Un an jour pour jour après la tragique collision entre un car scolaire et un TER faisant six morts et plusieurs blessés graves parmi les 23 enfants présents à bord du car, de nombreuses commémorations sont organisées à Millas et à Saint-Féliu d’Avall.

A Saint-Féliu d'Avall, petite commune des Pyrénées-Orientales, cette journée de vendredi, beaucoup la redoute. "Y'a tout qui remonte", le choc, les larmes, l'immense douleur après la mort il y a un an, le 14 décembre 2017, de six enfants du village dans la collision entre un TER et le car scolaire qui les ramenait du collège de Millas. De nombreuses commémorations sont organisés à Saint-Féliu-d'Avall mais aussi à Millas. 

Commémorations


Elles commenceront dans la matinée au collège Christian-Bourquin, avec lecture de poèmes et lâcher de ballons. Puis une cérémonie réunira les familles dans le  cimetière de Saint-Féliu d'Avall, autour d'un arbre de vie à six branches, pour les six collégiens décédés. Un moment privé pour ces familles "dévastées", souligne l'avocate de certaines d'entre elles, Me Jehanne Collard.

Dans l'après-midi, une marche blanche partira du collège jusqu'au passage à niveau de Millas où une minute de silence sera observée, à 16H07, l'heure de la collision. Enfin, dans la soirée, une messe sera célébrée à Saint-Féliu d'Avall.
 

Un village en deuil


Ces commémorations, la pharmacienne du village se sent "incapable d'y aller". "Parce que ça remonte trop de choses", témoigne Marie-Françoise Breton.

 "Il y a beaucoup de séquelles", dans ce village qui s'était figé dans le deuil à quelques jours des fêtes de Noël, dit-elle. Un village bouleversé aussi, quelques mois plus tard, par le décès du maire, Robert Taillant, qui s'était beaucoup investi, auprès des familles endeuillées...

"On a été tous très marqués, on l'est encore", assure avec émotion la boulangère,Vanessa Alvarez.
"Et là, la date arrive, tout le monde y pense, et y'a tout qui remonte", confie la commerçante, qui avait baissé le rideau de son magasin et assisté, comme une grande partie du village, aux obsèques des enfants.

"Tout le village est encore en deuil", assure Émilie, qui dit "redouter cette date", à cause de son fils, Dimitri, qui a loupé le car scolaire ce jour-là. "Ça me fait peur qu'il repense à ça", ajoute Émilie.
           
"Le jour de ses obsèques, les familles pleuraient, tant le maire les avait soutenues", se remémore la pharmacienne.

Dans le village, aucune décoration de Noël n'a encore été installée. Elles ne le seront qu'après la journée de commémorations, assure le maire Roger Garrido, premier adjoint à l'époque. Et un marché de Noël sera organisée les 20 et 21 décembre.
 

L'accident sera toujours présent, affirme le maire, parce que ce sont nos enfants, nos petits-enfants, nos voisins qui en ont été victimes. Ça a été le choc, plus personne ne sortait, ne parlait.


Plus aucun enfant ne voulait prendre le bus scolaire. Trois familles endeuillées ont quitté le village, une quatrième le souhaite.

Reste que "ça va mieux. La vie reprend", affirme M. Garrido. "Le village renaît peu à peu. On essaye de le dynamiser", avec de nouveaux commerces, un projet de lotissement.
 

Qui est responsable de cette tragédie ?


Mais l'inquiétude demeure. Avec cette question cruciale: qui est responsable de cette tragédie ?

La conductrice du bus ?
Elle aussi vivait dans la commune et a été blessée. Elle a été mise en examen pour "homicides et blessures involontaires par imprudence", plusieurs éléments de l'enquête allant dans le sens d'un franchissement, barrières fermées, du passage à niveau.
 

Ou bien est-ce un dysfonctionnement de cette infrastructure SNCF ? Depuis l'accident, la conductrice continue d'affirmer que les barrières étaient levées, a rapporté à l'AFP son avocat, Me Jean Codognès.

            "De toutes les manières, prédit le maire, la version officielle sera toujours contestée" même une fois l'enquête terminée.

Autre sujet d'appréhension : l'éventuelle réouverture de la ligne SNCF Perpignan-Vernet-les-Bains, fermée depuis l'accident. "Il faudra des aménagements", réclame la boulangère.
           
Au passage à niveau de Millas, des plots de béton condamnent les voies. La sonnerie est bardée de rubans jaunes "gendarmerie nationale". Des bouquets restent accrochés aux grillages, ainsi qu'un petit mot: "A la mémoire de nos petits anges".