Procès Merah : pour Loïc Liber, le “survivant“ de Montauban, ”la vie est un combat”

dans la chambre d'hôpital de loïc Liber, ses photos d'avant le 15 mars 2012 / © Martin Baumer Outre mer 1ère
dans la chambre d'hôpital de loïc Liber, ses photos d'avant le 15 mars 2012 / © Martin Baumer Outre mer 1ère

Tétraplégique, sous assistance respiratoire, le soldat rescapé de l'attentat de Montauban le 15 mars 2011, a pris la parole au procès Merah, depuis sa chambre d'hôpital. 

Par Fabrice Valery

Son témoignage est resté incertain jusqu'au dernier moment, en raison de son état de santé. Ce mercredi après-midi le parachutiste Loïc Liber, très grièvement blessé à Montauban le 15 mars 2012 et laissé pour mort par Mohamed Merah, a pris la parole devant la Cour d'assises spéciale qui juge les complices présumés de Merah. 

Une intervention en duplex depuis sa chambre d'hôpital de l'institution nationale des Invalides où il séjourne. Loïc Liber est tétraplégique. Une balle tirée par Mohamed Merah lui a "explosé" une vertèbre cervicale, comme l'avait expliqué les médecins légistes au début du procès

Nous avons choisi de publier ici le verbatim de son intervention : 

"J’ai 33 ans, je suis militaire 17ème RGP de Montauban.
J’avais 27 ans au moment des faits.
Je ne respire plus seul, j’ai un stimulateur. Je vais parler doucement afin de ne pas perdre mon souffle.
Je ne peux être présent en raison de mon handicap.

Je n’ai que très peu de souvenirs. Tout s’est passé très rapidement. Nous sommes sortis devant le régiment pour retirer de l’argent au distributeur. C’est à partir de ce moment que je ne me souviens plus de rien.

A mon réveil, il me semblait que ce n’était qu’un cauchemar. J’ai vu Monsieur Sarkozy, qui était président de la République à l'époque. J'ai compris que cela était bien réel.

Cela fait 5 ans que j’ai perdu mon indépendance. Que je vis caché. Que je suis éloigné de ma famille, mes amis, mon île (NDLR : la Guadeloupe)
Je ne peux me déplacer, ni même me présenter face à la cour pour dire tout cela.

Avant les faits, j’étais une personne active, autonome avec une incroyable joie de vivre. J'étais impliqué dans la vie de mon pays.
Le fait de ne plus pouvoir marcher m’est insupportable. Je vis malheureux d’être dans cet état.

Dès mon réveil, j’ai des douleurs importantes. Ma vie est devenue un combat chaque jour. Je dois prendre une forte dose de médicaments afin de diminuer mes douleurs physiques.
La douleur psychologique est elle aussi insupportable. Elle est présente à chaque réveil. Je suis littéralement épuisé.

Ce procès, ça ne va pas changer les choses et ne me rendra pas mon corps, ma vie, ni celles de mes parents mais je serai plus serein en me disant que justice aura été faite et que les crimes dans notre pays ne restent pas impunis.

Mes souvenirs me permettent de rester en vie car le présent m’est insupportable et mon futur trop incertain.

Mon seul souhait et de pouvoir un jour sortir de l’hôpital et d’avoir un peu d’autonomie en construisant mon chez moi.

Cela a eu une répercussion sur le plan physique et psychologique : je suis tout simplement traumatisé.

Je n’ai pas de doute quant à la culpabilité des deux accusés, je n’ai pas envie de les nommer, je ne veux pas leur donner d'importance, de la valeur".

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