Coronavirus : à Perpignan, les Gitans défient l'épidémie malgré la peur

Plus d’un mois après le début du confinement, les gitans de Perpignan s’organisent face à une épidémie qui frappe cette communauté de plein fouet. Les «sages» des quartiers reprennent les choses en main et sensibilisent les habitants notamment à de meilleures conditions d’hygiène.

Perpignan - Nick Gimenez, le "sage du quartier Saint-Jacques" sensibilise les habitants à de meilleures conditions d'hygiène pour lutter contre l'épidémie de coronavirus - avril 2020.
Perpignan - Nick Gimenez, le "sage du quartier Saint-Jacques" sensibilise les habitants à de meilleures conditions d'hygiène pour lutter contre l'épidémie de coronavirus - avril 2020. © F3 LR

Le quartier Saint-Jacques à Perpignan est habité par une importante communauté gitane sédentarisée. Le Covid-19 s’est installé ici et a infecté des habitants. Il y a eu une douzaine de décès.
 

Si tout le monde y met du sien, on va s’en sortir" affirme d’une voix étouffée le pasteur Jimmy Cargol.


Encore éprouvé par plusieurs semaines de maladie, ce pasteur du quartier Saint-Jacques se remet doucement avec sa femme du coronavirus.
Ceux qui sortent de l’hôpital, guéris, sont de plus en plus nombreux. Même si la convalescence est longue, le soulagement est là.

Soulagée, Chouri Gimenez l’est incontestablement. Assise devant la porte du garage, le masque blanc sur le nez, elle s’exprime en levant les bras vers le ciel.
 

Ca fatigue beaucoup. J’ai un traitement pour plusieurs jours mais Dieu m’a donné la main. Je m’en suis sortie, je vais mieux.


Son mari, lui, est en convalescence dans une maison de repos. Le virus a été plus agressif. Il réapprend à marcher.

Depuis le début de l’épidémie, le bilan est lourd dans la communauté gitane. Nick Gimenez, surnommé le patriarche, comptabilise à ce jour, 12 décès soit la moitié des décès à l’hôpital de Perpignan. «Aujourd’hui, les nouvelles sont rassurantes. Parmi ceux qui sont encore en réanimation, ça va mieux. Ca fait plaisir» affirme-t-il.
 

Promiscuité et problèmes d’hygiène


Le confinement est plus ou moins respecté mais la promiscuité est un facteur aggravant et favorise la propagation du virus. Dans chaque maison, plusieurs générations cohabitent.

Alain Gimenez surnommé Nounours, a lancé un appel sur Facebook pour louer une maison avec une chambre supplémentaire mais en vain.
 

C’était pour mieux accueillir ma fille avec mon petit-fils. J’ai précisé que je paierais mais je n’ai eu aucune proposition.


Le patriarche et Nounours se connaissent bien, ils arpentent ensemble les rues du quartier. Ils vont de maison en maison sensibiliser les habitants à plus de civisme et de propreté. Ils échangent avec Jimmy Cargol, le pasteur. La discussion est sans langue de bois. «Tu vois bien ce qu’il se passe, affirme Nick Gimenez au pasteur, les déchets que certains jettent par les fenêtres. Faut arrêter tout ça. Je compte sur toi pour passer le message» Le pasteur acquiesce.
Devant une autre maison, ils abordent une femme : «on va installer plus de containers dans les rues. Faut mettre tous les déchets dedans».

Les sacs poubelles s’accumulent par endroit sur les trottoirs. «Le problème vient de là aussi, explique un voisin à Nick Gimenez, ces sacs poubelles restent là plusieurs jours, puis les chats, les chiens ou les rats les percent et les déchets s’éparpillent».

En sensibilisant les habitants à plus d’hygiène dans le quartier Saint-Jacques, Nick Gimenez parle d’un domaine qu’il connait bien.
Employé à la mairie durant 35 ans au service nettoyage et propreté, il maitrise parfaitement le sujet. Retraité depuis plusieurs années, la mairie l’a recontacté au début de l’épidémie. Depuis, il participe aux réunions techniques pour gérer le ramassage des déchets et le nettoyage dans le quartier.
 

 C’est à nous à prendre nos responsabilités. Personne ne le fera à notre place» affirme Nick Gimenez.

 


Hôtel réquisitionné


Les malades convalescents qui quittent l’hôpital de Perpignan ne rentrent pas chez eux. Ils sont accueillis dans un hôtel réquisitionné par la préfecture au sud de la ville. La prise en charge est totale.

Les malades peuvent ainsi finir leur convalescence sans craindre de contaminer la famille. Pour Nick Gimenez, cet hôtel joue un rôle important.
 

Les maisons sont trop petites dans le quartier, on ne peut pas réserver une chambre qu’à une personne pour un confinement strict. Cet hôtel est une aide essentielle.


Un petit déjeuner et deux repas par jour sont distribués. Une infirmière suit chaque convalescent installé dans une chambre.

L’hôtel accueille des femmes et des hommes qui n’ont pas suffisamment d’espace chez eux pour se confiner et éviter de contaminer leur famille. Ils quitteront l’hôtel lorsqu’ils ne seront plus contagieux.
 
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