"J'ai dû vendre 30 vaches de mon troupeau" : des éleveurs rassemblés pour dénoncer le manque de solutions face à la sécheresse

Ce samedi 16 décembre 2023, des éleveurs de Cerdagne se sont rassemblés à Ur (Pyrénées-Orientales) pour protester contre la flambée du prix du fourrage lié à la sécheresse et le système d'indemnisation des assurances qui "ne fonctionne pas".

"Pour l'instant on reste calme mais si on n'est pas entendu dans la semaine, on montera d'un cran dans nos actions." Le ras-le-bol des éleveurs des Pyrénées-Orientales couve depuis des mois, et s'exprime finalement ce samedi 16 décembre 2023.

Une trentaine d'éleveurs du département se sont rassemblés à Ur (Pyrénées-Orientales), pour pousser un cri d'alerte concernant leur accès au fourrage, dont le prix a explosé avec la sécheresse en Occitanie. Au cœur de leurs revendications : améliorer le système d'assurance qui ne fonctionne pas. Les éleveurs n'ont par réussi à prouver qu'il n'y avait pas d'herbe dans leurs prairies... et n'ont donc pas touché d'indemnités.

Un système défaillant

En Cerdagne, 80 % des récoltes de foin ont été perdues en 2023 à cause du manque d'eau. "Il n'a pas plu de l'année, et quand ç'a été le cas, il n'a pas plu au bon moment", rapporte Bruno Majoral, éleveur à Nahuja. "On a un bon hiver, les animaux sont au sec. Mais c'est justement tout le problème. Le climat provoque de plus en plus de sécheresse." Pour pallier les risques, les agriculteurs ont bien souscrit des assurances, mais ils ne parviennent pas à se faire indemniser.

Ces compagnies d'assurance n'apportent pas les solutions souhaitées... Car le système d'assurance, réformé en début d'année, ne se base plus sur la calamité agricole mais sur les données fournies par des drones.

On a payé les contrats d'assurance et au final ils ne nous servent à rien puisque l'État et les assurances ne suivent pas.

Christian Tallant, co-organisateur de la manifestation

Pourtant, depuis le printemps, les agriculteurs interpellent les pouvoirs publics sur leur condition. Leur réponse ? "Ils nous ont juste demandé d'attendre la fin de notre contrat, donc jusqu'au 31 octobre", raconte Christian Tallant, co-organisateur de la manifestation. Selon lui, le problème serait lié au relief du territoire cerdanais qui ne permet pas d'explorer correctement les zones alors qu'"en zone de pleine le système fonctionne"... Résultat : les éleveurs ont "payé les contrats d'assurance qui ne servent servent à rien puisque l'État et les assurances ne suivent pas."

2,7 millions d'euros d'aide nécessaires

Sur l'ensemble du département, il faudrait dépenser 2,7 millions d'euros pour acheter du foin et aider tous les éleveurs en difficulté. Actuellement, les éleveurs s'enfoncent dans la crise."J'ai dû vendre 30 bonnes vaches de mon troupeau pour acheter du foin", livre tristement Jean-Pierre Maurell, éleveur de Palau-de-Cerdagne, qui jusque-là jouissait d'un troupeau de 120 vaches.

Qui plus est, les indemnisations que peuvent toucher les agriculteurs semblent dérisoires face aux coûts exorbitants avancés pour acheter du fourrage. "Des éleveurs qui ont 80 % de pertes reçoivent 75 euros...Sur un contrat à 30 000 euros d'indemnisations ça fait mal", précise Christian Tallant. Il indique que ceux qui touchent des indemnités perçoivent entre 75 et 700 euros, mais que la majorité ne perçoit aucune aide.

Un sentiment de "désaveu"

En plus de la détresse financière, les agriculteurs doivent faire face à une détresse émotionnelle : "on doit se séparer de nos bêtes alors que nous en sommes très proches", livre Jean-François Coll, éleveur de Sainte-Léocadie. L'agriculteur explique la difficulté de devoir choisir quel animal laisser partir, "tout en ayant à l'esprit l'issue de ce choix", qui s'avère généralement être l'abattoir. "Le pire c'est qu'on le fait à cause d'un manque de fourrage... Je vous assure que quand le camion part de l'exploitation avec nos vaches, on ne le regarde pas partir. On rejoint son étable et puis on pleure comme un enfant à qui l'on a pris sa mère."

Quand le camion part de l'exploitation avec nos vaches, on ne le regarde pas partir.

Jean-François Coll, éleveur de Sainte-Léocadie

Un sentiment de "désaveu", de "frustration" et de "lâcheté envers ses bêtes" que les professionnels doivent surmonter quotidiennement et qui les pousse à s'engager "pour que l'État change le système d'assurance ou débloque une aide d'urgence" le plus rapidement possible.