de Paris. Le polémiste et journaliste, candidat potentiel à la présidentielle, est cité à comparaître pour "complicité de provocation à la haine raciale et d’injure raciale" suite à ses propos sur les mineurs isolés lors d’un débat dans l’émission "Face à l’info".

Éric Zemmour ne s’est pas présenté à l'audience sur conseil de son avocat, Me Olivier Pardo. Le procès, qui devait se tenir le 8 septembre dernier, avait déjà été reporté en raison du grand nombre de parties civiles : 11 associations et 22 départements, dont 4 dans la région, ont déposé plainte.

Les Conseils départementaux garants des mineurs isolés

Plusieurs départements se sont ainsi constitués partie civile pour "réaffirmer la nécessité d’un accueil digne de ces jeunes en détresse", selon un communiqué de presse commun aux conseils départementaux investis. En Occitanie, il s’agit de la Haute-Garonne, du Gers, des Pyrénées-Orientales et de l’Hérault.

"N’en déplaise à Monsieur Éric Zemmour, […] 95% des MNA (Mineurs non accompagnés, 46 confiés au département, ndlr) du Gers sont en apprentissage et 5% sont scolarisés", a relevé Philippe Martin, président du Conseil départemental du Gers.

En France, ces structures sont en effet en charge des mineurs non accompagnés via les aides sociales à l’enfance. "Les départements souhaitent rappeler la nécessité de protéger ces jeunes isolés étrangers qui arrivent en France pour fuir les désordres du monde, et de les accueillir avec dignité et bienveillance", mentionne le communiqué.

"L’incitation à la haine raciale n’est pas une opinion, mais un délit"

A l’initiative de cette mobilisation, Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, et Philippe Martin. Lui estime qu’il était vital de réagir : "trois des MNA qui nous ont été confiés sont sélectionnés pour le concours des Meilleurs ouvriers de France. Une jeune migrante est en apprentissage chez un artisan boucher-charcutier reconnu. Deux jeunes ont été embauchés pour le tournage d’un film dans le Gers – peut-être de futurs Césars !"

Il y a un fossé incroyable entre les propos d’Éric Zemmour et la réalité.

Philippe Martin

"Il y a un fossé incroyable entre les propos d’Éric Zemmour et la réalité. Ces propos sont abjects et injurieux", souligne Philippe Martin, arguant que le polémiste a "trouvé un bouc émissaire, pour expliquer aux gens que les difficultés quotidiennes qu’ils subissent" sont dues à ces mineurs et au budget que les collectivités leur consacrent. Leur prise en charge ne représente pourtant qu’1% des dépenses sociales du département.

 

Cette après-midi même, la survivante du camp d’Auschwitz-Birkenau et "passeuse de mémoire" de la Shoah Ginette Kolinka était accueillie dans le Gers. "Je lui ai raconté ce qu’il se passait", explique Philippe Martin.

"Elle a trouvé ça invraisemblable. Ces jeunes ont fait des milliers de kilomètres en fuyant le froid, la peur, la guerre, et ne pas comprendre ça c’est perdre tout sens humain. L’incitation à la haine raciale n’est pas une opinion, mais un délit", assène-t-il.

Des amalgames "intolérables"

"Il s’agit de jeunes qui ont le droit à la protection et à un accueil digne. Nous ne pouvons tolérer les amalgames et le racisme dont ce fossoyeur de la République est coutumier", a de son côté réagi à l’AFP (Agence France-Presse) Stéphane Troussel.

Le 18 mars dernier, le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) avait déjà condamné la chaîne CNews à 200 000 € d’amende pour les propos d’Éric Zemmour. Le polémiste risque aujourd’hui jusqu’à 1 an de réclusion et 45 000 euros d’amende.

Avec 16 procédures depuis 2011, Éric Zemmour est coutumier des citations en justice. Celui qui ne s’est toujours pas officiellement déclaré candidat à la présidentielle a par ailleurs vu ses intentions de vote décliner selon la dernière enquête d’Odoxa, dévoilée par L’Obs le 12 novembre dernier. Le sondage le place en effet en troisième position (14%) derrière Marine Le Pen (18%).

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