Prison saturée de Perpignan : la tension monte

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Écrit par Bérénice Del Tatto

A Perpignan, les détenus sont incarcérés dans des conditions de plus en plus précaires. A cause d’un transfert suite à un cluster à la prison de Béziers et à des travaux dans celle de Nîmes, la situation se dégrade davantage.

A Béziers, 50 détenus ont été positifs au Covid-19. Une problématique qui a eu de répercussions sur le Centre pénitencier de Perpignan qui a dû accueillir des prisonniers alors que le taux d’occupation y était déjà saturé. A cela s’ajoutent les travaux de l’établissement de Nîmes, maison d’arrêt dont les prisonniers ont aussi dû être répartis dans d’autres prisons de la région.

A Perpignan, la situation est donc plus que critique. Pierre Grousset y est surveillant et secrétaire local de l’UFAP-UNSA : « Le gros point noir c’est la maison d’arrêt des hommes. On a 298 détenus pour 132 places. » 70 hommes et 3 femmes dorment sur des matelas placés au sol. Les cellules de 9m² sont alors triplées alors que, un communiqué de l’UFAP-UNSA le rappelle : « L’encellulement individuel est la loi. »  

Tensions et problèmes de cohabitation

Les problèmes engendrés par cette surpopulation sont sans équivoque pour Pierre Grousset : « Evidemment cela engendre des tensions, des bagarres et de l’insalubrité. Je ne défends pas les conditions des détenus mais on est quand même dans le pays des droits de l’homme. » A Perpignan, un seul surveillant gère 50 prisonniers au lieu de 18.

Si c’était que pour un mois ok, mais là ça fait des années que ça dure

Pierre Grousset, surveillant pénitencier à Perpignan depuis 19 ans

Les tensions se font aussi ressentir entre les surveillants et l’administration. Le surveillant de Perpignan détaille : « Nous on gère de l’humain, pas des chiffres, alors que l’administration gère le côté financier. » La situation pourrait être désengorgée grâce à des transferts qui ne tiennent pas compte des attaches familiale et géographique. Or Pierre Grousset explique : «Ok il y a les rapprochements familiaux mais à un moment on a des détenus sans attache qu’on pourrait basculer dans d’autres centres moins chargés. C’est très compliqué de faire des transferts, les syndicats doivent toujours intervenir au niveau de l’administration alors qu’avant ça se faisait automatiquement. »  

Un critique manque de personnel

Qui dit plus de détenus dit forcément plus de surveillants. Or l’administration ne donne pas plus de moyens aux établissements donc le recrutement est difficile. A Perpignan, 6 surveillants sur 200 manquent à l’appel. Un chiffre qui parait dérisoire mais qui, dans les faits, est source de problèmes majeurs. Le syndicaliste de l’UFAP-UNSA s’exprime à ce sujet : « On a des postes précis et immobiles, on ne fait pas de patrouilles. Il faut du personnel dans les couloirs, les miradors…Quand il faut emmener les détenus à l’hôpital ou faire une extraction judiciaire, il y a des faiblesses car on quitte nos postes et personne ne nous remplace. »  

L’Etat a du mal à débloquer des fonds alors qu’une augmentation significative des salaires pourrait attirer les jeunes et pallier le manque de personnel 

Pierre Grousset

Cette situation est aussi due à l’absence de deux médecins dans la maison d’arrêt. Faute de quoi, il faut se déplacer dans les centres hospitaliers. Autre problématique : les missions de police ajoutées à celles de surveillant pénitencier. Pierre Grousset et ses collègues doivent assurer l’encadrement des détenus dans les tribunaux, ce qui laisse leur poste vacant. Autant de missions qui devraient être accomplies par 14 personnes formées à ces tâches policières.