La gestion de l'eau en question face à la sécheresse dans les Pyrénées-Orientales

Le mois d'octobre est particulièrement sec dans les Pyrénées-Orientales. Les agriculteurs sont les principales victimes de la sécheresse, avec un manque à gagner de 112 millions d'euros. Ils appellent à une meilleure gestion de l'eau.

Le lac de Villeneuve-de-la-Raho, dans les Pyrénées-Orientales, s'assèche un peu plus chaque mois. Et ce lieu d'ordinaire très touristique est déserté en ce début de novembre. Seule la fosse du lac est encore immergée. Le reste de l'étendue d'eau a laissé place à une zone sableuse. "C'est triste. Vu qu'il n'y a pas d'eau, ça fait un peu marécageux. Et puis il y a quand même moins de monde", lance un promeneur, habitué des lieux.

À Villeneuve-de-la-Raho, les pluies automnales étaient donc attendues avec impatience. Mais le mois d'octobre a compté 80% de précipitations de moins que les années précédentes dans le département.

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Le mois d'octobre est particulièrement sec dans les Pyrénées-Orientales. Les agriculteurs du département sont les principales victimes de la sécheresse, avec un manque à gagner de 112 millions d'euros. Ils appellent à une meilleure gestion de l'eau. ©C. Morand / B. Gorrand / F. Savineau / C. Llambrich / J.-P. Marin

Les agriculteurs du département sont les principales victimes de ce grave déficit de précipitations. Leur manque à gagner serait de 112 millions d'euros, selon les syndicats agricoles. L'État a débloqué 6 millions d'euros pour venir en aide aux agriculteurs, principalement à destination des maraîchers. "Ça ne compensera pas évidemment l'ampleur des pertes qui a été subie par ces filières de production, mais ça va soulager une partie de la situation économique des agriculteurs", commente Bruno Vila, président de la Fédération des syndicats exploitants agricoles (FDSEA) des Pyrénées-Orientales.

La gestion de l'eau en question

"Il y a, sur le fond, toute la question de la gestion de l'eau", insiste Bruno Vila, qui est aussi producteur de tomates dans le Roussillon. Cet été, où le manque d'eau se faisait déjà sentir, c'est bien la gestion de l'eau qui a permis de limiter les dégâts. Le mois de juin 2023 a été le seul généreux en pluie. Pendant ce seul mois ayant connu un léger excédent des précipitations, les infrastructures ont été mises à profit pour récupérer le plus d'eau possible. "En un mois, on a réussi à stocker des millions de mètres cubes dans nos barrages, dont on a pu profiter jusqu'à maintenant", détaille Jean Bertrand, responsable de la gestion de l'eau à la Chambre d'agriculture des Pyrénées-Orientales.

"Il y a, sur le fond, toute la question de la gestion de l'eau."

Bruno Vila, président de la FDSEA des Pyrénées-Orientales

Le réseau des canaux d'irrigation du département a permis de redistribuer cette eau jusque pendant cette sécheresse automnale. Le barrage de Vinça, sur le fleuve Têt, a été mis à profit. Durant les sécheresses, il sert, via le réseau des canaux, à "alimenter les nappes, pour l'agriculture et pour l'eau potable", explique Jean Bertrand. "On peut encore optimiser ce réseau", confie-t-il cependant.

Dans les Pyrénées-Orientales, la capacité à gérer l'eau est très inégale selon les territoires. La vallée du Tech, particulièrement, est très peu dotée en infrastructures. En avril dernier, des agriculteurs avaient bloqué la route nationale 116 entre Perpignan et Vinça à l'appel de la FDSEA pour protester contre la mauvaise gestion de l'eau. "Le monde agricole refuse de voir couler ses exploitations à cause d’une mauvaise gestion de l’eau", déclarait alors la FDSEA.

Un plan d'urgence a été lancé le mois suivant par la préfecture des Pyrénées-Orientales pour tout le département, afin de mobiliser les municipalités, les agriculteurs et les services de l'État pour réduire les fuites sur le système de canaux, réduire la consommation d'eau et prévenir les incendies, qui nécessitent de puiser dans les réserves hydrauliques pour être éteints.